Il y a un moment de l’année que j’aime particulièrement : celui où les ballots de foin commencent à apparaître dans les champs. Ils sont le signe que quelque chose change et que l’été touche à sa fin. Les premières récoltes commencent. Certaines plantes montent en graines. D’autres terminent leur floraison. La nature entre doucement dans le temps de l’automne.
Les peuples gaéliques connaissaient bien ce moment. Ils lui avaient donné un nom : Lughnasadh.
Cette ancienne fête gaëlique (célébrée en Irlande, en Écosse et sur l’île de Man) marquait le temps des premières récoltes. Elle est associée au dieu Lugh et à Tailtiu, sa mère adoptive, à qui la tradition attribue le défrichage des terres cultivables. On s’y retrouvait pour des assemblées, des jeux, des échanges, mais surtout pour reconnaître que la terre avait, une fois encore, tenu sa promesse.
Aujourd’hui, Lughnasadh est généralement célébrée le 1er août, ou parfois lors de la pleine lune la plus proche. Il est probable qu’autrefois, la fête ne soit pas liée à une date précise mais au moment où les premières récoltes commençaient réellement. Comme souvent dans les sociétés rurales, c’était le territoire qui donnait le rythme.
Nous ne savons pas non plus exactement comment ils célébraient Lughnasadh. Les récits qui nous sont parvenus sont incomplets et souvent teintés de mythologie. Il serait illusoire de vouloir reproduire leurs gestes.
En revanche, nous pouvons retrouver leur intention. Avant de célébrer une date, les hommes et les femmes regardaient le monde qui les entourait : les champs, les arbres, les plantes, le ciel.
Ils répondaient à ce qui était en train de se passer. Ils reconnaissaient surtout que nous vivons grâce à ce que la Terre nous offre. Lughnasadh est d’abord un remerciement à la terre nourricière. Avant de penser à ce qui manque, cette fête invite à reconnaître ce qui a déjà été donné.
Comment à notre tour retrouver des gestes, des celebrations qui donnent corps à cette relation ?
Créer c’est déjà un rituel. Nos créations sont les mémoires de nos rencontres avec le territoire.
À cette période de l’année, de nombreuses plantes aromatiques sont arrivées à maturité. Elles ont emmagasiné toute la lumière du printemps et du début de l’été. Les récolter maintenant, c’est conserver un peu de cette saison pour les mois à venir.
Brûler des plantes est un geste très ancien que l’on retrouve dans de nombreuses traditions à travers le monde. En Europe aussi, la fumée accompagnait les passages importants : elle pouvait purifier un lieu, protéger une maison, bénir un foyer, accompagner une prière ou porter une offrande.
Lorsque sa fumée s’élève, elle nous rappelle que nous faisons partie d’un monde plus vaste, peuplé de plantes, d’animaux, de rivières, de rochers, de vents... et, selon les traditions et les sensibilités de chacun, d’esprits ou de présences invisibles avec lesquels nos ancêtres entretenaient souvent une relation beaucoup plus naturelle que nous aujourd’hui.
Cette manière d’être au monde nous invite à regarder le monde avec davantage d’humilité et d’attention.
Ne cherche pas à réaliser le bouquet parfait. Cherche plutôt à rencontrer les plantes qui vivent déjà autour de toi. Si tu as un jardin, commence par lui.
Le thym, le romarin, la sauge officinale, l’estragon, la lavande, l’origan, la menthe ou encore la mélisse sont autant de plantes qui peuvent composer un magnifique bouquet.
Si tu cueilles dans la nature, laisse le territoire te guider. Selon les régions, tu rencontreras peut-être de l’achillée millefeuille, de l’armoise commune, de la tanaisie, du millepertuis, de la reine-des-prés, quelques graminées, de la bruyère ou, si tu as la chance d’en croiser, du genévrier (je ne suis pas - encore - une experte en plantes).
Chaque territoire possède ses plantes. Chaque bouquet raconte une histoire différente.
Ce qui est important : récolte toujours avec parcimonie et assure toi que c’est permis là où tu le fais. Laisse toujours suffisamment de fleurs pour les insectes, de graines pour les oiseaux et de quoi permettre à la plante de poursuivre son cycle. Choisis uniquement des plantes que tu sais identifier avec certitude.
La cueillette peut devenir, elle aussi, une manière d’entrer en relation.
Récolte les plantes par temps sec.
Rassemble quelques tiges de tailles différentes.
Tu peux y mêler des plantes aromatiques, quelques fleurs séchées, des graminées ou même quelques épis si tu en as dans ton jardin.
Forme un petit bouquet, puis enroule une ficelle de coton ou de laine naturelle (surtout pas en synthétique pour que cela brule sans dégager de fumées toxiques) en spirale, de la base jusqu’au sommet, afin de maintenir les plantes pendant le séchage.
Suspends-le ensuite tête en bas dans un endroit sec et aéré pendant deux à quatre semaines.
Tu pourras le conserver tout au long de l’année.
Choisis un moment où tu souhaites marquer un passage : le début d’une journée, un changement de saison, un moment de création, une méditation, ou simplement l’envie de retrouver un peu de calme.
Allume l’extrémité de ton bouquet. Laisse une légère braise se former puis souffle doucement. Regarde la fumée s’élever. Laisse-la te ramener au lieu où ces plantes ont été cueillies. Revois le chemin, les couleurs, les odeurs, le vent.
Puis, tu peux adresser quelques mots de gratitude au territoire, aux plantes, aux êtres visibles et invisibles qui l’habitent et enfin si tu le souhaites formuler simplement une intention pour le temps qui s’ouvre devant toi.
Le bouquet n’est pas seulement un assemblage de plantes séchées. Il devient la mémoire d’une rencontre.
Au fond, un rituel pour la Terre, c’est peut-être simplement un geste qui nous aide à nous souvenir de notre lien avec le territoire.
J’aimerais beaucoup découvrir les bouquets que vous composerez.
Si le cœur vous en dit, partagez une photo en commentaire ou répondez simplement à cette newsletter. Racontez-moi les plantes que vous avez choisies, le lieu où vous les avez cueillies, ou ce que cette promenade vous a fait découvrir.
J'aime imaginer que, mis bout à bout, tous ces bouquets dessineront une cartographie des territoires qui nous accueillent.
Parce qu’habiter un territoire, c’est entrer en relation avec celles et ceux (visibles et invisibles) qui le partagent avec nous.
PS : Concernant le rythme de cette newsletter, je t’écrirai en moyenne toutes les trois semaines.
Tu recevras un article au début de chaque saison et de chaque intersaison, ainsi qu’une newsletter entre deux pour partager mes découvertes, mes lectures, mes créations ou les projets en cours.
Le prochain rendez-vous est prévu au début du mois de septembre.
D’ici là, je te souhaite un très beau mois d’août, rempli de lumière, de promenades… et j’espère quelques belles rencontres avec les plantes du territoire où tu es.

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