Cet article vous est offert
Pour lire gratuitement cet article réservé aux abonnés, connectez-vous
Vous n'êtes pas inscrit sur Le Monde ?
Inscrivez-vous gratuitement
Éditorial
Le Monde
Depuis le 18 août, 29 Etats américains poursuivent la firme de Mark Zuckerberg, propriétaire d’Instagram et de Facebook. Ce procès marquera une prise de conscience sociétale salutaire, comparable au retournement de l’opinion contre les cigarettiers il y a trente ans
Publié hier à 11h30 Temps de Lecture 2 min. Read in English
Accusés de provoquer l’addiction des adolescents, de dissimuler la nocivité de leurs produits, qui les poussent à la dépression, et de prélever illégalement les données personnelles des enfants, Meta et ses réseaux sociaux Instagram et Facebook affrontent leur plus sérieuse tempête. Depuis le 18 août, à Oakland (Californie), 29 Etats américains poursuivent la firme de Mark Zuckerberg, à laquelle ils réclament 200 milliards de dollars (environ 170 milliards d’euros) – soit, selon le New York Times, 14 % de sa valeur boursière.
C’est le procès de la boîte noire des plateformes, non celui des contenus, qui s’ouvre. Quelle qu’en soit l’issue, il marquera un moment important, celui d’une prise de conscience sociétale salutaire, comparable au retournement de l’opinion contre les cigarettiers il y a trente ans.
Les griefs adressés à Instagram s’inscrivent dans la droite ligne de ceux exposés en 1994, lors de la première action collective lancée aux Etats-Unis contre les géants du tabac, accusés d’avoir rendu accros des millions de fumeurs tout en leur cachant les dangers de la cigarette. En 2004, l’Etat fédéral exigeait encore d’eux 280 milliards de dollars, notamment pour avoir mené, depuis 1950, « une vaste campagne afin de contrer les preuves de plus en plus manifestes d’un lien entre la consommation de tabac et des maladies graves ».
A Oakland, l’avocat de Meta a nié tout consensus scientifique sur l’addiction des jeunes. Le groupe affirme interdire Instagram aux moins de 13 ans. Mais 4,6 millions d’entre eux s’y sont inscrits de 2012 à 2024 dans les Etats chefs de file de ces poursuites judiciaires (Californie, Colorado, New Jersey et Kentucky). Si le groupe de Mark Zuckerberg affiche 68 milliards de dollars de bénéfice net pour 228 milliards de chiffre d’affaires avec la publicité, sur douze mois, c’est aussi grâce aux 10-12 ans, ses clients « spéciaux », selon ses propres termes, ciblés pour rester le plus longtemps connectés. Sur une semaine, entre 10 % et 20 % des 13-15 ans sont exposés à des contenus violents ou à de la nudité (données Meta de 2021). Et seuls 0,2 % des adolescents utilisent la fonction « faire une pause » vantée par l’entreprise.
Des chiffres accablants. La réalité est que l’avidité des géants du numérique, au mépris de l’éthique et des lois du commerce, nous menace. Elle noie les intérêts des réseaux sociaux – la socialisation des jeunes dans un cercle de proches – dans une conversation devenue anonyme, gérée par les algorithmes. Des procès visant YouTube, Snapchat et TikTok vont suivre, il faut s’en réjouir, s’ils poussent à de meilleures pratiques. Familles, écoles, hôpitaux, forces de l’ordre : les plateformes créent désormais un « fardeau sociétal commun », comme l’a noté un juge du Nouveau-Mexique dans un autre procès.
Le défi de la régulation prend une nouvelle dimension grâce à la mobilisation de la société. Mais la vigilance devrait d’ores et déjà se tourner vers la nouvelle frontière de l’addiction des jeunes, l’intelligence artificielle. ChatGPT a dévoilé une « version 13-17 ans », pour atténuer leur exposition au risque de suicide ou aux contenus sexuels. A voir. Quant à la France, qui se prétendait en avance dans la protection des enfants, elle perd du temps. Le gouvernement doit réécrire sa loi sur l’interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans, si mal ficelée que le Conseil constitutionnel l’a jugée contraire aux libertés, et l’a censurée.
Le Monde

Comments
Nothing yet. Say the first thing.
Sign in to join the conversation.