Après des mois de travail, Maxime Le Dain et moi avons enfin rendu le BAT de la traduction du Grand Livre de la magie d’Alan Moore, annoncé pour le 15 octobre prochain chez Delcourt. Je vais pouvoir enfin me mettre à la lecture de son dernier ouvrage, The Great When, le premier tome d’une trilogie d’urban fantasy dans Londres. J’attendais d’en avoir fini avec le travail de traduction, histoire de ne pas enchaîner le boulot sur Moore (la journée) avec la “détente” avec Moore (le soir).
Et je peux aussi me remettre à regarder des vidéos d’interviews du maître.
Comme celle-ci, où il parle de contre-culture (ce qu’il dit sur Jung et Lucia Joyce est inédit, pour moi) ou celle-là, plus généraliste, mais néanmoins passionnante. Je sais que vous ne parlez peut-être pas tous anglais, mais les sous-titres de YouTube fournissent des traductions approximatives qui, si elles ne vous permettront pas de goûter aux nuances (là, c’était notre boulot, à Maxime et moi), vous aideront peut-être à capter un peu de la teneur du propos.
Et puis je suis tombé, je ne sais plus comment, sur cette interview de ce bon vieil Henry Rollins. On connaît son schtick par coeur, bien sûr, mais c’est toujours réjouissant de voir comment un mec comme lui a réussi à faire de ce qui peut sembler comme des faiblesses (son côté obsessionnel et “pas de cadeaux”) une très grand force. Je n’affirme pas qu’il s’agit d’un exemple à suivre, mais tout de même qu’il peut s’avérer très inspirant. Et l’entendre parler de son amitié avec Ian McKaye est hyper réjouissant.
J’espère avoir fini le roman de Moore avant le 7 octobre et la sortie du nouveau Pynchon. J’essaie de me préserver, de ne rien lire dessus, en espérant qu’il sera aussi bon que le précédent (qui m’avait vraiment beaucoup plu).
Je me dis parfois, à tort, que la période n’est pas féconde, que rien n’est enthousiasmant, que beaucoup de mes idoles sont morts ou très vieux. Mais je sais que le problème vient de moi, de ma vision des choses. Si j’y songe un peu plus, je me rends compte qu’il y a encore beaucoup d’artistes fascinants dans notre monde. Et sans faire le constat moorien d’une absence de véritable contre-culture (j’ai du mal à en juger), je constate que les cadavres des genres que j’aime bougent encore.
Certes, Brian Wilson a cassé récemment sa pipe (de beuh) et Sonny Rollins, qui vient de fêter hier ses 95 ans, ne joue plus de saxo depuis longtemps, mais il reste pas mal d’artistes dont l’immersion dans les oeuvres me réjouit et avec qui, si l’occasion se présentait, j’apprécierais de diner. Moore, Pynchon, Rollins, au pif. Les frères Hernandez, Howard Chakin, Jack Womack et j’en passe. Tiens, je porte un t-shirt Kim Deal, aujourd’hui…
Et il y en a de plus jeunes, évidemment : Michel Fiffe, Laird Barron, Michael Chabon, Jonathan Lethem, Christian Scott et toute la clique de musiciennes rock/pop (je ne sais plus comment appeler cette musique) que j’écoute au quotidien: Elizabeth Stokes, Sophia Allison et j’en passe…
Le monde est riche, chaotique et beau, parfois. Pour encore quelques temps. Et pour peu qu’on se donne la peine de tenter des choses, de se frotter à des nouveautés, d’aller voir où l’eau semble un peu plus froide.
Des géants marchent encore sur cette terre.
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