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Chicorée latte · Aug 22, 2026

Garder sa lumière

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Pauline L'Ananas blonde · Chicorée latte

Le week-end dernier, j’ai demandé gentiment à une abonnée (désormais ancienne) de cesser ses messages toxiques.

Cela faisait un moment que je ressentais une pointe d’appréhension lorsque je voyais son pseudo s’afficher en gras dans ma messagerie privée Instagram.

Pour vous mettre un peu dans le contexte tout en préservant son anonymat : le sujet portait sur l’Éducation nationale et sur la façon dont l’institution traite ses ressources humaines.

Samedi, ce fut le message de trop. Complètement lunaire et qui n’avait absolument rien à voir avec ma story. Pour vous donner un peu de contexte, j’avais fait une story dans laquelle je disais que j’aurais probablement un enfant portant le même prénom que mon fils chaque année, puisqu’il porte un prénom très répandu. Elle m’envoie un message en me disant que je n’en savais rien et que j’allais vite déchanter car, l’année de stage, c’était, je cite : « l’enfer ». Ambiance.

Je savais très bien que cela parlait d’elle et non de moi. J’ai posé mon téléphone pendant quelques minutes pour souffler. J’avais clairement envie de lui dire d’aller voir un psy ou de changer de métier. Mais je me suis ravisée. « Laisse-lui une chance. »

À la place, j’ai pris des pincettes pour lui demander de cesser ce genre de messages anxiogènes et de me laisser vivre ma propre expérience.

Elle n’a pas répondu tout de suite et moi, je suis passée à autre chose. Jusqu’à dimanche soir.

J’étais sortie avec une amie et, de retour chez moi, j’ai eu le mauvais réflexe d’ouvrir Instagram. Elle avait répondu et j’ai cliqué.

C’était encore une fois lunaire, mais surtout odieux et méchant. Il fallait que « j’arrête de me la raconter », que cela allait « me changer de ma vie d’influenceuse ». À son souhait de « me manger les dents », j’ai arrêté de lire. J’ai supprimé la conversation et je l’ai bloquée.

J’ai très mal dormi et j’y ai pensé encore les jours suivants. J’avais la sensation qu’elle avait planté une paille en moi pour aspirer toute ma lumière.

Une paille toute fine, presque invisible. Une paille qu’on ne remarque pas tout de suite. On sent seulement, petit à petit, que quelque chose nous échappe. Notre énergie. Notre enthousiasme. Notre confiance. On sent parfois une sensation désagréable dans notre ventre, notre dos ou notre gorge. Une boule qui nous dit que quelque chose cloche mais que l’on préfère l’ignorer en trouvant des excuses à l’autre. Le temps passe et la paille continue de faire son oeuvre. Et puis, sans même comprendre comment, on se retrouve vidée.

J’ai même cru que c’était de ma faute. Que j’avais été, encore une fois, trop gentille. Que j’aurais dû la bloquer depuis longtemps. Que je n’avais pas posé mes limites.

Même si celle-ci était virtuelle, je ne peux m’empêcher de faire le parallèle avec des relations passées. De celles où j’avais laissé une paille s’installer, là aussi. Où j’avais attendu d’être complètement vidée pour enfin comprendre que quelque chose n’allait pas. Parce que j’avais espéré que la personne change. Parce qu’en tant que femme, on nous apprends à tout donner sans nous écouter.

Et puis mercredi, j’ai ressenti le besoin de partager cela sur Instagram. L’avalanche de douceur reçue en retour m’a redonné du baume au cœur. Un tour chez mon coiffeur chouchou a fini de raviver la lumière en moi.

Et j’ai compris quelque chose.

Je ne peux pas empêcher quelqu’un de projeter sur moi ses peurs, ses frustrations ou ses propres expériences. En revanche, je peux décider de ne pas le laisser planter une paille.

Depuis, je ne m’en veux plus. J’ai compris que rien n’était de ma faute mais qu’en effet, je devais me protéger.

Alors même si je n’ai pas passé le plus agréable des débuts de semaine, j’ai décidé d’y voir une leçon : ne plus attendre pour dire stop. Parce que ma lumière n’est pas une ressource illimitée.

Et je crois qu’il faut parfois apprendre à ne plus ignorer les pailles pour enfin les retirer.

Si cela n’est pas déjà fait, je vous souhaite de retirer les pailles et de récupérer votre putain de lumière.

Pauline

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