La vie des artistes auteurices c’est aussi leur vie de famille. Elle a une influence sur leur travail. Peut-être qu’en parler peut aider d’autres parents. Aussi il me semble important de partager notre expérience, à Coline, notre fils et moi.
Notre fils a enfin reçu un diagnostic, il est neuroatypique (je ne vais pas entrer dans les détails, quelle neuroatypie, peu importe, disons dans le champ des troubles neurodéveloppementaux et de la neurodversité). Coline et moi sommes soulagées, et un peu sonnées.
Le rendez-vous avec le neurologue a été rapide, simple, fluide, et surtout cet homme a été à l’écoute, il a écouté notre enfant, il lui a posé des questions, il a écouté ses réponses.
Bien sûr il y avait le rapport de la neuropsychologue de C*, et celui de la psychomotricienne, et la lettre d’adressage de la pédopsychiatre du CMP. Mais c’est la première fois en six ans que nous rencontrons un professionnel aussi à l’écoute, aussi à hauteur d’enfant, rassurant, et qui dit « En effet, c’est ça, vous avez raison ».
Notre fils a des « troubles » depuis ses trois ans, et alors l’errance thérapeutique a commencé. Pendant six purée d’ans. Mais cette errance a des noms en fait : incompétence, agisme, mépris, condescendance à l’égard de notre fils et de nous. Cette errance, une amie vient de me le dire, c’est de la maltraitance.
Les psys et les médecins sont mal formées, en terme de connaissances scientifiques, et surtout mal formés à l’écoute, mal formés à prendre de la distance avec leur propre savoir, mal formés à accueillir les mots des enfants et des parents, mal formés à admettre que les parents et les enfants ont des choses à leur apporter et à leur apprendre.
Ces six années ont été dures et épuisantes. Elles ont été violentes. Heureusement nous sommes soudées, nous portons beaucoup de joie et de rires, et notre enfant est aussi têtu que nous, il est fantaisiste et drôle et intelligent.
Je sais que la psychanalyse n’a pas bonne presse, et effectivement les deux psychanalystes vues ont été lamentables, mais les autres psys non psychanalystes aussi.
Pendant ces six ans, on a vu que la parole d’un confrère a plus de poids que la notre. Je pense à la débordée psychiatre du CMP par exemple : elle nous a écouté vraiment seulement à partir du moment où la psychomotricienne de C* lui a écrit une lettre pour dire que peut-être ça pourrait quand même être...
Et évidemment la réponse de quasi tous les psys était : c’est l’anxiété. Sans doute l’anxiété des parents comme le pensait la première psy qui était infecte de surplomb et d’ironie. Car les parents sont toujours coupables.
Coline et moi avons plutôt du caractère, nous avons vu des psys pour nous-mêmes, des proches sont psys, nous ne sommes pas du genre à nous laisser faire, et nous avions les moyens d’aller voir des psys, et d’en changer. Et malgré tout, ça a pris six ans. Six ans pour quelque chose de simple, en fait.
Ce diagnostic ne résout pas tout, mais il est primordial, c’est du savoir, une reconnaissance, qui nous permet d’aller vers des associations de parents par exemple, de lire sur le sujet, de chercher des moyens de comment mieux aider notre fils, de lui donner des armes. Ça permet aussi d’expliquer aux autres, à l’école par exemple.
Tout ça me renvoie à l’histoire de ma meilleur amie, dont la bipolarité a été niée, dont les mots n’ont pas été écoutés pendant des années, et qui après dix ans d’errance thérapeutique, après deux hospitalisations, après avoir risqué sa vie, a enfin eu diagnostic et traitement.
Parfois les psys sont une aide, et parfois il s’agit de se défendre contre les psys. À elleux d’entendre et de changer. De bosser.
Toutes mes pensées aux parents et aux enfants qui vivent ces situations. Ce que vous savez est important.
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