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MoneyRadar · Jul 21, 2026

🇨🇳 Le siècle chinois a DÉJÀ commencé (personne n'a rien vu)

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Au programme cette semaine :

  • 📚 Le récap des marchés financiers et crypto

  • 📊 Analyse de TENCENT

  • 🎁 Le siècle chinois a DÉJÀ commencé

  • 📺 La vidéo de la semaine

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Ceci est une collaboration commerciale, investir dans des actifs non cotés présente des risques de pertes partielles ou totales du capital investi.

Semaine rouge à Wall Street. Les actions américaines cèdent 1,55 %, plombées par la rechute des semi-conducteurs. Les investisseurs délaissent les puces au profit des financières et des valeurs défensives. Bonne nouvelle côté inflation : l'IPC ralentit à 3,5 % (2,6 % hors énergie et alimentation), sous le consensus. La Fed devrait maintenir ses taux, le 10 ans américain reste à 4,55 %.

Le Vieux Continent surnage. +0,07 % sur la semaine, +8,3 % depuis janvier. Le CAC 40 finit à l'équilibre. La production industrielle de la zone euro recule de 0,2 % en mai (-1,2 % sur un an). Décision de la BCE jeudi.

Tokyo dévisse de 2,90 % sur la semaine (mais reste à +15 % en 2026). En Chine, le PIB du 2e trimestre déçoit : 4,3 % de croissance annuelle contre 5,0 % au trimestre précédent. Exportations solides, demande intérieure toujours molle. Pékin devrait assouplir sa politique monétaire.

L'or recule de 2,5 % à 4 017 $ l'once, victime de la remontée des rendements obligataires. Le pétrole bondit à 82,49 $ le baril sur fond de tensions persistantes au Moyen-Orient.

Le Bitcoin s’échange autour de 65 307 $ (+2,41 % sur la semaine). L’Ethereum évolue à 1 911$. Solana à 77$. Le marché tient bon mais reste à ses plus bas niveaux des dernières années.

  • 22 juillet : inflation au Royaume-Uni, balance commerciale japonaise

  • 23 juillet : décision de taux de la BCE, PIB de la Corée du Sud

  • 24 juillet : IPC japonais, PMI zone euro et Royaume-Uni

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  • 💰 L’un des géants tech les moins chers du monde : environ 12 fois les bénéfices attendus, contre 18 pour Meta et 26 pour Google

  • 📈 Trimestre solide : revenus +9,1 %, profit opérationnel +17 %, bénéfice par action +22,9 %

  • ⚠️ Décote liée aux risques géopolitiques : liste noire du Pentagone et menace réglementaire chinoise toujours en toile de fond

Tencent est tout simplement l’une des entreprises technologiques les plus puissantes de la planète. Fondée en 1998 à Shenzhen par Ma Huateng (dit « Pony Ma »), la société a bâti son empire sur la messagerie avant de devenir un conglomérat tentaculaire présent dans le jeu vidéo, les réseaux sociaux, la publicité, le paiement mobile et le cloud.

Son joyau, c’est WeChat (Weixin en Chine) : une super-application qui combine messagerie, réseau social, paiement, e-commerce et mini-programmes, utilisée par plus de 1,4 milliard de personnes chaque mois. En Chine, on ne vit littéralement pas sans WeChat : on y discute, on y paie son loyer, on y prend rendez-vous chez le médecin.

Tencent est aussi le premier éditeur de jeux vidéo au monde par le chiffre d’affaires, avec des franchises massives comme Honour of Kings ou PUBG Mobile, et des participations dans Riot Games (League of Legends), Epic Games (Fortnite) ou encore Ubisoft. L’entreprise emploie plus de 100 000 personnes et pèse parmi les plus grosses capitalisations d’Asie. Coté à Hong Kong, le titre est accessible aux investisseurs occidentaux via son ADR américain (TCEHY).

Le premier trimestre 2026 confirme la solidité de la machine. Le chiffre d’affaires atteint 196,5 milliards de yuans, en hausse de 9,1 % sur un an. Et encore, ce chiffre est artificiellement freiné : le Nouvel An chinois tombait plus tard cette année, ce qui a décalé la reconnaissance d’une partie des revenus du jeu vidéo. À périmètre comparable, la croissance ressort à 11 %.

Tous les moteurs tournent. Les services à valeur ajoutée (jeux et réseaux sociaux) génèrent 96,1 milliards de yuans. La publicité explose à +20 % (38,2 milliards), portée par les recommandations dopées à l’IA et le commerce intégré dans WeChat. La fintech et les services aux entreprises progressent de 9 % à 59,9 milliards. Le cloud international croît même de 40 % sur un an.

