L’année dernière, en guise de “bonne résolution” j’avais décidé de me pousser à lire à nouveau. J’avais fixé mon objectif de lecture grâce à un filtre TikTok, soixante-neuf. Un objectif un peu haut pour moi qui ne lisait plus beaucoup en dehors des livres pour enfant et autres histoires du soir, mais qui avait le mérite de réellement me pousser à reprendre contact avec mes anciennes habitudes de lectures, tout en développant de nouvelles, comme la consommation de livres audio. Malgré une fin d’année émotionnellement chaotique et destructive (c’est ce qui arrive quand on se retrouve célibataire via sms après avoir découvert qu’on était trompée, et pas qu’une fois, depuis deux ans…) j’ai réussi à maintenir le cap, en me poussant, et à boucler mon année de lecture. Cela peut paraître anodin, mais réussir à boucler cet objectif m’a beaucoup aidé mentalement. C’était une chose que je pouvais maîtriser alors que tout le reste autour s’effondrait. Et lire avec ma fille a aussi contribué à nous aider toutes les deux à regarder de l’avant grâce à l’impatience partagée de découvrir la suite des histoires que nous lisions.
Je vais commencer par la fin et une mention spéciale pour la série Les Royaumes de Feu (Wings of Fire en langue originale) de Tui T. Sutherland. Cette série jeunesse (middle grade) a été notre ancre à Esther et mois sur les derniers mois. Nous avons dévorés les 5 premiers tomes de la série (donc le premier cycle) très rapidement, nous plongeons dans cette lecture à deux non seulement au moment du coucher, mais aussi en se blottissant l’une contre l’autre sous un plaid dès que nous en avions l’occasion. Les aventures des 5 dragonnets du destin nous ont accompagnées de l’automne à l’hiver, nous permettant de nous échapper dans cet univers fantasy qui a sa part d’ombre et de violences, mais où amitié, acceptation (de soi et des autres) et éthique ont la part belle. L’univers est très bien construit, assez simple pour que les jeunes lecteurs puissent le prendre en main, mais assez complexe pour qu’ils aient d’une part une vraie expérience de romans fantasy bien construits, mais aussi de vrais possibilités de réflexion autour des différents thèmes et questions morales que posent les différents tomes. Si les personnages sont des archétypes, ils n’en restent pas moins complexes, complets et interessants à découvrir y compris pour les adultes. D’ailleurs, Mamie s’est prise d’affection pour la série elle-aussi et la lit en parallèle de nos lectures. Argil, Sunny, Gloria, Tsunami, Comète et leurs aventures, leurs évolutions sont donc un sujet de conversation récurent au moment du goûter, et sont des supports de discussions tout indiqué pour parler de problèmes bien réels que nous aurions envi d’évoquer.
Si vous avez envie de partager une bonne série qui soit une bonne introduction à la littérature de l’imaginaire avec votre enfant (pas avant 8/9 ans ceci dit, certaines scènes pouvant être un peu compliquées à aborder pour des lecteurs plus jeunes) je recommande donc Les Royaumes de Feu. Du côté enfant, ils se laisseront facilement transporter dans cet univers fantastiques, et puis, quel enfant ne serait pas fasciné par un groupe de Dragons? Et du côté adulte, il était très appréciable de lire une écriture de qualité, certes plus légère que les grands auteurs classiques du genre (coucou Tolkien) — ce qui n’est pas toujours un mal — mais tout de même de bonne qualité, alors que la fantasy jeunesse n’est pas toujours, soyons honnête, de la meilleure qualité littéraire.
J’ai eu beaucoup de coup de coeur cette année, mais celui-ci est de loin mon favoris. Si je ne devais en garder qu’un, ce serait lui. C’est un très beau et très fort récit à mi chemin entre fantasy et fiction historique, mêlant l’Histoire à la magie. Après l’avoir découvert en version audio (VO), je me suis empressée d’acheter la version reliée pour le mettre sur mes étagères (#booktrophy).
