Bienvenue dans cette édition #35 de Marlène Griessinger !
Que tu sois là depuis le début, ou que tu viennes de me découvrir, merci à tous de me lire ❤️.
« Je vous jure que j’ai une dette de 8 000 €. Moi, là, je n’ai pas l’argent. J’ai fait comment ? »
Cette phrase, c’est le cri du cœur de milliers de personnes qui se réveillent un matin avec des centaines d’euros qui quittent leur compte chaque mois pour des choses qu’elles ont déjà consommées depuis longtemps.
Imaginez la scène : vous voulez un nouvel iPhone. Sur votre site préféré, il est à 500 €. Au moment de payer, une option brille : « Payez seulement 166,66 € aujourd’hui, sans frais. » En moins de 10 secondes, vous validez.
Sans le savoir, vous venez de subir trois mécanismes psychologiques théorisés par les chercheurs :
La fin de la “douleur de payer” : Voir un prix de 500 € active la même zone cérébrale que la douleur physique. Réduire ce chiffre à 166 € supprime ce signal d’alarme.
L’effet de fractionnement : Psychologiquement, votre cerveau a l’impression que le produit est moins cher, alors que le coût global est strictement le même.
Le découplage du paiement : Vous profitez du téléphone tout de suite, mais l’argent s’en va par petites tranches plus tard. Le plaisir est immédiat, la douleur est diluée.
Pour comprendre, il faut suivre l’argent.
Quand vous achetez cet iPhone à 500 € en 3 fois, le commerçant ne reçoit pas 500 €. Il touche environ 470 € à 490 €. La différence va dans la poche de la plateforme de paiement fractionné (Klarna, Alma, Scalapay...).
Pourquoi le marchand accepte-t-il de perdre 2 à 6 % de sa marge ? Parce que c’est ultra-rentable pour lui. Proposer le paiement fractionné fait grimper le taux de conversion d’un site de 20 à 30 % et augmente le panier moyen de 35 %. Face à un prix fractionné, le consommateur achète plus vite, et beaucoup plus cher.
Ce marché, qui pesait 6 milliards d’euros en France en 2019, a explosé pour atteindre près de 30 milliards d’euros. Ce n’est plus un service haut de gamme : aujourd’hui, on vous propose de payer un t-shirt à 20 € en trois fois.
Les chiffres de la Banque de France font froid dans le dos. En 2022, seulement 1 % des dossiers de surendettement contenaient au moins un paiement fractionné. En 2023, c’est passé à 7 %. En 2024, nous avons atteint 17 %. La part a été multipliée par 17 en deux ans.
Le profil type ? Des consommateurs qui cumulent un canapé en 4x, des baskets en 3x, des vêtements en 4x. Pris séparément, chaque achat paraît anodin. Mais mis bout à bout, c’est un gouffre. Comme aucun système centralisé ne totalise ces micro-crédits, on perd le contrôle.
Et au moindre imprévu (une panne de voiture, une facture plus haute), c’est le dérapage : les pénalités de retard tombent (jusqu’à 15 % du prix initial) et la spirale du surendettement s’enclenche. Pire encore, ce fléau touche massivement les jeunes (18-25 ans), chez qui le nombre de dossiers a bondi de 65 % récemment, certains utilisant même ces applications en douce dès l’âge de 14 ou 15 ans.
💡 Si vous voulez protéger vos enfants ou simplement reprendre le contrôle de votre budget, utilisez le Mode Famille de l’application Finari. En synchronisant vos comptes, vous pouvez catégoriser automatiquement les prélèvements des plateformes de BNPL comme des « remboursements d’emprunt ». C’est le meilleur moyen visuel de voir où part l’argent et d’ouvrir une discussion pédagogique avant qu’il ne soit trop tard.
Face à ce danger, la loi réagit. À partir du 20 novembre 2026, le paiement fractionné sera officiellement considéré comme un crédit à la consommation.
Le parcours en “10 secondes chrono”, c’est bientôt fini. Les plateformes devront obligatoirement vérifier votre solvabilité (revenus, charges) et afficher le coût du crédit de manière ultra-visible. Vous aurez même un droit de rétractation de 14 jours.
En attendant cette loi, vous êtes le seul maître à bord. Le paiement fractionné n’est pas le diable en soi, tout dépend de la façon dont vous l’utilisez :
Le bon usage : Votre iPhone est cassé, vous avez planifié l’achat, vous avez 6 mois de dépenses d’avance sur votre compte pour votre matelas de sécurité, et vous suivez votre budget de près. Utiliser le 3x sans frais vous permet de garder de la trésorerie pour l’investir ailleurs. C’est une stratégie de cash-flow.
Le mauvais usage : Vous achetez un objet hors budget par impulsion, sans matelas de sécurité, en cumulant plus de 3 paiements fractionnés en même temps ou en l’utilisant pour des dépenses récurrentes (courses, essence).
Avant de cliquer, posez-vous cette unique question :
« Si cette option en plusieurs fois n’existait pas, est-ce que j’aurais les moyens de régler cet achat en une seule fois maintenant ? »
Si la réponse est non, ne l’achetez pas. Le paiement en plusieurs fois n’est pas un mode de paiement. C’est un crédit.
Prenez soin de vos finances.

Comments
Nothing yet. Say the first thing.
Sign in to join the conversation.