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EnquêteDepuis quelques années, le rose fait son apparition sur les terrains de football. Faut-il y voir le signe que la couleur, en se diffusant dans le vestiaire sportif, s’émancipe du genre féminin auquel elle était attachée ? Un rappel historique montre que la distinction de genre existe pourtant toujours.
Le 4 septembre 2005, à Perpignan, les joueurs du Stade français entrent sur le terrain en maillot rose. Cela ne manque pas de faire réagir les commentateurs. Dans les tribunes, des insultes fusent. A la mi-temps, le capitaine adverse, Bernard Goutta, lance, sidéré : « Décidément, j’aurai tout vu. Il est temps que j’arrête le rugby. »
Vingt et un ans plus tard, lors de la Coupe du monde de football, qui s’est déroulée du 11 juin au 19 juillet, 19 des 22 titulaires du match d’ouverture Mexique-Afrique du Sud ont foulé la pelouse en crampons fuchsia. Le début d’une compétition où le rose s’est généralisé, sans commentaires péjoratifs, voire avec des envolées lyriques du commentateur argentin Omar da Fonseca, qui, lorsque l’équipe de France l’a emporté contre le Maroc (2-0), le 9 juillet en quarts de finale, a lâché « La vie en bleu, l’habit en rose » après les buts de Kylian Mbappé et d’Ousmane Dembélé, crampons rose aux pieds.
Que s’est-il passé pour que, en moins d’une génération, le rose cesse d’apparaître comme une provocation dans le sport masculin pour devenir un signe d’excellence ? Dans l’histoire du sport, cette couleur n’a jamais été anodine. Dès 1931, dans le Tour d’Italie cycliste, plus connu sous le nom de Giro, le maillot rose devient synonyme de première place au classement général. Cette « maglia rosa » est alors inspirée du papier saumon du journal sportif La Gazzetta dello Sport.
Dans son ouvrage Rose. Histoire d’une couleur (Seuil, 2024), l’historien Michel Pastoureau remonte le fil rose, une nuance que la science refuse de cataloguer comme couleur. Présence discrète dans la vie quotidienne et la culture matérielle au Moyen Age, elle est à l’honneur dans les grandes enluminures germaniques de la fin du Xe siècle, où saint Marc et saint Luc sont vêtus de rose et de vert.
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