J'ai adoré le rythme du récit. La narration est extrêmement bien cadencée. Jamais trop lente, jamais trop rapide, jamais trop concentrée sur un aspect de l'histoire. Tant d'histoires sont narrées, tout en laissant le devant de la scène aux personnages principaux. Et tant d'émotions sont déclenchées par les mots de Bardugo. L'espoir, la peur, la compassion, le dégoût, la colère, la tristesse, la mélancolie... Il est si facile de se connecter aux émotions des personnages, et de comprendre leur parcours et leurs choix. Leur évolution, ou au contraire leur absence d'évolution, font sens. J’aimais déjà l’auteur, et sa manière de mener plusieurs histoires des front, s’entrelaçant pour former l’ensemble du squelette du récit dans son ensemble. Elle montre encore qu’elle maîtrise son sujet.
Bref, si vous ne l’avez pas déjà dévoré et que le genre vous plaît, foncez.
Cette année j’ai consommé sans modérations trois séries de livres cozy et feel good que je relirais avec plaisir en cas de coup de blues.
C’est le Roman graphique dont est issue la série à succès Netflix du même nom. Pleine d’amour et de tendresse cette série raconte la rencontre amoureuse de deux lycéens. L’auteur y aborde avec beaucoup de douceur les thématiques pourtant lourdes de l’homophobie, du harcèlement, de la santé mentale et de la variété des identités sexuelles et de genre.
Cette série est originellement une trilogie à laquelle l’auteur a donné une suite, puis une nouvelle trilogie issue du même univers. On est là très clairement dans une série de Cosy Fantasy aux nombreux personnages au caractères affirmés et souvent un peu loufoque. Si, à mon point de vue, aucun des volumes suivant n’arrive à reproduire réellement la magie du premier, je lirais tous les livres issus de cet univers avec un immense plaisir tant j’aurais plaisir à retrouver l’ensemble des personnages auxquels on ne peut s’empêcher de s’attacher.
Si je suis très éclectique dans mes lectures, il est vrai que la science fiction est rarement mon genre de prédilection, j’étais donc passée à côté de cette série. Ce qui n’est pas si mal, car j’ai ainsi eu l’occasion de la dévorer. The Murderbot Diaries suit les aventures d’un Robot qui est peut-être le personnage le plus humain que j’ai eu à lire sur les dernières années. Martha Wells utilise avec beaucoup d’intelligence l’univers qu’elle a créé et les différents personnages qu’elle y fait évoluer pour nous présenter une critique de la société actuelle. Si vous appréciez l’humour grinçant, le sarcasme et l’ironie, les personnages parfaitement imparfaits, les aventures épiques et les réflexions sur la morale et l’éthique individuelle aussi bien que sociale, cette série est faite pour vous.
Un très beau roman, ou plutôt auto-fiction. L'écriture de Gaël Faye est très imagée et poétique. Ses mots transportent et engagent nos 5 sens, dans le meilleurs comme dans le pire.
Joie, Bonheur, Horreur, Peur, Douleur, Amour, Trauma, la poésie de Gaël Faye nous montre l'ensemble des facettes de ce moment d'Histoire à travers les yeux d'un enfant. Un enfant issu d'une famille mixte, d'un milieu privilégié, protégé, lui permettant d'avoir des préoccupations d'enfant. Des préoccupations qui petit à petit évoluent, s'épaississent, s'endurcissent. Son enfance est rapidement souillée par les conflits que connaissent son pays et le Rwanda - dont sa mère est originaire.
J'ai trouvé particulièrement judicieux et efficace le rythme appliqué à la narration par Faye. La manière dont le drame s'installe en fond, de manière sourde et lointaine d'abord, puis s'installant par vague, en flux et reflux d'horreur, jusqu'à marée noire.
J'ai rarement fini un Despentes en étant étrangement apaisée en refermant le livre. Et bien, c'est désormais fait.
Despentes propose un roman épistolaire 2.0, interrompu occasionnellement de posts de blogs d'un troisième personnage, sous fond de réseaux sociaux, de harcèlement (en ligne ou non), de MeToo, de féminisme, de Covid19, d'addiction et de rapport de classe.
