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Lettres de Libéralie · Jun 6, 2026

Un "Parti Libéral Français" se Manifeste

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Stéphane Geyres · Lettres de Libéralie

Il y a quelques semaines, fortuitement, je découvrais qu’en 2024 s’était créé le «Parti Libéral Français», ou PLF — site accessible ici. Il y a décidément une vague ébullition, un frémissement — réputé — libéral en ce moment, puisque durant la même période se créait le «Parti de la Liberté» et Sarah Knafo, durant sa campagne municipale, n’en finissait pas de prendre le parti des contribuables parisiens. De plus, depuis le début de l’année, une «Nuit de la liberté» s’auto-congratule régulièrement de réunir tout plein de gentils «libéraux» tout pleins de bonnes intentions de liberté – mais qui tous ou presque n’ont pas la moindre idée de ce qu’elle veut dire.1

Or hélas, l’expérience a montré qu’il y a souvent une grande distance entre les affichages et la solidité conceptuelle du premier libéral venu. On me dira, je le sais bien, que ça n’a pas vraiment d’importance, la «solidité conceptuelle», c’est un truc de luxe et de «libéraux de salon». L’important, c’est d’agir sur le terrain. Le problème, voyez-vous, c’est que sans solidité conceptuelle, ou sans cohérence interne des propositions, on a tôt fait de proposer au terrain un «projet de société» ou un «programme électoral» de nature profondément communiste, alors même qu’on se présente comme «libéral». On parle de Liberté, mais on propose pourtant la dictature.

S’agissant de ce PLF, je suis donc allé visiter leur site web dont je propose que nous prenions la page «Notre manifeste» point par point. J’ai copié les paragraphes pour mieux les commenter. Vous l’imaginez, je n’ai pas été déçu.

«En tant que libéraux, nous prônons une société fondée sur l’individu et la coopération volontaire entre les humains. Dans cette vision, l’État a la charge de la défense collective des libertés fondamentales : égalité en droit, liberté de pensée et de conscience, liberté de la personne, propriété personnelle. Notre valeur cardinale, c’est la dignité de la personne humaine que nous croyons autonome, libre d’agir et de choisir ses propres fins.»

Même si dans la dernière phrase, je ne me reconnais guère dans la «dignité» — je défie quiconque de définir concrètement ce mot — et à se «croire» autonome — si notre autonomie est douteuse, quel autre humain pourrait l’être légitimement pour nous ? — je peux admettre que la première et cette dernière phrase posent ensemble une base raisonnable pour des libéraux. Par contre, quand on a posé la «coopération volontaire» comme base, ou que la personne est «’autonome», que vient faire l’état dans l’équation ? De plus, comment l’état pourrait-il être responsable de la «liberté de pensée et de conscience», alors qu’il n’est pas dans nos têtes et qu’il est dans les faits la première menace envers la liberté en général — et la liberté d’expression en particulier ? Là où n’y a plus d’état, il n’y a plus aucun problème de liberté d’expression — de même qu’il n’y a plus non plus de problèmes de “privacy”...

Quand on a de l’incohérence dès les principes, il y a des chances qu’on en trouve bien plus par la suite… Et sans cohérence, tout projet est condamné à ne pas pouvoir aboutir — il n’aboutira qu’à une perversion — même dans le champ du politique.

«Face à une offre politique incapable de rompre avec les racines du décrochage du pays, nous refusons également les solutions magiques et idéologiques, comme l’absurdité décroissantiste ou l’inefficace repli sur soi-même. Nos propositions s’articulent plutôt autour des piliers qui ont fait le succès des démocraties libérales et ont inspiré notre devise : Liberté, Égalité, Fraternité.»

La ligne générale est clairement annoncée. «Efficacité», «succès», nous avons affaire à des pragmatiques, et à des pragmatiques démocrates, qui plus est. De la trempe qui croient encore que la démocratie pourrait être libérale. Ahh ! la démocratie ! C’est triste qu’en 2026, il y ait encore des gens se disant libéraux qui n’aient pas lu Hoppe et qui donc n’ont pas encore intégré que la démocratie, ce n’est que du communisme larvé. La démocratie ne peut pas être associée à la Liberté, puisqu’elle est collectiviste.

