🎧 Newsletter aussi dispo en podcast en cliquant ci-dessus, ou sur Spotify, Deezer, Apple, Youtube ici :)
Hello les plongeurs,
Aujourd’hui on plonge dans un sujet qui m’a beaucoup surpris. Le secteur de l’accessibilité et du handicap cache un très gros potentiel entrepreneurial. Tout est à construire.
Mais avant de démarrer, je voulais te partager la vidéo de la première table ronde animée par Le Plongeoir ;)
J’étais à l’évènement Jour E à Marseille le 3 avril. Et j’ai animé une table ronde de 45min sur l’économie circulaire, pour creuser les paramètres qui peuvent la rendre profitable.
C’était passionnant !
Laurence Payre (NoWW) explique comment elle a réussi à massifier la consigne d'emballages dans des dizaines de cafétérias d’hôpitaux et d’entreprises.
Marie-Anne Falconet (Jouga) montre qu’on peut déployer du jouet reconditionné dans des dizaines de supermarchés chaque année.
Paul Guinard (Nolt) explique comment il a séduit 1200 clubs de sport avec ses maillots circulaires. Service premium, proximité, une leçon d’entrepreneuriat :)
Si tu es passionné d’économie circulaire, n’hésite pas :
Si ce n’est pas déjà fait tu peux aussi :
T’inscrire aux évènements Plongeoir Live suivants :
Économie Circulaire (11/12 juin) : Un mix entre ateliers trans-sectoriels sur les plus gros défis de l’économie circulaire, et création de synergies entre grands groupes et startups / PME circulaires dans chaque secteur. Go !
Immobilier (2/3 juillet) : L’immobilier a le pouvoir de redessiner la dynamique d’un territoire. Créons un laboratoire d’innovation sur les grands enjeux de l’immobilier en s’appuyant sur l’exemple du territoire Vannes-Quiberon ;)
C’est partiiii
Constat 🧐 : L’accessibilité aux personnes en situation de handicap n’est pas une niche. 1 personne sur 3 est concernée en France, directement ou via un proche. Et pourtant, notre monde entier est pensé pour un “corps standard”… qui n’existe pas. Résultat : une exclusion massive et silencieuse de millions de personnes.
Sujet 🤓 : Le potentiel d’impact entrepreneurial est immense pour répondre aux millions de personnes qui ont des problèmes d’accessibilité. En plus, les séniors en perte d’autonomie vont continuer à se multiplier. Pourtant le secteur manque d’alternatives, les prix sont très élevés. Tout est à faire ;)
Défis 🤝 : Il faut intégrer l’accessibilité dès la conception. Ce qui est conçu pour les personnes handicapées peut servir à tout le monde. Pense aux rampes d’accès que tu prends avec ta valise pour éviter de la porter dans les escaliers. Il faut aussi développer des produits esthétiques, et surtout changer de logique : transformer l’environnement (ex d’une rampe), pas les gens (ex d’une puce Neuralink).
Inspirations 👏 : Certaines boîtes prouvent qu’on peut allier impact massif par l’accessibilité et business rentable. C’est le cas de superbes cas d’usage comme Motability, Okeenea, Auticiel, Epuur, Omni, Poppins… Magnifique !
Merci à Charlotte de Vilmorin d’avoir co-écrit ce sujet avec nous.
Charlotte est une multi-entrepreneure en situation de handicap. Elle a co-fondé Wheeliz (location de voitures aménagées entre particuliers), Newav (voiture électrique accessible) et Abiliz (offre de leasing adaptée). Aujourd’hui elle accompagne les acteurs de la mobilité et de la tech sur les sujets d’accessibilité by design, d'innovation éthique et d’inclusion. Elle est également écrivaine, et écrit la super newsletter Walid le valide.
Merci aussi à Alice pour son aide ;)
Go !
Psssst : Si tu préfères écouter cette newsletter plutôt que la lire, je te la raconte ici en podcast.
Au programme :
Constat : Le handicap n’est pas niche.
Sujet : Un potentiel sous-exploité.
Défis : Booster l’accessibilité pour tous.
Inspirations : 6 exemples à suivre.
La newsletter sera coupée avant la fin et tu louperas l’essentiel, alors lis-la en ligne ;)
5 à 18 millions : Nombre de personnes handicapées en France. Ça va des gros problèmes de vue à la tétraplégie, en passant par des difficultés à monter un escalier ou à des trous de mémoire fréquents.
