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Biz Bestie · May 5, 2026

Le jour où j'ai failli tout arrêter avec l'IA

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Safia Gourari · Biz Bestie

Il y a quelques mois, j’ai passé deux heures un jeudi soir à essayer de faire écrire à ChatGPT un email qui me ressemblait.

Deux heures. Pour un email.

À un moment j’ai fermé mon ordi, j’ai attrapé mon téléphone, et j’ai fait ce qu’on fait toutes quand on est frustrées et qu’on ne veut pas l’admettre : j’ai fait défiler Instagram pendant vingt minutes en prétendant “faire une pause”.

Je ne suis pas quelqu’un qui abandonne facilement les outils. Je suis plutôt du genre à m’acharner, à trouver le truc qui fait que ça finit par fonctionner. Mais là, ce soir-là, j’étais à deux doigts de décider que l’IA et moi c’était une mauvaise histoire, et qu’on ferait mieux de rester en mode relation distante.

Je t’écris cette newsletter d’un côté pour te parler de ce qui s’est passé ensuite, mais aussi parce que je pense que ce que j’ai compris ce soir-là dépasse largement la question de l’IA.

Ce jeudi, je devais écrire un email pour annoncer une nouvelle offre. Quelque chose que je voulais formuler honnêtement, sans accroche trop business, avec mon ton habituel, celui qui fait que les gens qui me lisent depuis un moment se disent “ah ouais, c’est bien Safia ça”.

J’avais tout expliqué à ChatGPT.

J’avais dit ce que je voulais, ce que je ne voulais surtout pas, j’avais même collé des extraits de mes anciens emails pour donner le ton.

Ce qu’il m’a sorti, c’était une version de moi qui avait l’air d’avoir été recrutée par une startup pour “créer du contenu authentique” 🙃 Le genre de texte qui commence par “Je voulais prendre le temps de te partager quelque chose qui me tient vraiment à cœur” et qui finit par “alors, prête à rejoindre l’aventure ?” avec un point d’exclamation enthousiaste.

J’ai refermé l’onglet direct.

Le lendemain, j’ai réessayé avec plus de précisions. J’ai ajouté des exemples, listé les tournures que j’utilise, celles que je n’utilise jamais... C’était un peu mieux. Mais juste un peu. À la prochaine conversation ? On repartait de zéro.

Je re-expliquais tout, mon audience, mon ton, ce que je vends, ce que je ne dirais sous aucun prétexte. Comme une assistante avec une mémoire de poisson rouge.

Et à un moment j’ai réalisé un truc qui me semble évident maintenant, mais qui ne l’était pas du tout à ce moment-là : le problème n’était pas ChatGPT.

C’était que je ne lui avais jamais vraiment dit qui j’étais.

Pas de façon structurée, en tout cas. Je lui donnais des bribes, des consignes au cas par cas, des corrections ponctuelles. Mais je ne lui avais jamais construit un vrai cadre de référence. Je lui demandais de m’aider à écrire comme moi sans lui avoir appris qui j’étais !

Cette réalisation-là, elle m’a amenée à quelque chose d’inattendu : pour transmettre mon identité à un outil, encore faut-il l’avoir articulée soi-même.

Et c’est là que ça devient intéressant, enfin intéressant c’est le mot que j’utilise quand quelque chose est en fait un peu déstabilisant.

Quand je me suis assise pour construire ce document d’identité, pour expliquer à Claude (oui entre temps j’ai quitté ChatGPT) comment j’écris, pour qui, avec quelles valeurs, avec quelles lignes que je ne franchis pas, j’ai réalisé que je n’avais jamais vraiment formulé tout ça explicitement.

On utilise sa voix tous les jours sans jamais vraiment l’analyser. On écrit des emails, des posts, des newsletters. On développe un style au fil du temps, de façon assez instinctive. Et on n’a jamais vraiment besoin de le mettre en mots parce que c’est nous qui écrivons, et nous on sait.

Sauf que là j’avais besoin de l’expliquer à quelqu’un d’autre. Enfin, à quelque chose d’autre. Et ça a soulevé des questions que je ne m’étais jamais posées aussi clairement.

Quelle est ma posture vis-à-vis de mon audience ?

Est-ce que j’écris au-dessus d’elle donc d’un point de vue expert, ou à côté d’elle d’un point de vue égale et semblable ? Depuis mon vécu ou depuis un savoir abstrait ?

Qu’est-ce que je ne dirais jamais dans mon contenu, et pourquoi exactement ? Qu’est-ce qui fait que ma façon de parler de ce que je fais est différente de quelqu’un qui vend la même chose que moi ?

Et plus largement : qu’est-ce qui me rend reconnaissable ? Pas dans le sens “qu’est-ce qui fait que j’ai du succès”, mais vraiment, qu’est-ce qu’on reconnaît quand on lit quelque chose que j’ai écrit ?

J’ai passé un bon moment à y réfléchir et ce que j’ai noté dans ce document, c’était à la fois une description de ma façon d’écrire et quelque chose de plus profond. Une sorte de miroir de ce que je défends, de ce en quoi je crois vraiment, de la façon dont je veux exister dans mon activité.

