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House Of Esther · Jan 20, 2026

2025 à la maison, le bilan

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Clara Mouilleseaux · House Of Esther

A l’heure où d’autres sont déjà en train de se demander si prendre autant de bonnes résolutions était une bonne idée, je me décide à faire le bilan de l’année écoulée. Un peu en retard la fille ? Non, je ne dirais pas ça. 20 jours de pause après la fin de 2025 pour prendre le temps de regarder tout ce qu’a été cette année passée, et ce qui semble déjà émerger pour la suivante me semble, in fine, plutôt court.

2025 a été une année rude. Tant sur le plan politique, international que personnel. Les mauvaises nouvelles venant de partout autour du globe se sont accumulées, localement ce n’était pas mieux, et personnellement, je devais faire face à un séisme dont l’intensité ne pourrait pas même être quantifiée sur l’échelle de Richter. Il parait que c’est la résultante logique d’enfin sortir d’une relation abusive. Mais savoir que c’est logique ne change pas les montagnes russes qu’il faut affronter. Il y a eu beaucoup de chemin parcouru depuis janvier 2025, et si tous ces chemins n’étaient pas ceux prévus, ça n’en change pas le kilométrage.

En entamant 2025, je m’étais couverte d’objectifs : lire 80 livres, écrire toutes les semaines, sortir plus souvent, établir des rituels de jeu avec Esther, aller au cinéma au moins deux fois par mois, et au musée aussi souvent que possible. Et puis même me remettre à la photo. Réaménager la maison. Tout ranger et trier du sol au plafond. Faire du sport. Et puis… Et puis… Et puis j’ai dû faire face au fait que je ne guérirais pas par la fuite en avant. Et que, de toute façon, je ne souhaitais pas courir avant d’avoir appris à marcher.

Il m’a fallu me rendre à l’évidence, oui, autant d’objectifs somme toute louables, partait d’une bonne intention : ne pas me laisser happer par la tempête qui se déchaînait sur ma vie. Certes. Mais on ne peut pas courir plus vite qu’un ouragan. Dans un premier temps, il est plus sage de regarder le problème dans le blanc des yeux et d’accepter qu’il est là. Et d’accepter que l’affronter demandera déjà bien assez d’énergie, sans avoir besoin de se couvrir d’objectifs pas toujours tenables.

Il m’a fallu 2 mois pour arrêter de dire “toxique” et dire “abusif” sans avoir l’impression d’être une impostrice. Il m’a fallu des tonnes de lectures, de documentation, de reportages, de films, de reels et une bonne dose de thérapie pour défaire le brouillard dont je sortais, et prendre conscience d’à quel point il avait été épais. J’ai dû faire face aux souvenirs que j’essayais de laisser dans leurs boites. J’ai quand même été surprise quand le diagnostic est tombé : syndrome post-traumatique complexe (C-PTSD, pour les intimes). Le tout en étant parent 100% solo et gérant seule les démarches juridiques qui vont avec tout ça. Parce que l’abus ne s’arrête pas quand on part, et on oublie trop souvent de le dire.

Drainée souvent, mais jamais à terre. J’ai tenu mon objectif de lecture. Ok, en relisant des BDs, certes, mais j’ai tenu mon objectif de lecture quand même. Je n’ai pas écrit tous les mois, mais j’ai écrit plus souvent, et j’ai enfin publié mes premiers textes en anglais. Je n’ai pas été au cinéma tous les mois, mais je suis sortie avec des ami-e-s ou avec Esther régulièrement voir des films sur grand écran. J’ai refait la déco de ma maison, et accueilli du monde chez moi pour la première fois depuis une éternité. J’ai revu des ami-e-s que je pensais avoir perdu, et j’ai soudé de nouvelles relations. Je me suis même mise à la boxe.

Je n’ai peut-être pas fait autant de DIY avec Esther que je l’aurai voulu, mais nous avons passé toutes les deux énormément de temps ensemble à panser nos blessures, mais surtout à construire notre futur. Elle aussi a vu sa vie être complètement chamboulée. Et l’accompagner là dedans était bien plus important que le nombre de projets persos menés à bien.

J’ai compris qu’avoir l’envie ce n’était pas toujours équivalent avec avoir la force, mais qu’on allait y venir. J’ai compris que mon diagnostic ne disait pas que je n’allais pas mieux, mais permettait de mettre en place les outils nécessaires pour limiter mes crises d’angoisses et mon stress, voire ma peur (qu’elle soit rationnelle ou non), et donc pouvoir avancer mieux, et sans reculer (ou pas trop). Et surtout, que plus j’avançais, plus mes envies se précisaient, puisque je me retrouvais **moi**.

C’est terrible comment une relation de contrôle coercitif rogne peu à peu qui l’on est. Comment la voix de l’autre s’insinue partout. Comment de simples prises de décisions deviennent source de stress. Comment la vibration du téléphone lorsqu’on reçoit un sms peut déclencher une crise de panique. Et la lenteur qu’il y a à se débarrasser de tout ça, mais aussi le soulagement et la joie quand petit à petit, le camboui se détache et on sent qu’on pourra à nouveau voler.

J’ai fini 2025 avec une estime de moi meilleure que je ne l’ai jamais eu. Me sentant forte, tout en étant consciente de tout le chemin qui reste encore à faire (même plus peur!). Mon diagnostic ne me fait plus honte, parce que la honte ne devrait pas être mienne. Je n’ai plus peur de le dire non plus. Ce n’est pas parfait, je ne suis pas guérie. Je sais qu’il faudra du temps. Les démarches juridiques concernant ma fille ne sont pas finies, mais on en voit le bout. Politiquement, mondialement, 2026 me fait peur. Mais personnellement, je suis mieux armée pour affronter 2026 que je ne l’ai jamais été, à tous les niveaux.

2025, Healing.

Read the original on liilouve.substack.com

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