2 millions : Nombre de seniors en perte d’autonomie. On en attend 700 000 de plus d’ici 2050.
1 sur 5 : Proportion des Français qui sont aidants. Ces personnes indispensables apportent un soutien non professionnel à un proche âgé, malade ou handicapé.
Au total, une personne sur 3 vit le défi du handicap au quotidien, directement ou en tant qu’aidant.
Une sacrée “minorité” non ? Est-ce que suffisamment d’entrepreneurs et de politiques y pensent ?
0,018 % : pourcentage d’élus en situation de handicap en 2025 en France, tous mandats confondus. Une invisibilité politique quasi totale. Élucinant.
46 % des personnes handicapées ont des difficultés d’accès aux cabinets médicaux spécialisés, 39 % aux généralistes. Et on se parle ici de lieux médicaux, c’est encore pire pour les autres lieux du quotidien.
26 à 31 Mds $: Valeur estimée du marché mondial des aides techniques, en pleine croissance. Le potentiel entrepreneurial est énorme.
Ça en fait des opportunités de remettre ces millions de personnes au milieu du village non ? Il faut sortir le handicap de la niche, nom d’un chien :)
Je n’ai pas envie de commencer par la définition du handicap. Mais plutôt du validisme. Parce que c’est l’angle le plus passionnant.
Alors, qu’est-ce que c’est ?
Le validisme, c’est penser les personnes “valides” comme une norme, et le handicap comme une exception.
Et ce validisme est bien concret. Prenons l’exemple de l’espace public :
Charlotte (qui a co-écrit ce sujet avec moi), parle de topographie du privilège. Une géographie invisible, où tout est dessiné pour un corps standard : valide, blanc, mince, jeune, productif. Un corps qui monte les 50m d’escaliers du métro en grimpant les marches 2 par 2, un sac dans chaque main. Un corps qui voit tout, qui entend tout, qui enjambe tout.
On retrouve ce validisme partout : dans la hauteur des poignées de porte, la largeur des trottoirs, le rythme des feux tricolores, l’ergonomie des sièges...
Le problème : c’est que cette norme absolue n’existe pas dans la vraie vie. Parce qu’une personne sur 3 est concernée par le manque d’accessibilité en France.
Alors venons-en au handicap. Ça veut dire quoi être handicapé ?
Déjà, le handicap qualifie une situation, pas une personne. C’est très important.
Pour faire simple, une situation de handicap peut venir de plein de facteurs :
Sensoriel (vue, ouïe…)
Moteur
Cognitif
Psychique
Maladies : insuffisance respiratoire, cardiaque, rénale, troubles musculo-squelettiques…
Ça peut être une situation de handicap permanente, comme temporaire. Une personne qui s’est blessée au ski et a une jambe dans le plâtre pendant quelques semaines est en situation de handicap.
Et si on se mettait à agir pour rendre le monde accessible à cette “minorité” qui n’en est pas vraiment une ?
Dans les contes pour enfants qui racontent le handicap, c’est souvent la même histoire. Une famille qui exclut un enfant parce qu’il a une infirmité. Et à la fin, une sorte d’appel à la pitié dans la morale du récit.
Les personnes handicapées ont souvent été considérées comme des objets de charité et de soin. Plutôt que des sujets de droits à part entière. Et aujourd’hui, le handicap a du mal à se défaire de cette image pour avancer.
Un exemple très délicat est celui du Téléthon. Je n’y avais pas pensé avant, mais c’est vrai qu’il y a une sorte d’ambiguïté :
D’un côté cet évènement phare a le mérite incroyable de rendre plus visible le handicap et de financer la recherche.
D’un autre côté, on lui reproche parfois de susciter l’empathie voire la pitié. Et d’ancrer en France une image qui traite le handicap par la charité, au lieu de le régler par des mesures d’adaptation de l’environnement par les lois et l’entrepreneuriat. D’où des oppositions comme Stop Téléthon lancé par le collectif Les Dévalideuses. Notamment suite aux prises de position de leur cofondatrice Elisa Rojas.
Mais alors, qu’est-ce qu’il faut pour rendre le handicap plus visible ?
Parce que c’est un sacré serpent qui se mord la queue.