Je pointerai juste sur leur référence à cette «démocratie libérale» pour montrer la contradiction. On l’a vu plus haut, ils prônent «une société fondée sur l’individu et la coopération volontaire». Or la démocratie n’a rien à voir avec ça. Elle est le fruit du profond collectivisme de la Révolution française ; elle confie la monarchie au peuple, pas à l’individu. La tyrannie de la majorité — car c’est cela, la démocratie — peut difficilement être présentée comme «fondée sur l’individu» ou réaliser la «coopération volontaire». Lorsque les USA démocratiques partent en guerre pour imposer la démocratie, ils favorisent la coopération volontaire ?

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Ensuite viennent les quelques «principes» de la «méthode» :

Réalisme : «Nous nous appuyons sur l’expertise technique, les faits et la science, dont les données objectives permettront d’orienter, justifier et évaluer nos choix en fonction de nos objectifs.»

Nous sommes là dans une vision totalement scientiste, donc utilitariste et donc socialiste, du monde, où ressortent le «succès» et son «efficacité» vus plus haut. Le scientisme, c’est quand on prétend suivre une démarche scientifique alors même qu’elle ne l’est pas, souvent par erreur d’épistémologie, c’est-à-dire par incompréhension intime du domaine étudié. Mises, Rothbard et Hoppe l’ont abondamment montré, et même Hayek, le domaine des sciences sociales, dont la science économique, ne se prête absolument pas à une approche empiriste — «les faits et les données objectives» — d’analyse et de description des phénomènes. Il n’existe par exemple pas de «données objectives» en matière sociale et économique, parce qu’il n’existe aucune grandeur ni unité de mesure objective. Tout est subjectif et variable, au contraire.

On peut donc parfaitement opposer que, non, cette démarche n’a rien de réaliste et a tout du dogmatisme. Ou de la vulgaire incompétence.

Liberté : «Nous privilégions quand c’est possible les choix politiques qui consistent à permettre plutôt qu’à restreindre, et à retirer des contraintes plutôt qu’imposer de nouvelles normes.»

Voilà une excellente orientation, je ne peux que souscrire et me réjouir. Enfin, presque… Car pourquoi ce : «quand c’est possible» ? Il y aurait des domaines où il ne serait pas possible de réduire le périmètre du Pouvoir ? D’où ça sort ? Qui les détermine et sur quelle base ? Ces quatre mots suffisent à ruiner l’ensemble de l’ambition.

Pragmatisme : «Nous nous inspirons des politiques qui ont montré leur efficacité ailleurs. Nous expérimenterons de nouvelles solutions et les évaluerons selon leurs résultats.»

Nous revenons dans la croyance scientiste et utilitariste discutée ci-dessus. J’ai déjà eu de nombreuses occasions de discuter de l’utilitarisme et les fantasmes associés.

Non, chers «libéraux», aucune politique n’a jamais pu ni ne pourra jamais «montrer son efficacité», car elle ne peut pas être «efficace», car on ne peut pas mesurer, ni même constater, l’efficacité de l’action politique. La seule mesure «efficace», c’est la non-mesure, c’est le retrait pur et simple de toute ingérence politique.

Consensus : «Nous faisons le choix, sans renoncer à nos principes, des solutions qui seront acceptables pour le plus grand nombre.»

Sans renoncer à leurs principes ? J’espère que c’est une plaisanterie : «le plus grand nombre», c’est très loin de la «société fondée sur l’individu». Tant pis pour le «petit nombre», pourvu que soit atteint le «consensus». Lequel est tout simplement impossible — impossible — au point que c’est l’objet d’un théorème, celui de Kenneth Arrow.

C’est à ce genre de sottises qu’on touche du doigt combien la prétention à «nous appuy[er] sur l’expertise technique» est l’expression d’une parfaite incompétence.

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Read the original on liberalie.substack.com

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