En aérospatiale, il existe un concept appelé la vitesse de libération.
C'est la vitesse nécessaire à une fusée pour s'affranchir de l'attraction gravitationnelle terrestre, et ainsi continuer à avancer sans devoir constamment se propulser. Une fois que l'appareil atteint 11,2 km/seconde (environ 40 000 km/h), l'astronaute peut lâcher le gaz et la fusée se dirige dans l'espace.
(Je suis un enfant d’Une Galaxie près de chez vous, alors les fusées ont des pédales dans mon imaginaire.)
Ce concept s'applique également à d'autres domaines. En finances personnelles, certaines personnes cherchent à atteindre une « vitesse de libération » fiscale, c’est-à-dire accumuler suffisamment d'économies pour quitter leur emploi et vivre uniquement des intérêts.
Depuis quelques décennies, des ultra-optimistes poursuivent quant à eux la « vitesse de libération » de la longévité. Ils essaient de rester en santé assez longtemps pour atteindre le moment où les progrès scientifiques et technologiques augmenteront notre espérance de vie de plus d’un an chaque année.
(Euh, quoi? Redis ça?)
Autrement dit, si l’espérance de vie augmente chaque année de 13 mois, mathématiquement, on ne pourrait jamais atteindre notre date prévue de décès, devenant ainsi techniquement amortels. (Et non immortels, puisqu'un accident pourrait toujours survenir.)
Ainsi, les personnes vivantes lorsque nous franchirons ce seuil pourraient potentiellement vivre indéfiniment. Il y a à peine 10 ou 15 ans, cette idée était considérée comme absurde.
Les pessimistes affirmaient que c'était impossible, tandis que les optimistes envisageaient cette possibilité dans quelques siècles, au mieux. Mais avec l'accélération récente des progrès technologiques, notamment en intelligence artificielle, la situation évolue rapidement. Les pessimistes parlent maintenant de l'an 2100, et les optimistes..
de la période entre 2030 et 2040.
Aujourd'hui, on développe des vaccins contre certains cancers, de nouveaux traitements contre l'Alzheimer, et la propagation imminente du semaglutide (Ozempic) risque de réduire drastiquement l'incidence des maladies cardiaques. Et ceci concerne uniquement les traitements contre les maladies chroniques existantes.
Parallèlement, des recherches ciblant directement le vieillissement lui-même sont en cours.
En laissant de côté les prévisions surprenantes de ceux qui espèrent atteindre l'amortalité, je crois que les gens vivants aujourd’hui auront, à tout le moins, d’excellentes chances non seulement d’atteindre les cent ans, mais aussi de souffler leur centième bougie avec toute leur tête et en pleine forme physique.
Je n’écris pas ce texte dans le but principal de convaincre que nous devons prendre soin de notre santé aujourd’hui pour profiter pleinement de ces traitements futuristes (bien que ce soit évidemment pertinent).
Je l’écris surtout pour amener à réfléchir aux implications d'une telle réalité. La vaste majorité des gens consacrent temps, argent et énergie, entre l’âge de 30 et 60 ans, aux autres. Leurs enfants, leurs proches et leurs employeurs occupent souvent leurs décennies les plus productives.
On espère généralement profiter d'une dizaine d’années paisibles avant que notre corps ne nous oblige à ralentir, en attendant la petite tape sur l’épaule qui annonce la fin de notre partie.
Mais cette deuxième moitié de la vie adulte est en pleine transformation. La plupart des lecteurs de ce texte auront probablement la chance de vivre une deuxième vie adulte complète, souvent plus enrichissante que la première. Les enfants seront devenus adultes, les contraintes financières réduites (absence d’enfants à charge, maison payée, investissements fructifiant depuis longtemps).
Ces personnes auront alors l’opportunité de s’investir dans des projets qui leur tiennent réellement à cœur : des passions mises de côté, des initiatives risquées ou des missions bénévoles jusque-là incompatibles avec leurs obligations précédentes.
Autrement dit, ils auront des décennies devant eux pour vivre leur vie selon leurs propres termes, s'investir pleinement dans leurs centres d'intérêt, et contribuer activement à une cause ou à la communauté, sans ambivalence.
Cela ne signifie pas que tous profiteront pleinement de cette deuxième vie adulte. Ceux qui auront négligé leur santé, pris de mauvaises décisions financières ou négligé leurs relations pourraient simplement ajouter des décennies difficiles à leur existence.
Pour que cette deuxième vie tienne ses promesses, il faudra donc être prêt à la vivre pleinement. Pas seulement sur le plan physique, mais aussi en cultivant l’ouverture d’esprit, en nourrissant des projets stimulants et en trouvant le courage nécessaire pour recommencer.
Car vieillir ne signifie plus nécessairement ralentir—cela peut aussi vouloir dire accélérer.
Non pas pour rattraper le temps perdu, mais pour créer quelque chose de nouveau.
Parce qu'en fin de compte, la véritable vitesse de libération n’est peut-être pas celle qui nous propulse hors de l’attraction terrestre, mais plutôt celle qui nous libère des attentes des autres pour enfin graviter autour de ce qui donne véritablement un sens à notre vie.
À+
Seb
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