Comme nos environnements ne sont pas accessibles, les personnes handicapées n’y sont pas. Donc elles sont invisibles. Donc ça n’incite pas à l’accessibilité. On n’y pense pas, parce qu’on ne les voit pas.
D’autant plus que les personnes handicapées sont aussi invisibles sur la scène politique. Les élus en situation de handicap sont une anomalie statistique en France : 102… sur 567 222 élus tous mandats confondus en 2025. Même si on recense plutôt ici des élus avec un handicap lourd, c’est au moins 100 fois moins que la moyenne de la population.
Les besoins d’une personne handicapée sont très proches de ceux d’une personne âgée en perte d’autonomie. Une mobilité réduite, une perte de la vue et de l’ouïe, moins de capacités cognitives… et le besoin d’aide humaine.
Donc soyons clairs : nous allons tous devenir des personnes handicapées ! Et c’est un sujet qui concerne une part de plus en plus grande de la population.
Il faut rassembler le grand âge et le handicap pour révolutionner l’accessibilité de tous les produits et services du quotidien. Chiche ?
La filière Handitech intègre la perte d’autonomie dans son ensemble. Son Label Conception Universelle motive à prendre en compte en simultané le handicap, la maladie et le vieillissement dans le développement d’un produit ou d’un service. Canon ;)
La prise en charge par la sécu permet à tous de s’équiper. Jusqu’ici, c’est une bonne nouvelle.
Ce qui l’est moins, c’est les effets pervers du marché subventionné. Pourquoi ?
Se laver ou se déplacer est un besoin vital. Les personnes en situation de handicap n’ont pas le choix. Et disons les choses clairement, certaines entreprises en profitent.
Le matériel est largement subventionné, donc elles ne sont pas beaucoup challengées. Certaines boîtes sont d’autant plus en situation de monopole que le marché paraît peu attractif. Beaucoup imaginent que c’est un micro marché, et peu de nouveaux entrants débarquent pour entreprendre sur cette filière “handicap”.
On se retrouve donc avec un coussin pour les jambes à 173€, une planche de transfert à 450€ (planche en plastique pour passer d’un lit à un fauteuil par exemple) ou une simple chaise de douche manuelle à 1 300€.
Ces équipements ne sont pas très technologiques. On a l’impression que la seule raison de leur surcoût est d’être estampillé “handicap”.
Alors, on crée des projets et on démocratise tout ça ?
Imagine que tu as trouvé le fauteuil roulant électrique qui correspond à ton besoin. Il a un super joystick, des roues motrices, et des options spécifiques qui correspondent à ton handicap.
La bonne nouvelle, c’est que tu as trouvé ce qu’il te fallait. La moins bonne, c’est que tu en deviens totalement dépendant. Tu ne peux plus changer de fabricant, et tu subis les prix. Chaque pièce coûte une fortune et rien n’est réparable.
On parle beaucoup de réparabilité et d’économie circulaire, ou de lutte contre l’obsolescence programmée. Mais visiblement, ça ne s’est pas encore démocratisé dans le handicap ;)
Ça paraît logique en même temps. Comme les aides publiques remboursent, pourquoi s’embêter à optimiser ? Je fais le pari qu’il faut penser autrement, et qu’en optimisant aussi la dépense publique, on finira par être récompensé.
Surtout que les aides ne remboursent pas tout.
Prenons un exemple simple : l’adaptation d’une voiture avec une rampe pour pouvoir monter en fauteuil.
La prise en charge des frais d’aménagement est plafonnée à 10 000€ par période de 10 ans. Pourtant la dépense peut aller de 10 500 à 65 000€ selon le degré d’aménagement nécessaire. Donc les aides ne suffisent pas.
Il y a un moyen très simple de le vérifier. Tape “véhicule adapté” sur Leetchi ou La Cagnotte des Proches, et tu seras étonné. Il y a même une rubrique Cagnotte pour des situations de Handicap, qui en dit long sur le reste à charge du handicap…
Alors qu’est-ce qu’il faut changer pour rendre tout ça plus accessible ?
