RSS Amplifier

La France Agricole · Aug 23, 2026

« Je suis passé d’une rotation de deux à sept ans »

0
Sign in to vote or save

Raphaëlle Borget · La France Agricole

En 2021, six ans après son installation, Maxime Besnard et sa compagne opèrent une transition radicale sur l’exploitation à Saint-Armel (Ille-et-Vilaine). L’atelier de bovins laitiers se transforme en atelier d’engraissement de jeunes bovins, avec 50 têtes en conventionnel. De deux bâtiments de volailles de chair de Janzé (label rouge), le couple passe à cinq, et les 100 hectares de cultures de vente sont convertis en bio.

Par lots de 12 à 15 hectares

Pour faire fonctionner cette transition, « on est passé d’une rotation assez binaire de blé-maïs-blé-maïs avec un ray-grass italien en dérobée au milieu, à une rotation de sept cultures réparties sur des lots de 12 à 15 hectares, décrit Maxime Besnard. Je commence par implanter une luzerne de printemps avec une orge brassicole et un lupin de printemps. »

« S’ensuivent deux années de luzerne, puis un quinoa, un blé meunier associé à de la féverole, un colza et enfin, un maïs grain. Ses tiges sont restituées au sol afin d’y ramener de la matière organique », poursuit-il. En 2026, 6 hectares ont servi pour tester la production de graines de courges.

Prix contractualisés

Ces nouvelles cultures ont nécessité des débouchés rémunérateurs. « En bio, j’ai l’avantage d’avoir un panel d’espèces plus varié avec des prix presque contractualisés. À l’implantation, je connais déjà à peu près le prix de vente. » Maxime Besnard vend notamment le quinoa et depuis peu les graines de courges à l’entreprise mayennaise Agro Logic.

« On se met autour de la table pour répartir les surfaces entre agriculteurs et le prix de vente que l’on fixe, raconte-t-il. Je vends mon maïs grain à des éleveurs des alentours à un prix fixé à l’avance. Pour la luzerne, collectée par une coopérative de déshydratation, les prix ont été très bons en 2023-2024 mais le cours mondial les a tirés vers le bas en 2024-2025, rendant la culture moins rémunératrice. »

La vente du blé est également contractualisée, avec Terres de Source, émanation de la collectivité Eau du bassin rennais (1), qui a développé une filière locale de blé panifiable bio. Maxime Besnard a participé à l’élaboration du cahier des charges. Ce dernier prévoit aujourd’hui des négociations tous les trois ans, avec un prix « vraiment rémunérateur, construit par toute la filière, présente-t-il. Avec d’autres organismes, je pourrais facilement perdre 100 €/t. »

Une pression du ray-grass diminuée

Cet allongement de la rotation a par ailleurs permis une nette baisse de la pression du ray-grass, assez forte avant l’évolution de l’exploitation. Le désherbage du blé était alors assuré par la chimie et sans labour. « L’intégration de luzernières, de cultures de printemps comme d’hiver, et l’allongement du délai de retour du blé a beaucoup joué. »

Sur ses blés, Maxime Besnard s’oblige également à labourer et à semer plus tardivement, idéalement à partir de la mi-novembre. Suivent deux passages rapprochés de herse étrille, parfois dans la même journée, d’abord pour décroûter, puis pour désherber. « Les résultats sont assez satisfaisants, juge-t-il. Cette année, je n’ai même pas eu besoin de biner mon quinoa. Mon niveau d’exigence a aussi évolué : je ne suis plus à la recherche d’une parcelle 100 % propre. »

L’association du blé à de la féverole laissait espérer une meilleure concurrence contre les adventices. « Je la voyais aussi comme un moyen de diversification au sein de la culture, avec un rôle de pollinisateur, et éventuellement un apport d’azote. ». Maxime Besnard envisage toutefois de cultiver, à terme, le blé en pur pour s’affranchir des contraintes de triage. « Cela demande du temps, a un coût, et m’oblige à avoir une certaine qualité de moisson pour éviter les brisures de féverole », relève-t-il.

Après sa conversion, Maxime Besnard a investi dans une herse étrille et une bineuse. Il réalise lui-même les chantiers de désherbage et de travail du sol, et délègue le reste des travaux à une ETA (entreprise de travaux agricoles), notamment pour profiter d’équipements plus performants. Cette transition a également fait évoluer la charge de travail, mieux répartie sur l’année.

Raphaëlle Borget

(1) Syndicat mixte de production et de distribution d’eau potable.

Read the original on lafranceagricole.fr

Comments

Nothing yet. Say the first thing.

    Sign in to join the conversation.