Ce n’est pas ce que j’avais prévu quand j’ai ouvert ce Google Doc!

Il y a un truc que je continue de trouver fascinant dans tout ça.

On parle beaucoup de “trouver sa voix” comme si c’était une chose qu’on cherche à l’extérieur, qu’on finit par dénicher quelque part, et qu’on a ensuite pour toujours. Comme si un jour on se réveillait en sachant exactement comment on s’exprime, et que c’était réglé.

Mais ce que j’ai compris en construisant ce document, c’est que ma voix n’est pas fixe. Elle évolue, elle s’affine, et la formuler régulièrement, l’articuler à quelqu’un d’autre même si cet “autre” est un outil IA, c’est une façon de la garder consciente plutôt que de la laisser dériver par défaut.

La dérive, je l’avais vécue sans la nommer. Quand je regardais mes anciens contenus et que certains me semblaient un peu moins “moi” que d’autres, souvent c’était parce que j’avais suivi une tendance, ou imité quelqu’un que j’admirais, ou essayé un format qui n’était pas vraiment le mien.

Et ces contenus-là performaient peut-être bien par certaines métriques, mais ils avaient quelque chose de légèrement vide que je sentais sans pouvoir expliquer pourquoi.

Construire ce document d’identité, c’était aussi une façon de me remettre au centre. De me demander : là, maintenant, qui suis-je dans ce que je crée ? À quoi je tiens vraiment ? Qu’est-ce que je suis prête à sacrifier pour que ça performe mieux, et qu’est-ce que je ne sacrifie pas ?

Ce n’est pas forcément confortable comme exercice, mais c’est utile.

J’ai formalisé le processus, les questions, la structure, l’ordre dans lequel ça fait sens de construire tout ça, et j’ai créé un guide et un template que j’ai appelé Ma Signature IA. L’idée, c’est de construire le document qui apprend à Claude qui tu es, une seule fois, pour qu’il puisse écrire dans ton registre sans que tu aies à tout réexpliquer à chaque conversation.

Six parties : ton audience telle qu’elle est vraiment, ta voix extraite de tes contenus existants, ton ton décliné par format, tes offres expliquées de l’intérieur, un générateur d’idées à réutiliser, et un tutoriel d’intégration dans Claude.

Le lien est juste en dessous si tu veux jeter un oeil.

DÉCOUVRIR MA SIGNATURE IA

Ce que je voulais te dire aujourd’hui, c’est moins “voici mon produit” que voilà ce que ça m’a appris sur moi-même de le construire, parce que ça, je ne l’avais pas vu venir.

Je me demande parfois si on ne passe pas à côté d’un truc dans la façon dont on parle des outils en général.

On parle beaucoup de productivité, de gagner du temps, d’être plus efficace. Et oui, c’est réel, et oui ça compte.

Le fait de ne plus passer une heure à corriger un premier brouillon qui ne me ressemble pas, c’est du temps que je récupère pour des choses qui ont plus de valeur.

Mais l’angle qui m’intéresse davantage maintenant, c’est la question de la cohérence. Est-ce que ce que je produis avec l’aide d’un outil reste cohérent avec ce que je produirais sans lui ? Est-ce que je perds quelque chose en le faisant passer par là ?

Et ce que j’ai réalisé, c’est que la réponse dépend entièrement de combien j’ai investi dans la transmission de qui je suis à cet outil. Si je lui donne une bonne description de moi-même, de ma façon de penser, de ce que je défends, le résultat reste aligné.

Si je ne lui donne rien, il moyenne tout ça dans quelque chose de générique qui ne ressemble vraiment à personne.

L’IA ne remplace pas ta voix, mais elle peut la diluer si tu ne lui dis pas clairement ce qu’elle est.

Voilà où j’en suis avec tout ça.

Je ne suis pas en train de te dire que l’IA a tout changé dans ma façon de travailler d’une façon spectaculaire. La vérité c’est que c’est plus subtil que ça. C’est la fin de la boucle de correction infinie. C’est des premiers brouillons qui partent dans la bonne direction plutôt que dans une direction générique. C’est de l’énergie que je ne dépense plus à défaire ce que l’outil a fait.

Et c’est ce temps gagné là, cet allègement-là, qui me permet de mettre plus de moi dans les choses qui méritent vraiment que j’y mette de moi.

Je ne sais pas si tu utilises l’IA pour ton contenu. Peut-être que oui et que tu vis exactement ce que je décrivais en début de newsletter. Peut-être que tu résistes encore, et honnêtement je comprends pourquoi. Peut-être que tu n’es pas du tout là-dedans et que tu as trouvé une autre façon de fonctionner qui te convient.

Dans tous les cas, ce que je retiens de ces derniers mois, c’est que la question n’est pas vraiment “est-ce que je dois utiliser l’IA”. C’est “si je l’utilise, est-ce que ce que j’en tire me ressemble encore ?

Et pour ça, il n’y a pas de raccourci. Il faut avoir pris le temps de savoir qui on est, pour pouvoir le transmettre.

xoxo

Safia

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