Lois : il faut que le marché de l’occasion soit éligible aux subventions. Aujourd’hui toutes les personnes handicapées ne peuvent acheter que du neuf…
Entrepreneuriat : tout est à faire. Démocratiser pour baisser les prix. Mais aussi travailler le sujet du financement, avec du leasing par exemple. 90% des financements de voitures neuves classiques se font en location avec option d’achat en France. Depuis 2025, les aides pour véhicules adaptés peuvent financer du leasing. En partie grâce à Charlotte, qui s’est battue pour ça ! Elle a lancé la première offre française de location longue durée de véhicules accessibles pour les personnes à mobilité réduite ABILIZ. Canon ;)
L’innovation est une opportunité énorme pour l’inclusion et l’accessibilité des personnes âgées et handicapées.
Le fauteuil roulant électrique est d’une aide incroyable, le lecteur de glycémie a changé beaucoup de vies.
L’IA aussi peut aider. Par exemple pour décrire l’environnement aux personnes malvoyantes ou malentendantes. Puisqu’on peut facilement transformer une image en audio, ou de l’audio en texte et vice versa.
Mais parfois, l’innovation peut avoir des effets contre productifs.
Prenons l’exemple des exosquelettes. Ils sont souvent montrés comme des symboles de l’innovation pour le handicap.
J’ai toujours beaucoup admiré les boîtes qui les inventent. Elles permettent à ceux qui ne peuvent plus marcher de retrouver des jambes. Ces exosquelettes peuvent être une super innovation, notamment dans des cas de rééducation.
Mais le problème, c’est qu’on fait un filtre catastrophique :
Il y a ce qui est perçu comme “innovant”, comme un exosquelette. Et qui peut du coup obtenir du financement “startup” via des investisseurs VC par exemple.
Et ce qui est perçu comme peu innovant : rampes, réparations, aménagements durables. Et qui a du mal à se financer.
Pourtant, une technologie comme l’exosquelette coûte 30 000 à 90 000 €. Ça ne pourra pas être généralisé à tous même si les prix diminuent encore.
Alors qu’il manque des milliards d’euros pour des développements moins technologiques. Pour rendre tous les produits du quotidien accessibles à tous. Avec un marché beaucoup plus grand à adresser…
D’ailleurs certaines très belles boîtes d’exosquelettes ont compris les limites du marché. C’est le cas de Wandercraft, une boîte née en 2012 sur le médical. Ils viennent de développer Calvin-40, un robot humanoïde destiné à l’industrie.
Il faut faire attention à un sujet éthique aussi.
La startup d’Elon Musk Neuralink veut donner la vue aux aveugles et faire marcher les paralysés. Elle a déjà implanté 5 implants cérébraux à des personnes handicapées. Elle a obtenu de la Food and Drug Administration le statut de “Breakthrough Device”, qui accélère aux USA l’évaluation de dispositifs médicaux innovants.
Le problème de ça, c’est que pour 10 personnes opérées qui retrouvent un peu de capacité, des millions de personnes ancrent un peu plus dans leur cerveau un mal-être. Leur objectif conscient n'est pas d'être la "norme" mais juste de vivre dignement dans un environnement adapté sans qu'on les change eux...
L’exosquelette peut aussi véhiculer cette idée. Est-ce que l’objectif ultime des personnes handicapées, c’est de se lever et de (re)marcher ? Bref, de faire comme les valides ? Il ne faut pas créer une machine à produire de la norme. Ça peut être ressenti symboliquement comme « Assis, tu es un échec. Debout, tu reviens dans le jeu. »
Et si on transformait l’environnement plutôt que les gens ?
Il faut arrêter de voir l’accessibilité comme une contrainte. Ce n’est pas seulement une mise en conformité légale d’un lieu, ou une amende évitée. C’est travailler à rendre le monde plus habitable pour des millions de personnes.
Pssst : l’email va sûrement être coupé bientôt. N’hésite pas à finir la lecture en ligne ! C’est ici que ça se passe.
Tu connais l’effet Curb cut ? C’est super intéressant.
Ce terme vient du nom des rampes d’accès intégrées dans les trottoirs, pour faciliter le passage des fauteuils roulants. Elles sont utiles à bien plus de monde : poussettes, cyclistes, voyageurs avec leurs valises, etc.
C’est aussi le cas de la brosse à dents électrique. Tu savais qu’elle a été inventée pour aider les personnes avec une difficulté de motricité ? Elle est aujourd’hui utilisée par 35% des Français.
Pareil pour le Velcro. On a commencé à en intégrer dans le domaine médical, pour faciliter l’accrochage des chaussures par exemple…C’est devenu un phénomène de mode généralisé avec le retour des baskets à scratch.