Le plus dur est de dépasser le prémisse et l'idée de laisser aussi la parole à un Connard et accepter que sa parole, sa "défense" n'est pas là pour être une justification, mais la narration de la vérité qu'il s'est construite au départ. Mais à travers ces emails échangés, les deux personnages principaux (tous les deux particulièrement égotistes, même si de manière différente) se racontent, disent leurs vérités, avouent leurs mensonges, leurs parts les plus belles autant que celles les plus viles, ils discutent leurs rapport à la domination de genre et de classe, s'engueulent, se réconcilient et en décrochant de leurs addictions respectives, réapprennent la solidarité et sa nécessité. Despentes pose donc une question difficile, celle du pardon (mais aussi celle du droit de ne pas pardonner) et du comment vivre ensemble quand tant de mal a été fait pour des raisons diverses. Les personnages sont résolument imparfaits, c'est le moins qu'on puisse dire, mais complexes et nuancés, humains en somme.
Despentes joue avec la tension tout au long du roman, elle la fait monter, tire sur les nerfs, fait gonfler la colère comme peut le faire une discussion de comptoir, parfois elle grandit, parfois elle retombe comme un soufflet, et puis finalement, elle s'apaise.
Drôle, émouvant, poétique et déchirant. Une montagne russe d’émotion servie par un style à la fois poétique, cru, ironique et onirique.
Un récit d’inspiration autobiographique sur la quête du sens de la vie (et de la mort), sur le poids et la légèreté de l’humanité et les origines et le sens de la colère.
Au vue de la proportion du dit “smut” (à comprendre romance comprenant des scènes plus qu’épicées, et dont souvent l’histoire et/ou la qualité d’écriture sont bien souvent secondaires vis à vis des scènes érotiques contenues par l’ouvrage) sur mes lectures de l’année cette remarque m’avait fait l’effet d’une gifle. Non seulement elle tombait complètement à côté de la réalité, mais clairement le but était, de manière à peine déguisée, de moquer mes habitudes et mes goûts littéraires. Je vais donc crever l’abcès une bonne fois pour toute : oui, il m’arrive de lire des livres qui sont définitivement classés dans cette catégorie. Non, cela n’a jamais été ma catégorie de lecture principale. Et, même si cela avait été le cas, je vais jeter le pavé dans la marre dès maintenant, j’ai lu des livres de “smut” bien mieux écrits, mieux documentés et portant bien plus de questionnement social et émotionnel que certains des livres de non-fiction que la personne qui m’a envoyé cette phrase à la figure se targue d’avoir lu.
Je vais donc présenter ici une petite sélection de livres que j’ai adoré lire cette année que j’ai adoré lire, et qui ne correspondent (tout comme ceux présentés plus hauts, d’ailleurs) pas à cette catégorie… Et puis un qui rentre totalement dans cette catégorie et que je place sans honte dans mes lectures favorites de l’année.
J'aime les romans qui montrent la magie, la poésie et la grandeur de la vie de gens que la plupart d'entre nous considéreraient comme ordinaires.
Le contexte de l'histoire est indubitablement épique: la construction du Canal de Panama, mais cette narration chorale porte plus sur la vie de personnages qui se croisent, plus ou moins sciemment, à cette époque, que sur l’épopée de la construction elle-même. Bien sûr, ce livre aborde les thèmes du racisme, des différences entre les classes sociales, des droits des travailleurs, de politique et de tout ce que l'on peut attendre d'un livre traitant de cette période. Mais ce qui m'a fait tant aimer ce livre, c'est surtout l'intelligence avec laquelle toutes ces histoires se croisent et la façon dont l'auteur parvient à montrer et à faire ressentir la beauté, la grandeur et l'importance de chacune de ces vies simples.
Christina Henríquez est une conteuse extraordinaire qui a réussi à mettre en lumière des vies ordinaires de manière réaliste, poétique et lumineuse, bien que par moments sombre.
