J’ouvre les rideaux, elle est là. Troisième matin consécutif. Le premier jour, elle se cachait à demi. Aujourd’hui, plus du tout. J’avais d’abord pensé à une coïncidence. Ce n’en est plus une.
Elle me regarde depuis sa fenêtre, de l’autre côté de la rue.
Mon hôtel est rustique mais la plage est toute proche. Pas de climatisation. J’aère donc matin et soir pour laisser entrer la brise marine. Elle fait de même, apparemment. Elle en sous-vêtements, moi en caleçon. Et là, sa main esquisse une caresse au-dessus de sa poitrine.
Hier, elle avait glissé la main dans sa culotte. Aucune d’ambiguïté possible, j’avais très bien vu. Elle, au troisième étage de l’hôtel Le Mulberry. Moi, au deuxième du Mountbatten. Nos établissements sont mitoyens, séparés seulement par le vent. Aujourd’hui il est absent. L’atmosphère est caniculaire. La chaleur me fait bander.
L’inconnue dégrafe son soutien-gorge et s’enveloppe dans ses rideaux, se fait une toge romaine de voile léger d’où pointent deux tétons effrontés. Qu’est-ce qui l’attire chez moi ? Ma collection de boxers crème ? Mon éventail de postures de yoga ? Peut-être compte-t-elle mes pompes et mes abdominaux - j’en fais d’habitude moins, mais depuis trois matins je cherche à l’impressionner.
Sa silhouette frêle me nargue depuis son minuscule balcon où elle s’est avancée à petits pas, toujours protégée par sa robe improvisée.
Et si j’osais me mettre nu ?
Je tire sur l’élastique à ma ceinture et fais mine de descendre le seul vêtement que je porte. Elle me répond d’un lent hochement de tête, se retourne et m’offre ses fesses à contempler. Puis elle lâche le rideau qui reprend sa place et en deux pas gracieux, mon inconnue s’efface.
Me voilà seul, dans le plus simple appareil.
Ah non. Elle a changé de poste d’observation.

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