On pourrait multiplier les exemples à l’infini. Les sous-titrages des séries qui servent autant aux sourds qu’à la traduction, les portes automatiques… Toutes ces solutions profitent aux personnes handicapées, mais surtout à tout le monde.
Le principal point de friction, c’est l’immobilier :
Pour la majorité des personnes valides, avoir une salle de bains aux dimensions PMR est vu comme une perte de place et d’argent. Et c’est vrai, vu les prix au m2. Les industriels du secteur n’ont pas vraiment favorisé la mise en œuvre de la loi de 2005 qui imposait que toutes les constructions neuves soient accessibles aux personnes handicapées. Résultat : la loi Elan (2018) a ramené cet objectif à 20%. Oui : tout a été divisé par 5.
Le problème, c’est que ces logements non adaptés conduisent à de gros problèmes sociaux. Les personnes handicapées sont surreprésentées dans les situations de mal-logement en France. 1/4 sont concernés, contre 1/5 ce la population moyenne. Ça joue aussi sur la santé mentale, puisqu’il est difficile d’aller voir des amis ou de la famille… dont le logement est encore moins adapté.
Les adaptations a posteriori pour rendre un objet ou un environnement accessible coûtent beaucoup trop cher et génèrent un gâchis énorme.
Prenons l’exemple des voitures.
Elles sont produites de série pour les personnes valides. Pour les rendre accessibles à une personne en fauteuil roulant, il faut :
Acheter une voiture neuve de série.
La faire transformer par un aménageur. Il va la découper et en jeter 40 % à la poubelle pour abaisser le châssis, installer une rampe, et récupérer 20 cm de hauteur pour qu’une personne en fauteuil puisse entrer directement.
Le coût minimum de la transformation est de 10 000€, et peut grimper jusqu’à près de 100 000 € pour un aménagement très complexe, sans compter le prix de la voiture au départ.
Autre exemple super parlant, le métro parisien :
Il a été conçu il y a 150 ans. À ce moment-là, on ne pensait pas à ces sujets.
Suite aux Jeux paralympiques, un grand plan de mise en accessibilité a été annoncé. Ce projet pharaonique devrait prendre au moins 20 ans et coûter 20 milliards d’euros. Même topo à Londres.
Le design pour tous ou accessibilité universelle, c’est concevoir des produits, services ou espaces accessibles à tous, sans distinction d’âge, de capacité ou de situation.
L’objectif, c’est de créer des solutions utilisables par le plus grand nombre dès la conception, sans besoin d’adapter dans un second temps.
La directive “Accessibilité” de 2019 (European Accessibility Act), entrée en vigueur en juin dernier, est une super avancée. Elle vise à garantir que les produits et services soient accessibles dès leur conception (“design for all”), et non réservés à un usage spécialisé après-coup.
Parmi les bons exemples, les géants de la tech ont été plutôt intelligents sur l’accessibilité des smartphones :
Apple a créé un principe “accessibility by design” et développe de plus en plus de fonctions inclusives.
Les marques auraient pu préférer développer un “smartphone adapté pour handicapés” avec une surcouche de prix. Mais non, donc cool à souligner.
La clé, c’est la participation des personnes concernées au design.
Les ingénieurs ou les chefs de produit ne peuvent pas décider seuls de ce que doit être une vie “améliorée”. Les premiers concernés doivent être au cœur des réflexions. Sinon, on se retrouve à projeter des biais et des fantasmes de valides sur le sujet du handicap.
Quelques super exemples :
Seb : Ils ont adapté leur gamme de produits pour le plus grand nombre, avec une approche centrée sur l’utilisateur. Des personnes en situation de handicap étaient impliquées à chaque phase du projet. Ils ont même publié un “Good design playbook” en open source, avec APF France handicap.
FALC (Facile à lire et à comprendre) : c’est un dispositif européen qui permet de transcrire un langage classique en langage compréhensible par tous. La MACIF a par exemple créé des pages en FALC pour comprendre très simplement les assurances proposées. C’est utile pour les personnes en situation de handicap mental, mais aussi les personnes âgées, ou les personnes étrangères.
