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La newsletter de l'Ecran Fantastique · Jun 27, 2026

Dan Simmons réinvente l'Iliade et l'Odyssée

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L'écran fantastique · La newsletter de l'Ecran Fantastique

La campagne “Sega dans le rétro” commence le 1er Juillet-s’inscrire ici:

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DE L’AVENTURE PLEIN LES BD

Cheval de vent, tome 5 de la série de fantasy magique Équinox (scénario Aurélie Wellenstein, dessin et couleurs Aurora Gate) nous précipite en plein ciel où, comme chez James Cameron, et au mépris de toute gravitation, se télescopent des îles en balade où se poursuivent une palette de toutes ces charmantes fées dont on a pu faire la connaissance dans les albums précédents : Ayline, Kamara, où l’ailée Sohalia, la vedette étant cette fois accordée à une harde de chevaux tout aussi ailée fonçant à travers les bourrasques, Poney papillon, à la robe irisée, ou Cheval sauteur, athlétique, à l’ossature solide et aux tendons secs. Une vraie anime, à qui il suffit de cligner de l’œil pour la faire bouger (Drakoo).

Avec L’inca Blanc , on va faire la connaissance d’un vieux soldat espagnol, découvert en 1641 par l’explorateur Werner de Hook, qui n’a plus qu’à écouter, de la bouche du vieillard, l’incroyable épopée qui l’a conduit sur le trône d’une des dernières tribus d’Incas survivants, une saga qui rappelle celle mise en images par Mel Gibson dans son Apocalypto. Scénarisé par Serge Perrotin, avec des dessins filmographiques d’Alberto Foche colorisés par Simon Champelovier, voilà ce genre de grandes aventures comme on les aime – et ce n’est qu’un premier tome à suivre (Soleil).

Comme son nom l’indique, Agnès la Chevaleresque est féminine de sexe, elle est de petite taille et plutôt boulotte. Mais comme elle veut absolument devenir chevalière et combattre les dragons, elle doit passer par un stage de validation. C’est donc maître Gérard qui est choisi, à défaut d’autre chose, sauf qu’Agnès se trouve encombrée d’un vieillard au caractère exécrable, qui sort tout juste de 20 ans de cachots p arce qu’on l’a surpris dans le lit de la reine mère… Œuvre de Damien Geoffroi à lui tout seul, on se doute que voilà une parodie bien enlevée où Agnès finira par rencontrer la guivre boulbotte. Heureusement, elle possède une lame (magique) qui coupe tout comme du beurre. On ne s’étonnera pas de trouver cet album réjouissant chez un éditeur ad’hoc : Fluide glacial.

UN PAVÉ D’ALASTAIR REYNOLDS

Nul n’ignore plus cet auteur, né le 23 mars 1966 à Barry dans le pays de Galles, étudiant la physique et l’astronomie puis travaillant à l’Agence spatiale européenne, avant de devenir écrivain à plein temps en 2004, se spécialisant dans le space-opera d’envergure cosmique. Bien qu’il soit associé au courant de la hard science, Alastair Reynolds déclarait en 2009 « ne pas aimer beaucoup d’ouvrages publiés comme hard SF », ajoutant que « la plupart était des conneries réactionnaires et de droite », ne se faisant pas faute de fustiger l’influence de Robert Heinlein. Son ouvrage majeur, six romans, forment le cycle des Inhibiteurs, ouvert avec L’Espace de la révélation, où il impose les grandes lignes de sa manière d’aborder le genre, sans empire galactique ni batailles cosmiques à la Star Wars, et avec des vaisseaux incapables de dépasser la vitesse de la lumière, les humains ne se déplaçant que lentement dans un univers trop vaste pour eux. C’est le second qui nous est proposé aujourd’hui, soit L’Arche de la rédemption (Redemption Ark, 2002), où nous retrouvons les Inhibiteurs, intelligences mécaniques acharnées à détruire toute civilisation biologique, et le parcours du vaisseau Spleen de l’infini, porteur des armes qui, seules, permettraient à l’humanité de lutter contre les destructeurs, appelés aussi les Loups. Mémorable et imposant, voilà un pavé qui pèse ses 840 pages. Mais peut-on résister à un roman dont la première ligne est cet oxymore : « Le vaisseau mort était d’une beauté obscène » ? (Le Bélial’, Archives du futur).

