Le 9 mars, Ancolie a rejoint la zone technique de Locmiquélic pour une semaine de travaux.
Au programme :
Nettoyage du pont et du cockpit
Nettoyage de la coque
Rangement des coffres
Nettoyage du carré et des couchettes
Révision du moteur Nanni Diesel 2.50 HE : changement filtre à gasoil, filtre à huile, vidange, changement de la turbine, changement du filtre de la cuve de décantation
Test du moteur
Installation électrique de l’AIS em-trak B954 et sa configuration
Installation d’une prise USB-C et de l’alimentation électrique du Starlink
Alors concrètement, ça s’est passé comment ? Pour ceux qui n’auront pas le temps de lire : super, la préparation n’a pas pris de retard !
Mais dans les détails, on pourra dire que je n’ai pas chômé. Dès l’arrivée au chantier technique, la silhouette d’Ancolie me semble avoir changé de couleur. En m’approchant et en plaçant cette longue échelle que je gravirai et descendrai des dizaines de fois, je remarque de la mousse verte inhabituelle… Ancolie s’est pour ainsi dire transformé en champignon. Pour en discuter avec les agents du port, tous me confirment qu’ils n’ont jamais vu ça, les voiliers ont souffert d’une humidité exceptionnelle en Bretagne cet hiver, certains ont même failli couler à cause d’infiltration d’eau de pluie par le mât. Je ne m’en sors pas si mal finalement, mais il y a du travail !
Une fois monté à bord, je tourne les coupe-circuits, et allume le tableau électrique. Problème en vue, aucune diode rouge ne s’affiche. Je sors le multimètre, mesure la tension de la batterie, et c’est la cata : 4,8 volts… Elle s’est déchargée pendant les six mois d’hivernage. Je comprendrai plus tard que c’est le chargeur Victron qui n’a pas été mis en position off quand j’ai quitté le bateau la dernière fois.
Je pensais que les coupe-circuits suffiraient à protéger la batterie, force est de constater que non, le Victron consomme même quand tout semble coupé.
La batterie est vide, et une batterie ne supporte pas d’être vide !
165Ah, 45 kg, si elle est naze, non seulement j’explose mon budget, mais je ne vois même pas comment je peux la sortir tout seul de son coffre.
Première galère, je sais qu’il y en aura d’autres, mais quand même… Je vais tenter de la recharger. Le bateau est à cinquante mètres d’une prise électrique, ma rallonge est trop courte. Et il me faut un nouvel adaptateur, type caravane/camping, pour brancher la prise, il me faut trouver un magasin de bricolage, mais il est déjà 18h30…
Je passe les détails, juste pour vous dire que sur un parking, seul, loin de chez soi, tout est tout de suite plus compliqué. Je demande à Claude/IA ce qu’il en pense. Il est assez pessimiste sur le sort de la batterie. Je demande à Gemini/IA, il est plus positif !
J’ai comme l’impression de tirer une carte de Tarot… Dans les moments où l’on se sent perdu, seul dans une situation, l’homme semble avoir besoin de se trouver un interlocuteur, comme dans Seul au Monde, Tom Hanks et son ballon Wilson.
Bref, on reparlera de tout ça, car c’est un sacré changement dans la solitude connectée cette IA. Le fait est que la batterie se rechargera, et qu’apparemment elle n’est quasiment pas abîmée.
Le lendemain, journée nettoyage, c’est dommage, j’ai oublié d’emmener une bêche et un râteau, ça m’aurait aidé pour enlever toute cette mousse ! Non, j’exagère, mais là encore, rien n’est simple. J’utilise le Kärcher depuis à peine 5 minutes qu’il se coupe. Je perds une demi-heure à comprendre l’origine de cette panne, jusqu’à ce qu’un autre propriétaire de voilier qui fait de la peinture m’explique: le système électrique de la zone technique est sous-dimensionné : un fusible de 16A pour toute la zone !
Je regarde l’étiquette du Kärcher que j’ai loué, 3300W… Ça fait déjà 15A pour moi tout seul !
Je passerai donc ma matinée à utiliser le Kärcher 5-10 minutes, pour redescendre l’échelle, marcher cent mètres, réarmer le fusible, et remonter l’échelle.
Bizarrement, à midi, ça ne disjoncte plus… C’est plus rapide d’un coup !
De 7h du matin à 19h pour nettoyer, vider les coffres, ranger les bouts. J’irai me coucher épuisé, dans un bateau propre à l’extérieur mais moisi et en bazar intégral à l’intérieur. Je m’allonge en vrac et heureusement, je m’endors rapidement.
Le lendemain, je me gratte le bras au réveil, des petits boutons partout… Dormir sans hygiène, dans le moisi, ce n’est pas l’idéal, ma peau est encore trop fragile. Je nettoie l’intérieur du bateau et toutes ces traces noires ! Après six heures de travail, le résultat est là, et je retrouve enfin un bateau propre et relativement bien rangé. Mon père m’appelle, il peut venir m’aider demain pour la révision du moteur et l’électricité !
Je suis bien soulagé, car j’appréhendais ce travail, et il m’aidera beaucoup…
Trouvaille du soir : je tombe sur l’adaptation Netflix de One Piece. C’est génial ! Je ne sais pas si ça vient de la fatigue, du froid, de l’adversité, ou du fait qu’habituellement dans cette zone, mon seul réconfort vient de mon duvet. Mais j’adhère complètement à la proposition et à la philosophie du manga, car oui il y en a une ! Ça m’a d’ailleurs donné envie d’écrire un article sur le sujet, One Piece, le monde en a besoin, et j’y vois une dimension christique affichée. L’opposition Marine/Pirates reposant en partie sur l’acceptation de la mort. La Marine a besoin que les gens craignent la mort pour que la société garde son ordre, son contrôle, et rien n’est plus grave qu’un Pirate qui s’en rit, car il pourrait plonger le monde dans le chaos. Ça me rappelle l’histoire de Jésus et des conséquences philosophiques et spirituelles de sa résurrection…
Bon, nous sommes dimanche, il est bientôt 21h, j’arrête l’écriture du journal de bord pour ce soir si je veux pouvoir l’envoyer avant lundi. La révision du moteur s’est bien passée, plus longue que prévue forcément, l’installation électrique s’est bien passée, plus longue que prévue forcément. Tout semble plus long que prévu, mais finalement tout se fait à l’heure.
Je rentre à Champsecret vendredi soir. Samedi c’est le Conseil d’Administration du Sentier, mais c’est encore une autre histoire !
Désolé pour le ton protocolaire et pénible de cette partie du Journal de Bord. Je le classe dans Carnet Technique, et ce n’est pas l’endroit de la poésie. Je ferai différemment pour la partie navigation :-)
Bonne semaine à vous tous, je repars mardi pour finir l’antifouling, on annonce du beau temps à la météo ! Équiper le bateau, ranger sa bibliothèque, le faire beau, ça devrait être plus doux que le nettoyage, même si on n’est jamais sûr de rien…
On se racontera ça !
Bertrand
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