Plus fort qu’Obélix, plus juste qu’Assurancetourix, plus frais que ton poisson, la campagne Ulule “Astérix-Une biographie” c’est ici:
https://fr.ulule.com/asterix-une-histoire-totale/
DISPARITION D’UN GRAND : JOHN CROWLEY, MAÎTRE DE LA FANTASY
Nous venons de l’apprendre, l’écrivain américain John Crowley, l’une des voix les plus singulières de la fantasy et de la science-fiction contemporaines, est mort ce 8 août 2026, à 83 ans. Né le 1ᵉʳ décembre 1942 à Presque Isle, dans le Maine, il publie son premier roman en 1975, L’Abîme (The Deep), qui mêle une intrigue et un background indéniablement SF à des aventures situées dans un monde de fantasy, où deux clans, les Rouges et les Noirs s’affrontent dans une lutte sans merci pour le pouvoir, sur fond d’influence extérieure symbolisée par l’androïde mystérieux à la mémoire vacillante qui sert de fil conducteur au roman. Une écriture précieuse, qu’on retrouvera dans tout le reste de son œuvre emporte l’adhésion. L’Animal découronné (Beasts, 1978) introduit les léos, espèce hybride, née dans une éprouvette du croisement de cellules humaines et de cellules de lion, dans le cadre d’une Amérique renaissant de ses cendres après une guerre civile. Dans L’Été machine (Engine Summer, 1979), après la destruction de la civilisation, les survivants se sont regroupés en tribus dont les membres portent des noms poétiques, Roseau Qui Parle, Rien qu’Une Fois, Sept Mains, Rouge Peinte, dans le cadre d’une fantasy féérique de même nature que son Parlement des fées (Little, Big, 1981), qui lui vaut le World Fantasy du meilleur roman, où l’on pénètre dans le monde merveilleux d’Edgewood. Aegypt (1987) que suit Amour et sommeil (Love & Sleep, 1994) voit un jeune historien, Pierce Moffett, se mettre en quête d’un pays imaginaire, l’Ægypte, poursuivant ainsi ses rêves d’enfance nourris de lectures gnostiques et hermétiques, vivant des aventures intérieures pas très éloignées de l’univers de Borges.
Auteur inclassable, dont on peut certes redouter l’intellectualisme qui ne rend pas toujours sa lecture facile, on peut aussi lire La Grande œuvre du temps, réunissant l’intégrale de ses nouvelles, au total treize textes brillants, où l’on reçoit la visite de Virginia Woolf revenue d’outre-tombe, où l’on peut entendre Lord Byron nous conter la merveilleuse rencontre qu’il fit en Grèce, assister à la réincarnation d’une déesse égyptienne venue ébranler le monde rural britannique. Absent du paysage français pendant plus de vingt ans, Crowley a bénéficié d’une récente redécouverte, avec la nouvelle édition de Petit, Grand ou Le Parlement des fées en 2025, chez L’Atalante qui publiait encore, le 26 février dernier, La Grande Œuvre du temps, novella initialement parue en 1989.
LE CINÉMA À L’ÂGE DE TRUMP
Est-ce bien la question que pose David Da Silva dans son essai L’Âge des inutiles, sous-titré «Trump, l’intelligence artificielle, le capitalisme post-humain et l’avenir du cinéma» ? Tout un programme, le sien, qui s’articule sur l’irrésistible montée en puissance de l’IA, avec des résultats prévisibles ou fantasmés, au choix, et dont le cinéma (plus de scénaristes, plus d’acteurs, plus de caméra, plus rien) n’est qu’une petite partie. En fait, se basant sur deux films-fétiches, 2001 et La Planète des singes – tous deux de 1968, est-ce un hasard?) – soit dans les deux cas la disparition de l’Homme par ce qu’il a lui-même suscité, Da Silva, peut revenir à Trump, patron/marionnette (bravo pour la couverture !) de « cette Amérique ou l’exclusion raciale deviennent des nécessités évolutives» et où «nous finançons à coups de milliards notre propre disparition, en applaudissant». Et contre quoi quelques films comme Une bataille après l’autre tentent de se dresser. Un constat bien entendu propice à la discussion (prétendre que Nolan défend un cinéma artisanal, allons !) et qu’une phrase quasi-finale semble remettre tout e question : «Il est temps de faire une confidence au lecteur : ce livre a été écrit en grande partie avec l’aide de l’IA». Au secours ! Cette lecture devra être complété par une plus mince publication, Les Rêves ne vieillissent jamais, où un ancien des Cahiers du cinéma et créateur de Champ Libre, Gérard Guégan, nous livre dans le désordre ses amours cinéphiliques (John Ford est un dieu !), comme l’avait fait avant lui son alter-ego Serge Toubiana avec Les Fantômes du souvenir. Considérant son enthousiasme, qui peut aussi susciter fertile discussion (ne confond-il pas les rôles de John Wayne et son personnage dans la vie ?), voilà une sorte d’antidote au Da Silva. Et comme parler de cinéma est une passion que nous partageons tous ici, reste à remercier l’éditeur de ce doublé roboratif : LettMotif.