L’ILLIADE ET L’ODYSSÉE SELON DAN SIMMONS… ET LAURENT MANTESE

Décédé en février de cet année à l’âge de 77 ans, Dan Simmons, auteur à l’imagination dé bordante et, ces deux dernières décennies, principalement préoccupé par le fantastique horrifique (Terreur), nous a donné avant cela Illium (2003) et sa suite Olympos (2005), où Hector et Achille se livrent à un combat… homérique tandis qu’au sommet de l’Olympe Zeus et Arès discutent des mérites de leurs champions respectifs, intervenant s’il le faut à bord de leur char volant mus par énergie quantique et tirés par des hologrammes de chevaux. Cette version revisitée de l’Illiade est déportée sur les plaines rouges de Mars terraformée, l’Olympe étant situé au sommet de l’Olympus Mons, tandis que sur la Terre désertifiée les derniers humains décadents doivent faire face à des dinosaures clonés et aux voynix, robots protoplasmiques en révolte. Assez farmérien dans ces développements d’une fantasy débridée, Simmons, dans le second volume, en fait sans doute un peu trop, au point de larguer en route certains de ses lecteurs les plus fervents, surtout quand il fait intervenir, sur la Terre au bord du gouffre, l’épave d’un sous-marin atomique, L’Épée d’Allah, piloté par des Palestiniens fanatiques et chargé de missiles qui sont autant de trous noirs minuscules. Qu’importe, on peut avaler les 1900 pages de l’édition poche avec gourmandise et imaginer le film IMAX qu’on a déjà dans les yeux (Pocket).

À ce propos, on peut penser que cette double réédition est là pour accompagner (et profiter de ?) L’Odyssée de Christopher Nolan, sur nos écrans le 15 juillet. Pourquoi pas. Même remarque concernant Ithaque, du français Laurent Mantese, publié ces mêmes jours. Où l’on revient cette fois sur Terre, dans le passé et dans la légende homérique, alors qu’on fait connaissance avec Ulysse qui, peu après la prise de Troie, n’hésite pas à prendre d’assaut la ville thrace d’Ismaros et en massacrer tous ses habitants, femmes et enfants compris. Le terme « héros », sous la plume de Mantese, doit donc être pris avec des pincettes, le personnage étant présenté comme ambigus, tourmenté, et plus soumis aux éléments et événements que les provoquant. L’auteur, après s’être exercé avec talent dans un fantastique contemporain, semble s’être décidé à explorer le passé, se faisant les dents avec La Sonde et la taille où il s’était emparé de Conan. Reprenant le texte homérien où y ajoutant de nouvelles péripéties, variant les style (la séquence Polyphène est contée à la première personne de la bouche du cyclope), Mantese n’y va pas de main morte dans ce qui n’est qu’un premier volume où son style, riche en détails et volontiers exalté, trop parfois, en remontrait à Homère : « Son épée, tenue à deux mains et dirigée vers le crâne du lancier dans un vertigineux mouvement de fauche verticale, pénètre violemment le casque du Thrace et le découpe dans une pluie d’étincelles et de sang, qui emporte avec elle la moitié du visage». On est avertis, on n’a plus qu’à attacher nos ceintures ! (Albin Michel – Imaginaire).

Jean-Pierre ANDREVON

LE MONDE DES ARBRES ROUGES

Dans un futur indéterminé, Tracy Bones, l’auxiliaire du ranger Mathison, découvre, en arpentant Fish Lake Forest dans l’Utah, une anomalie singulière : un chêne de l’espèce querçus gambelii s’est mis soudain à rougeoyer, contaminé par le bacillus fulguris, bactérie bientôt responsable de la photosynthèse augmentée qui ne tardera pas à envahir Pando, l’organisme vivant le plus lourd et le plus âgé du monde. Tracy est une jeune femme qui vit quelque peu en ermite. L’arbre rougeoyant ayant attiré un étudiant en photographie, c’est l’occasion rêvée pour offrir au jeune homme, dans son lodge à proximité, une tasse de café agrémentée de Mogadon 5 mg, puis, une fois celui-ci endormi et son sexe excité à dessein, récupérer sa semence afin d’effectuer, après deux échecs, une nouvelle auto-insémination de laquelle naîtra Edita, que Tracy cachera soigneusement dans sa cave. Dans le même temps, Logan, de la Congrégation Néo-Adventiste des fidèles d’Ézéchiel, élève son fils Joshua dans la crainte du Seigneur. Les années passant, Edita parvient à quitter le cocon souterrain et rencontre fugacement Joshua qu’une sortie scolaire a conduit auprès des chênes empourprés. C’est le début d’une dystopie écologique aussi étonnante que fascinante qui va désunir mais rapprocher néanmoins à jamais ces deux personnages, Edita prise en charge et affection par Marian, son père devenu le patron de la Bio-Synthec, Joshua, soumis bientôt, aux ordres de Ray Van Duren, le successeur de Logan, à des tests de violence extrême lors de luttes rituelles dans la fosse dite du “nouveau tabernacle” afin de l’amener à détruire, avec les jeunes de la congrégation, la végétation rouge. Actes Sud/Exofictions, qui a révélé “Silo” ou “Le Problème à trois corps”, continue de séduire et de surprendre avec Les plus jeunes années du monde, roman insolent, haletant et sans pudeur signée Marie-Lorna Vaconsin une autrice presque néophyte, française de surcroit, et confirme, s’il en était besoin, qu’à l’instar de feu “Ailleurs et demain”, elle est aujourd’hui la collection incontournable de la science-fiction (Actes Sud/Exofictions).

Jean-Pierre FONTANA

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