Bienvenue dans cette nouvelle édition #17 de La Bouscule ☀️
Chaque mois, à partir d’une histoire inspirante, je vous partage des leviers qui permettent des transformations durables dans nos organisations et intègrent le changement dans nos cultures.
Et si chaque pas était notre premier ?
C’est la question qui m’est venue lorsque je parcourais une nouvelle fois l’interview réalisée lors de mes quelques jours passés au sein du village de Chapakot au Népal. Cette histoire est celle d’une coopérative de 50 femmes qui a vu le jour, mais c’est aussi l’histoire du village en son entier. Leur parcours, tant dans leur méthodologie que dans leur posture, est une source d’inspiration immense pour nous.
Aujourd’hui, nous allons parler d’expérience vécue, de tâtonnements et de changement.
Avant, place à l’extrait du mois :
L’harmonie n’empêche pas les différences : elle les rend compatibles, acceptables au nom d’un commun politique, l’émancipation.
(“Le peuple des femmes : Un tour du monde féministe”, Fabienne Brugère et Guillaume Le Blanc)
Vivre et essayer avant toute chose.
L'histoire de la coopérative de femmes de Chapakot au Népal
Une évolution culturelle qui trouve ses racines dans l’expérimentation
La réhabilitation de l’expérience vécue comme une source de savoir
Le local comme terrain d’apprentissages et de changements
L’importance de légitimer les tâtonnements dans cette période de transitions
(Temps de lecture : 6 minutes)
Très bonne lecture.
Grâce à Sangam, un guide rencontré lors d’un trek dans la vallée du Langtang au Népal, je découvre Chapakot, son village. J’y suis accueillie les bras grands ouverts avec des sourires éblouissants, des fleurs et le tika, ce point rouge sur le front, troisième œil de Shiva, pour me souhaiter la bienvenue. Je découvre des traditions culturelles, mais surtout des personnalités uniques, chacune avec son parcours. Parmi elles, des femmes membres d’un collectif féminin à l’origine d’un changement durable et structurel dans ce village.
En 2015, un violent tremblement de terre secoue le Népal, révélant la précarité de nombreuses populations. Au milieu de ce chaos, l’association NEEM lance des actions en faveur de l’éducation, de la santé, de l’environnement et de l’égalité. En poursuivant cet objectif d’égalité, une coopérative de femmes voit le jour à Chapakot. L’intention est de rendre les femmes financièrement indépendantes grâce à l’agriculture. Ce collectif regroupe aujourd’hui cinquante femmes, autonomes et respectées, qui inspirent bien au-delà de leur village. Ces femmes, empreintes d’une profonde humanité, contribuent au mieux-être de leurs familles et de la communauté. Mais, cela n’a pas été sans obstacle et difficulté.
Dès le départ, l’idée fait face à des réticences : ce projet bouleverse des traditions bien ancrées depuis des générations. Jusqu’alors, ces femmes travaillaient pour la famille de leur mari, sans rémunération et dépendant entièrement de lui. Malgré cela, cinq femmes, s’engagent dans l’aventure. Le but est qu’une femme de chaque famille du village rejoigne la coopérative pour suivre des formations tant théoriques que pratiques et participer aux réunions régulières qui donnent vie au projet. Après des formations dispensées par des professeurs népalais et des ingénieurs français, les femmes démontrent l’impact concret de la coopérative dans leur quotidien. Elles cultivent et récoltent leur propre production, la vendent sur les marchés, deviennent financièrement autonomes et peuvent enfin prendre en charge leurs frais médicaux et, bientôt, les frais de scolarité de leurs enfants. Peu à peu, le respect que suscitent ces cinq premières femmes gagne l’ensemble du village et éveille l’intérêt d’autres femmes. Progressivement, la coopérative est complétée par d’autres femmes du village pour constituer aujourd’hui une coopérative de 50 femmes.
Au-delà de leur indépendance, la coopérative provoque des changements profonds. Le regard de tout le village envers les femmes évolue, leur accordant un respect semblable à celui accordé aux hommes. Ces femmes ont bâti une confiance en elles, font entendre leur voix et participent pleinement à la vie du village et au-delà, en aidant les femmes des alentours à lancer des projets similaires. “Aujourd’hui, je sens que je suis davantage respectée dans la communauté”, me partageait l’une d’entre elles. “Au départ, rejoindre la coopérative a été une décision difficile, mais ce fut l’un des meilleurs choix que j’ai fait”.
[Extrait de l’article écrit pour le magazine Globe-Trotters]
À l’heure d’une société emprise à une crise de l’attention, à un rapport à l’information biaisé, voire mal-saint, les informations débordent. Les savoirs ne sont plus associés à la détention de ces informations, mais à nos liens à celles-ci et à ce que nous en faisons. La coopérative de Chapakot est une illustration évidente de la richesse de l’expérimentation, au-delà de la possession de savoirs.
Frederika Van Ingen explique justement dans son livre “Sagesses d’ailleurs pour vivre aujourd’hui”, à quel point nos sociétés modernes se sont détachées de l’expérience vécue comme ressource et dans quelle mesure cela constitue un obstacle certain pour avancer dans ces temps de troubles :
Nous avons occulté en rejetant la validité de la voie de l’expérience, impossible à contenir dans nos approches théoriques, statistiques et conceptuelles. Car nous ommettons de voir que ces théories, concepts, diagnostics et statistiques ne sont que des cartes, nécessaires et utiles pour savoir où on en est, mais par définitions abstraites, et que nous les confondons sans cesse avec le territoire qui, lui, ne peut être visité qu’à travers l’expérience vécue.