ANTOINE VOLODINE SIGNE 11 ROMANS
À partir du 24 août, les librairies vont proposer onze livres publiés par onze maisons d’édition de premier plan (Robert Laffont, Seuil, Actes Sud, Minuit...) ou moins connues (La Volte, Verdier...). Sur leurs couvertures, s’affiche la même signature : Infernus Iohannes. Un nom étrange derrière lequel se cache l’un des écrivains les plus inclassables de la littérature française, Jean Desvignes, qui a toujours signé sous des pseudonymes, dont le plus connu est Antoine Volodine. Il a notamment reçu le prix Médicis pour Terminus radieux en 2014 et le prix Inter pour Des anges mineurs en 2000. Ces onze livres, de 150 à 320 pages chacun, portent des titres plus ou moins bizarres : Ultimes sursauts, Mémoire, mode d’effroi, Survies minuscules ou Malaise chez les plongeuses. Ils ont tous pour sous-titre Retour au goudron, le titre générique de la série et celui du dernier ouvrage. “C’est un geste artistique qui marque la fin”, explique à l’AFP l’écrivain septuagénaire en mettant en avant la vieillesse et la maladie. Cet ambitieux projet était en gestation depuis les années 1980 avec la création du “post-exotisme”, “un univers littéraire fermé, hermétique, mais avec plusieurs voix”, qui sont celles de ses différents noms d’auteurs, qui ont “chacun leur personnalité”. Retour au goudron est, comme il l’avait prévu, le 49e et ultime tome de cette performance littéraire. Il se termine par la phrase “Je me tais”. Mais doit-on croire un écrivain ?
QUELES PAGES DE TOLKIEN
Une précieuse traduction d’un texte médiéval, signée par un certain J.R.R. Tolkien, a été retrouvée dans les collections de la bibliothèque Bodléienne de l’université d’Oxford. Soul’s Warde, en une dizaine de pages, traduit une allégorie médiévale intitulée Sawles Warde, que l’auteur du Seigneur des Anneaux faisait remonter à environ 1210. Les 10 feuillets composant Soul’s Warde étaient connus, mais n’avaient jamais été publiés en intégralité. Leur découverte remonte à 1983, le texte s’apparentant à une homélie en prose : le corps est le temple de l’âme, qui doit repousser les assauts des forces démoniaques. Ce foyer, dirigé par la Raison et la Volonté, abrite leurs quatre filles, Prudence, Spiritualité, Modération et Justice. Les cinq sens, eux, sont au service de la maisonnée. « Cette découverte jette une nouvelle lumière sur le travail universitaire de Tolkien et sa passion sans cesse renouvelée pour la littérature primitive du moyen anglais », souligne Andoni Cossio, spécialiste de l’auteur. La traduction de J.R.R. Tolkien a désormais été publiée en intégralité par Andoni Cossio et Nelson Goering, au sein de la revue The Review of English Studies, en juin dernier. Elle est accessible à cette adresse.
DES RENCONTRES FUTURES
Du jeudi 24 au lundi 27 septembre aura lieu le festival America de Vincennes. Ce sera l’occasion d’y retrouver deux auteurs américains bien connus des lecteurs français : Ada Palmer (Peut-être les étoiles) et Ray Nayler ! Les 26 et 27 septembre, on pourra retrouver Alice Ray (Traduire au futur) au festival Hypermondes (place Charles de Gaulle – 33700 Mérignac). Enfin, les 26 et 27 septembre également, Ian McDonald (Desolation Road) sera au festival les Aventuriales (Salle Polyvalente, 1 rue des Anciens Combattants – 63200 Ménétrol. Pour les dédicaces, c’est le moment !
Jean-Pierre ANDREVON
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