Tactile Studio : boite géniale qui permet l’accessibilité aux lieux culturels. On les retrouve à la Tour Eiffel, au Musée d’Orsay, du Louvre etc. Ils poussent très loin la recherche utilisateurs.
Le design des équipements pour personnes handicapées est souvent médicalisé, avec un focus pratique. Du coup, c’est souvent froid et peu esthétique…
Pourtant, c’est super important de valoriser les personnes en situation de handicap avec des beaux produits. Regarde-moi ce fauteuil roulant en bois Apollo, magnifique !
J’adore leur credo pour restaurer la fierté des personnes en fauteuil :
“Pour être un utilisateur de fauteuils roulants bien dans sa peau, il faut commencer par être bien dans son fauteuil”.
Pour booster la visibilité du projet, ils avaient même reçu le go du Pape François pour lui créer un papafauteuil en bois avec des morceaux de la charpente calcinée de Notre-Dame de Paris.
Ils proposent aujourd’hui à ceux qui le souhaitent de construire leur propre fauteuil, notamment auprès de blessés de guerre en Ukraine.
Motability : une boîte anglaise qui fait du leasing de voitures adaptées pour tout le pays depuis 1977. Avec plus de 800 000 clients à mobilité réduite, c’est le plus gros acheteur de véhicules neufs au Royaume-Uni.
Oui oui tu as bien lu. C’est donc sur un supposé “marché de niche”, que s’est installé le plus gros acheteur de voitures au UK ! 7 milliards de livres de CA tout de même.
Comme ils gèrent d’énormes volumes, ils obtiennent des tarifs constructeurs extrêmement bas et proposent des voitures à tarif très réduit.
Okeenea : PME lyonnaise leader de l’accessibilité pour l’espace public et les ERP (Établissement Recevant du Public), avec un CA de 13M€. Ils sont les premiers à avoir fait parler les feux de circulation, et ils ont équipé la SNCF, la RATP et même New York.
Epuur est une belle boîte lilloise qui cartonne avec son système de rétro freinage pour les fauteuils roulants manuels. De bons freins pour accélérer l’accessibilité ;)
Le kit Globetrotter d’Omni. J’adore ! Cette fixation universelle permet d’accrocher n’importe quelle trottinette électrique pour motoriser un fauteuil manuel. C’est le symbole de l’innovation low tech. Omni a juste inventé l’objet d’interconnexion entre deux équipements déjà existants : la trottinette et le fauteuil. Ils commercialisent aussi des trottinettes compatibles avec 95% des fauteuils roulants. Tout ça permet en plus de bénéficier des avantages de la mobilité électrique sans les inconvénients d’un fauteuil électrique (coût, poids, volume).
Les vraies innovations sont celles qui laissent le choix. L’autonomie ne signifie pas “ne dépendre de personne”, c’est un fantasme. Mais il faut pouvoir choisir ses interdépendances. Certains veulent un fauteuil électrique autonome à commande oculaire, d’autres préfèrent un accompagnement humain, un chien d’assistance, une adaptation de leur cadre de vie.
Charlotte de Vilmorin, qui a co-écrit cette newsletter.
Auticiel a connu un boom fulgurant depuis 2018. Ils ont développé 10 applications pour permettre aux enfants et aux adultes avec des difficultés cognitives de travailler et apprendre. Magnifique ;)
Poppins vient de finaliser 2 grosses levées de fonds (la dernière de 5M€) pour accélérer sur la rééducation de troubles Dys, dans une app basée sur de la musique.
L’open source est aussi très prometteur sur ce secteur. L’État a lancé acceslibre, une plateforme collaborative de l’accessibilité.
Et voilà, c’est terminé pour aujourd’hui !
Est-ce que tu peux me dire en commentaires si tu penses à d’autres inspirations sur ce sujet du handicap ? Et quels projets il faudrait lancer ?
Merci :)
👏 Foncez voir ce que fait Charlotte de Vilmorin, qui a co-écrit ce sujet avec nous. Merci aussi à Alice pour son aide ;)
À qui tu pourrais partager cette newsletter ? C’est comme ça que Le Plongeoir grandit !
Et si ça t’a plu, mets un petit like / commentaire avec ton ressenti.
Merci à Pierre et sa super newsletter, il m’aide à communiquer ce contenu au plus grand nombre, notamment par Linkedin.
À très vite,

Comments
Nothing yet. Say the first thing.
Sign in to join the conversation.