Du 17 Décembre au 5 Avril, Mickalene Thomas s’installe au Grand Palais avec son exposition monographique : All About Love. Avant de s’installer à Paris (une fois n’est pas coutume, la province a été servie la première) All About Love avait pris résidence aux Abattoirs de Toulouse, et j’ai eu la chance de pouvoir l’arpenter en compagnie d’Esther.
Entrer dans l’exposition All About Love de Mickalene Thomas aux Abattoirs, c’était moins entrer dans une exposition que dans un manifeste drapé de strass et de velours. Le titre, emprunté à bell hooks, promettait d’emblée tendresse et douceur, mais ce que j’ai pu observer, c’est une tendresse tramée de défiance, une intimité enchevêtrée de puissance. Chaque salle vibrait d’une présence sans complexe, une réappropriation de la beauté qui refuse de se conformer aux règles silencieuses des white cubes.
Il y a quelque chose d’audacieux à intituler une exposition All About Love. On risquerait de tomber dans la sentimentalité, à moins d’être Mickalene Thomas, qui transforme la phrase en défi. Ici, l’amour n’est pas réduit à la douceur. Il est radical, politique, queer, noir, féminin, bruyant. Elle éblouit avec des cristaux et des tissus imprimés ; elle vous regarde droit dans les yeux et ne baisse jamais le regard. L’exposition ne se contente pas de se demander ce qu’est l’amour, mais interroge également celles (et ceux) qu’il avait historiquement exclu et ce que cela pourrait amener de mettre au centre celles et ceux qui ont toujours été relégué-e-s aux marges.
D’ailleurs, c’est de loin l’exposition la plus forte et de la plus grande envergure que j’ai pu voir sur Toulouse. Le genre d’exposition qui remplit d’émotion autant que d’admiration pour le talent brut de l’artiste... Alors, comme un avant goût de ce qui pourra être présenté sur Paris, je voulais parler de ce que nous avons pu voir avec Esther. Si certain-e-s se posaient la question, oui, l’expo est tout à fait accessible aux jeunes publics, et si certaines pièces peuvent perdre de leur portée sans explications, les plus jeunes seront à minima subjugué-e-s par les couleurs, les paillettes et les différentes techniques utilisées par l’artiste pour composer ses oeuvres. Ils pourront également être happés par cette exposition-décor, loin des traditionnels murs blancs et des pièces se ressemblant toutes. Ici, on voyage, on plonge dans l’univers de l’artiste et chaque pièce est un espace pensé à la fois séparément des autres, et comme une partie du tout.
Vraiment, si vous en avez l’occasion, je ne peux que recommander d’aller passer quelques heures en compagnie de ces oeuvres chatoyantes, résolument poétiques et politiques.

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