La rentabilité suit : le profit opérationnel grimpe de 17 % et le bénéfice par action de 22,9 %. Hors nouveaux produits d’IA (qui perdent encore de l’argent, environ 9 milliards de yuans de manque à gagner sur le trimestre), la marge opérationnelle ajustée passe de 39,9 % à 43 %. Le cash coule à flots : 56,7 milliards de yuans de flux de trésorerie disponible sur le seul trimestre (+20 %), et une trésorerie nette de 146,9 milliards, en hausse de 63 % sur un an.

L’entreprise redistribue généreusement : 7,6 milliards de dollars de Hong Kong de rachats d’actions au premier trimestre, après 80 milliards sur l’exercice 2025, et un dividende relevé de 4,50 à 5,30 HKD par action. Le rendement total pour l’actionnaire avoisine 2,5 %. S’ajoute un trésor de guerre souvent oublié : 547 milliards de yuans de participations cotées et 365 milliards de participations non cotées au bilan.

Le paradoxe Tencent tient en une phrase : des fondamentaux de champion, une valorisation de convalescent. La malédiction classique des valeurs chinoises. Le titre se paie environ 12 fois les bénéfices attendus pour 2026, quand Meta s’échange à 18 fois et Alphabet à 26 fois. Le ratio cours sur flux de trésorerie disponible, à 10,7, flirte avec ses plus bas de la décennie. Le marché tient compte des risques géopolitiques et aux pertes liées à l’IA comme s’ils étaient permanents.

Les risques sont réels, ne les balayons pas. Tencent figure sur la liste 1260H du Pentagone, ce qui ne restreint pas ses activités mais peut dissuader les institutionnels américains et s’aggraver si les tensions sino-américaines montent d’un cran. Le souvenir du grand tour de vis réglementaire chinois de 2021-2022 reste vif. Et la rentabilité future des investissements massifs dans l’IA demeure une inconnue, même si Tencent les autofinance sans s’endetter, contrairement à beaucoup de ses pairs.

Au final, le dossier présente un profil rare : une entreprise ultra-rentable, en croissance, qui rachète ses actions et augmente son dividende, valorisée avec une décote sévère pour cause de passeport chinois. À chacun de décider si cette décote est une opportunité ou un avertissement. Comme toujours, ceci n’est pas un conseil en investissement, qui s’y frotte risque de s’y piquer.

Notre outil d'analyse

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Pendant que l’Occident débattait, la Chine construisait. Pendant qu’on organisait des sommets sur la transition énergétique, elle verrouillait les chaînes d’approvisionnement des batteries. Pendant qu’on s’inquiétait de l’IA, elle distillait nos modèles pour en produire des copies à 5 % du coût. Le XXIe siècle a de plus en plus l’accent mandarin, et ce n’est pas un hasard. C’est une stratégie patiente, méthodique, et pas toujours très propre.

Le génie chinois tient dans une idée simple. Ne pas rattraper, enjamber. Sur l’automobile, Pékin a compris dès les années 2000 qu’il ne battrait jamais l’Allemagne sur le moteur thermique, un siècle de savoir-faire d’avance. Alors la Chine a sauté la case thermique pour tout miser sur l’électrique.

20 ans plus tard, BYD dépasse Tesla, la Chine produit plus de 60 % des véhicules électriques mondiaux.

Et surtout, elle contrôle l’amont. CATL et BYD fabriquent l’essentiel des batteries de la planète, et Pékin traite environ 90 % des terres rares mondiales. Quand la Chine a suspendu temporairement ses exportations de terres rares en avril 2025, les chaînes de production de Ford se sont arrêtées. Voilà ce que signifie contrôler l’amont. Un simple communiqué de presse à Pékin paralyse une usine dans le Michigan.

Le même schéma se répète partout.

Dans le nucléaire, la Chine construit plus de réacteurs que le reste du monde réuni et avance sur les technologies de quatrième génération, dont le réacteur au thorium. Dans la robotique, elle installe chaque année plus de robots industriels que tous les autres pays combinés. L’aboutissement de cette logique, ce sont les fameuses « dark factories » : des usines qui tournent 24h/24 sans lumière, parce qu’il n’y a plus d’humains à éclairer.

Fully Autonomous 'Dark' Smart Factory Runs 24/7 – Metrology and Quality  News - Online Magazine
Dark Factory de Xiaomi à Schenzen

Xiaomi en exploite une qui produit un smartphone par seconde, quasiment sans intervention humaine.

Et l’IA ? Là encore, la méthode du raccourci. Privés des puces Nvidia les plus avancées par les sanctions américaines, les laboratoires chinois ont massivement pratiqué la distillation, c’est à-dire entraîner leurs modèles sur les réponses des modèles américains, en récupérant des années de recherche pour une fraction du prix. DeepSeek a sidéré la Silicon Valley début 2025 avec un modèle de pointe annoncé à quelques millions de dollars. Depuis, les modèles chinois sont en tête des classements d’usage mondiaux. Ajoutez une électricité parmi les moins chères du monde grâce au charbon, à l’hydraulique et au nucléaire, et vous obtenez un avantage structurel sur le nerf de la guerre de l’IA, le coût du de l’inférence.