Cette histoire mélancolique est une narration ré-inventée, mais sans trop la modifier, de l’histoire d’Angrboda sorcière, l’une des femmes de Loki, Mère des Monstres dont les enfants sont à l’origine du Ragnarok de la mythologie Nordique. C’est une histoire d’amour déçue, de trahison, d’amour maternel, de re-connection avec son pouvoir et sa force, de moralité, de rage sourde et d’amour absolu sur fond de fin du monde ineluctable.
La narration a ses défauts, mais j’ai apprécié la lenteur du récit laissant la mélancolie s’installer, la douleur, la peine, la colère, puis le pardon et la quête d’Angrboda la géante pour retrouver son passé de manière à pouvoir sauver le futur de ses enfants.
Cette histoire a des airs de Princess Bride. L'histoire est bien rythmée et parvient à équilibrer les moments drôles et les moments plus sombres. Le vilain à lui tout seul vaut la peine de lire ce livre, et le trio de « héros » est un mélange parfait d'archétypes et de leurs opposés. Le développement de leurs personnages est traité de manière fluide et intéressante, et même si on en voit certains éléments du scénario venir de loin, ce n'est jamais inintéressant.
En bref, c'est une très beau croche-patte aux contes classiques.
L'histoire se déroule lentement, prenant le temps de vous saisir dans sa mâchoire. Le ton est froid, détaché, mais jamais dénué d'émotion. On danse sur une ligne ténue entre la pitié et la rage, entre le jugement et la compréhension. Au final, que l'on aime ou que l'on déteste le personnage principal, peu importe, on le comprend. Et cette compréhension peut dire quelque chose d'un peu effrayant sur nous-même.
Je ne m'attendais vraiment pas à tant aimer ce livre.
Pour être honnête, j’ai rarement réellement accroché à la plupart des livres qui ont été mis en avant sur #BookTok. Jusqu'à présent, j'ai été plutôt très déçue. Mais pas ici, ici j'ai réellement apprécié cette petite romance plus que ce à quoi je m'attendais. Oh ce n'est pas le livre de l'année, mais c'est léger, frais et j'ai refermé le livre avec un petit sourire aux lèvres, ce qui n'est pas rien.
Bien sûr, j'ai un faible pour les histoires de loups-garous (sorcières et loups-garous à la fois, en fait), mais cela signifie aussi que j'en ai lu un certain nombre et que je connais par cœur les tropes du « fated mate », du mariage de convenance, de l'alpha puissant dont le/la partenaire s’avère ne pas être aussi faible qu’il n’y paraissait au premier abord etc. Et j'ai tendance à lever les yeux au ciel devant un certain nombre de façons classiques de traiter ces tropes. Ali Hazelwood a réussi à utiliser énormément de tropes du genre tout en leur donnant une touche de fraîcheur. Si vous n'aimez pas la romance, les scènes un peu “spicy” et que l’urban fantasy n’est pas votre tasse de thé, ce livre n'est probablement pas fait pour vous. Mais si au contraire vous aimez bien, je pense qu'il y a des chances que vous appréciiez ce roman à l’arrière goût de fanfic réussie.
Ce n'est pas une révolution du genre, loin de là, mais sans spoiler, c'était rafraîchissant d'avoir un personnage féminin plus froid émotionnellement que le personnage masculin, et un PM qui n'a pas 800 ans de plus, et bien plus de pouvoir —alors qu’ici autant émotionnellement, politiquement et magiquement les personnages restent plutôt équilibrés l’un vis à vis de l’autre. Et pour ce qui est du côté spicy, le « je ne dis pas qu'il n'avait pas d'expérience, mais il montrait plus enthousiaste que compétence. Et c’était parfait. » était plus que rafraîchissant et bienvenu dans un genre littéraire où tous les personnages masculins se ressemblent, agissent de même et dans lequel il semble impossible de valoriser l’envie, le désir et l’émotion plus qu’une compétence quasi-professionnelle des personnages principaux.

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