La plupart des situations que nous rencontrons sont devenues complexes. Il n’y a plus une solution déterminée et précise à donner. C’est pourquoi, adopter des approches itératives et connectées au terrain s’avère essentiel.
Le changement commence là où on se trouve.
(Rob Hopkins)
Lorsque nous souhaitons rendre possible une transformation, co-construire une vision embarque et donne des perspectives plus précises du cap. Toutefois, en général, nous gardons la tête dans les nuages et oublions de nous reconnecter à nos pieds sur terre. L’aller-retour entre le cap et la réalité du présent offre une dynamique vertueuse. Les deux univers ; celui du cap, celui du rêve et celui de la réalité, du terrain ne peuvent être dissociés.
C’est pourquoi, le local se positionne aujourd’hui, comme un terrain évident pour apprendre et se transformer en chemin. La création d’espaces et de lieux dédiés fait partie des idées et des dispositifs favorisant une mise en mouvement tangible. Le Labo Pimpant en est l’exemple. Je vous partage le témoignage partagé dans le livre-blanc “Intégrer le vivant au cœur des entreprises” créé par Rivaje en collaboration avec la CEC :
Pour être moins dépendant des impacts environnementaux de leurs fournisseurs liés notamment à l’utilisation de matières premières non-conformes à leur cahier des charges ou à des sources d’énergies non-renouvelables. Pimpant a décidé de reprendre la main sur ses activités en créant Le Labo.
Le Labo, autonome en énergie, a été conçu pour y produire directement les produits vendus par la marque : de l’idéation à la production finale en passant par le contrôle qualité.
Au delà d’un simple site de production, Pimpant l’a conçu comme un éco-lieu tourné vers l’expérimentation, la sensibilisation et les interactions avec son environnement. Le but y est :
▶ D’accueillir du public : Transformer le Labo en un espace ouvert, où les visiteurs peuvent découvrir les activités du site dans une approche immersive, à la manière d’une learning expédition.
▶ De sensibiliser aux enjeux environnementaux : des écoliers de 6 à 12 ans viendront se familiariser avec l’incidence de la consommation de plastique sur la planète.
▶ De renforcer les liens avec la ville : l’usine se situe au coeur d’une ancienne cité industrielle, à Dives-Sur-Mer.
Se réapproprier dans un premier temps ce qu’il y a autour de nous et agir avec, s’avère être le premier pas vers des transformations durables. Écouter, observer, comprendre, tester, apprendre, persévérer et avancer, ensemble.
La diffusion du projet se fera ensuite, s’il y a un partage de valeurs, d’intentions, des conditions propices et de l’entraide. Prenez l’exemple du mouvement #Metoo ou bien des marches pour le climat.
Dans notre mode de pensée habituel et culturel, nous cherchons constamment à avoir le contrôle à 100 % sur les choses et sur ce qui arrive.
Spoiler alert : c’est impossible. Cette impossibilité devient de plus en plus visible et prégnante aujourd’hui, ce qui peut avoir deux effets :
Intensifier nos sentiments de peur, de colère et/ou d’impuissance
Ouvrir la porte à un “lâcher-prise”, ou plutôt à une acceptation de nos incohérences et de notre évolution en partie imprévisible.
“C’est l’une des marques du monde de la transition : on se cherche, on tâtonne, on ose arrêter quelque chose, et en inventer d’autres.”
Il peut paraitre paradoxal de légitimer une approche et des espaces d’expérimentation dans un monde de plus en plus chaotique. “Il y a urgence, nous devons avancer” me dit-on. Certes, mais où et surtout comment ? Le comment se façonne sur le chemin et se façonne avec justesse et adaptabilité à travers l’expérimentation.
Remettre au cœur de nos vies et de nos organisations, l’expérience vécue n’est pas un luxe, c’est une nécessité.
Légitimer le tâtonnement expérimental permet d’accueillir la complexité de nos réalités multiples. […] L’approche des peuples racines, qui privilégie l’observation perceptive, l’attention et quelque chose que nous pourrions définir comme une “intelligence du lien” mérite que l’on s’y ouvre. (Frederika Van Ingen)
Ce qui nous relie dans ces espaces d’expérimentation est notre élan profond d’inventer et de rendre tangible un autre présent, un narratif différent.
Quelques évènements inspirants : Le forum des acteurs de la non-violence, la projection du documentaire “Skills” de Samuel Durand, la soirée de lancement du livre d’Hugo Paul “Faire Tribu” à la Climate House (Foncez l’acheter 😉)…
Une conférence à distance en anglais avec les personnes que j’ai rencontrées pendant mon voyage ; Un moment challengeant et nourrissant à la fois.
La modération d’une table-ronde passionnante sur la désinformation avec la Jeune Chambre Économique de Chambéry ;
Le partage de mon témoignage d’exploration auprès de la communauté de l’association Cap Au Nord. Un super week-end.
👉 Si tu veux prévoir une conférence inspirante ou un atelier apprenant dans ton organisation : contacte-moi directement sur LinkedIn ou bien par mail à movingways.explo@gmail.com .
👉 Si tu as envie d’approfondir ces sujets et/ou t’inspirer de pratiques concrètes pour les mettre en pratique : tu peux me suivre sur LinkedIn (si ce n’est pas déjà fait).
J’y partage des réflexions sur la culture du changement, des idées actionnables sur l’art de créer des expériences au service du changement et mes propres explorations et apprentissages. On se voit là-bas ? 😉
Sinon, nous nous retrouvons en juin. D’ici là, prend soin de toi 🤗
Justine 🙋
J’espère que cette édition t’a plu.
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La Bouscule, ce sont des expériences et un regard pour secouer les évidences et rendre le changement tangible dans nos organisations.

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