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- La nouvelle d'Aude Walker La nouvelle d'Aude Walker La nouvelle d'Aude Walker
Chaque vendredi, la romancière Aude Walker imagine une fiction à partir d’une œuvre photographique. Cette semaine, le cliché de Lewis Khan.
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Vingt minutes que je hurle son nom comme une sorcière en pyjama sur les sentiers qui filent en rayons tentaculaires autour de la maison de mon père. Persuadée qu’il a tracé jusqu’à la départementale, qu’une voiture l’a écrabouillé, que je vais devoir annoncer à mes frères qu’en plus d’avoir perdu notre père, j’ai perdu son chien. Je finis par le retrouver au bout de la route de la ferme, au beau milieu des figuiers. Saffy est là, parfaitement vivant, son organisme entier mobilisé pour renifler une figue écrasée ou un étron de crapaud dans les herbes jaunes.
Quand il m’entend, il lève la tête, je suis certaine qu’il me sourit, avant de repartir en courant. Je le hais. Je l’aime. Je vais le tuer. Un peu plus bas, je manque de tomber deux fois dans le vallon pentu et herbeux. Et je finis par me jeter sur lui. Mes genoux s’enfoncent dans la terre, il se débat, me lèche le menton, ravi. Je l’attrape par le collier et reste couchée dans l’herbe, essoufflée, avec ses poils dans la bouche. Papa aurait trouvé ça très drôle. Papa trouvait Saffy drôle, et si intelligent, et vif ; le plus adorable de ses enfants, ce qui nous énervait tous, surtout les frères. Il lui donnait les croûtes de fromage, le gras du jambon, le laissait monter sur le canapé, lui racontait ses journées.
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