Cette avance ne vient pas que du génie industriel. Elle vient aussi d’un pillage technologique méthodique que l’Occident a longtemps préféré ne pas voir. Transferts de technologie forcés comme prix d’entrée sur le marché chinois, cyber-espionnage industriel documenté par toutes les agences occidentales, rachats ciblés de pépites européennes. Le cas des télécoms français reste un symbole douloureux : Alcatel, fleuron national devenu Alcatel-Lucent, a vu son savoir-faire spolié au profit de Huawei et ZTE, généreusement subventionnés par l’État chinois, qui ont espionné pour récupérer la technologie d’Alcatel, puis ont cassé les prix pour conquérir le marché mondial. Le tout avec la bénédiction d’une partie des élites européennes : des figures comme Jean-Pierre Raffarin, décoré par Xi Jinping et surnommé « vieil ami du peuple chinois » à Pékin, ont incarné cette diplomatie de la séduction dont la naïveté est aujourd’hui sévèrement jugée.

Jean-Pierre Raffarin décoré par la Chine de la "Médaille de l'amitié"
Le regard complice de deux amants ❤️

La guerre en Ukraine offre une démonstration plus cynique encore. Officiellement neutre, la Chine fournit en réalité les deux camps. Selon plusieurs rapports occidentaux, des composants chinois équipent aussi bien les drones ukrainiens que russes. L’exemple le plus grinçant : des drones assemblés avec des pièces chinoises auraient frappé des usines de fibre optique en Russie... et des industriels chinois revendraient désormais cette même fibre optique à Moscou à des prix multipliés par quatre ou cinq.

Attack drones strike only optical fiber manufacturer in Russia
Explosion de l’usine de fibre optique de Saransk en Russie après une attaque de drones ukrainiens

Vendre l’arme, puis vendre le pansement, avec marge à chaque étage.

Plus largement, le conflit a transformé la Russie en client captif. Coupée de l’Occident, Moscou vend son pétrole à Pékin avec des rabais substantiels, règle une part croissante de son commerce en yuans et dépend des composants chinois pour son industrie. En trois ans, la Chine a obtenu ce que des décennies de diplomatie n’avaient jamais donné : une Russie vassalisée, fournisseur d’énergie à prix cassé.

La bataille se joue aussi dans les têtes. TikTok capte l’attention de plus d’un milliard de personnes, dont une écrasante majorité des adolescents occidentaux, pour qui l’application est devenue la première source d’information. En Chine, la version locale (Douyin) limite le temps d’écran des mineurs et pousse des contenus éducatifs, quand la version export optimise le divertissement sans fin. Deux algorithmes, deux jeunesses.

Il y a plus sombre. Washington accuse depuis des années la Chine de fermer les yeux sur l’exportation massive de précurseurs chimiques du fentanyl vers les cartels mexicains, alimentant une épidémie qui tue plus de 70 000 Américains par an. Certains stratèges américains y voient une « guerre de l’opium inversée », en référence au XIXe siècle où les puissances occidentales avaient inondé la Chine d’opium pour la mettre à genoux.

Pékin dément toute intention, mais l’histoire a de l’ironie

Faut-il pour autant conclure à l’invincibilité chinoise ? Non.

La démographie est une bombe à retardement : population en déclin depuis 2022, vieillissement accéléré, un système de retraite sous tension. La croissance ralentit (4,3 % au dernier trimestre, du jamais vu hors Covid), le chômage des jeunes reste massif et l’automatisation qui fait la fierté des dark factories détruit aussi des emplois par millions. Mais attention à ne pas projeter nos réflexes politiques sur Pékin. Le Parti a déjà prouvé qu’il pouvait encaisser des chocs sociaux qui feraient tomber dix gouvernements occidentaux.

À la fin des années 1990, la privatisation des entreprises d’État a brisé le « bol de riz en fer », cet emploi à vie garanti, et jeté 30 à 40 millions de salariés à la rue en quelques années. Le régime a tenu. Le déplacement d’emplois par l’IA sera géré avec la même froideur.

La conclusion n’est ni d’admirer ni de diaboliser, mais de comprendre. Les chaînes de valeur des technologies qui domineront les vingt prochaines années (batteries, terres rares, robotique, nucléaire, IA) passent déjà par la Chine, et vos portefeuilles y sont exposés que vous le vouliez ou non. Il n’y a pas un empire qui se soit bâti sur la bienveillance et le respect des règles. Tous les grands empire se sont bâtis grâce à la planification, la rigueur, la recherche de l’excellence, mais aussi la sournoiserie, la cruauté, et le choix d’être impitoyable. En rejetant naïvement ces règles cruelles, l’Europe est passée de prédateur à proie. Le siècle à venir sera le constat amer de notre choix collectif d’abandonner nos ambitions de grandeur.

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