Ce titre n’est pas sarcastique.
Je pense, même j’espère, qu’Ozempic et ses cousins peuvent drastiquement améliorer la société.
Mais comme bien de gens de mon milieu, au début je n’étais pas convaincu du bénéfice de ces médications.
J’avais peur pour la résilience mentale des gens. S’il prenaient le chemin “facile” pour perdre du poids, ils ne développeraient pas les compétences nécessaires pour rester en santé!
J’avais peur aussi pour leur masse musculaire.
Après tout, jusqu’à 30% du poids perdu par les patients sur ces protocoles est de la masse maigre. Ceci est donc de très mauvaise augure pour leur état de santé en vieillissant. On risque de se retrouver avec toute une génération de septuagénaires relativement minces, mais très faibles et fragiles.
Et, oui, j’avais peur pour mon entreprise.
Si les gens peuvent perdre beaucoup de gras sans effort délibéré, qu’en serait-il des gens comme moi qui gagnent leur vie en accompagnant les gens dans ce processus?
(Dernièrement, je suis arrivé à la conclusion que finalement, le marché grandirait et qu’on aurait encore plus de travail, et non le contraire. J’y reviendrai.)
Ma réaction et celle de la plupart de mes pairs est normale, et très facile à prédire.
Et quand on y pense, elle est presque hypocrite.
Demande à n’importe quel kinésiologue, naturopathe, nutritionniste ou coach qui travaille avec la population générale quelle est sa mission, et tu auras la même réponse de chacun:
Aider les gens à reprendre leur santé en main, ce qui passe la majorité du temps par une réduction de leur masse adipeuse. Les méthodes de chacun varieront un peu, mais tous travaillent dans le même but.
Et si on leur demande ce qui est le plus frustrant de leur métier, ils répondront tous également la même chose:
Les gens manquent de motivation, de temps et d’énergie pour y arriver. La population générale n’arrive que très rarement à faire les changements nécessaires à leur quotidien pour arriver à, et maintenir, un résultat tangible permanent.
Loin de moi l’idée de pointer le doigt à qui que ce soit; les raisons qui expliquent cette réalité sont multiples et complexes. Mais les chiffres ne mentent pas. Le taux d’obésité est en croissance, chez les enfants comme les adultes.
Le combat est perdu. La prévention, la sensibilisation et l’éducation, ça ne fonctionne juste pas. Les “forces” obèsogènes de notre société moderne sont trop fortes. Alors, ce que nous, les travailleurs et entreprises en santé préventive devons accepter, c’est que nous ne pouvons pas accomplir notre mission à grande échelle.
Bon, si ce n’était que ça, ce ne serait pas trop grave. On pourrait tous quand même gagner notre vie, comme il y a assez de gens prêts à changer et qui veulent de l’aide pour y arriver. Pour plusieurs, le contact humain est une condition sine qua non à leur succès.
Le vrai problème, c’est que cette épidémie d’obésité est en train de fracturer la société au complet. Non, je n’exagère pas.
La loi 106 qui veut que les médecins soient plus “performants”. Les écoles et les hôpitaux qui tombent littéralement en ruine. Sans parler des frais pour des biens et services publics qui apparaissent ou qui grandissent (CPEs, accès à des ponts, frais scolaires, etc).
Tous ces problèmes émanent du simple fait que le gouvernement se voit forcé à se (nous) serrer la ceinture parce qu’on n’a pas les moyens de nos ambitions sociales. Alors le gouvernement coupe un peu partout, et presse le citron de ses travailleurs qui n’ont déjà plus de jus.
En fait, pour être plus précis, on n’a pas les moyens de nos ambitions si on continue de dépenser notre argent comme on le fait fait présentement.
Ce dont personne ne parle, c’est qu’on pourrait sauver au moins 2 milliards de dollars par année de notre budget si on éliminait l’obésité. Sans parler des coûts indirects pour le gouvernement, qui élèvent la factures à 5 milliards.
5 milliards de dollars — chaque année.
Combien d’écoles on pourrait rénover avec ça?
Combien de cliniques pourrait-on bâtir, ou de professionnels en prévention pourrait on embaucher?
(Sans parler de toute la souffrance humaine qui serait directement réduite, évidemment!)
Moi, ça me fait rêver..
Jusqu’à temps que je revienne sur Terre et que je me rappelle qu’on n’est pas là du tout.
Et que ma mission et celle de mes pairs et vouée à l’échec s’il n’y a pas un changement radical.
Ce changement, ça pourrait être le semaglutide, qui est le nom de la molécule derrière Ozempic et les produis similaires. N’en déplaise aux hurluberlus qui ne “croient pas” au concept de déficit calorique, ces médications adressent directement le problème en agissant comme un coupe-faim.
Les gens qui en prennent ont moins faim, donc ils mangent moins, ce qui leur fait perdre du poids sans effort délibéré — comme ils n’ont pas à aller contre leurs propres envies pour restreindre leur apport calorique.
Leur risque de toutes les maladies chroniques chute en proportion. Et leur impact sur nos finances publiques aussi.
Évidemment, il y a certain effets secondaires à considérer. Il y a la perte de masse musculaire tel que je l’ai décrit plus tôt, ainsi que des maux de cœur et autres troubles digestifs.
Comme on dit dans le monde pharmaceutique: “No side-effects.. no effects”
(Pas d’effets secondaires.. pas d’effet tout court)
Mais justement, l’effet de ces médications est absolument incroyable lorsque comparé aux alternatives qui, si on est sérieux, se limitent à deux options pour la population générale qui doit perdre quelques dizaines de livres (ou plus):
1. La chirurgie bariatrique.
Une fois qu’on a une médication qui atteint des effets similaires, sans chirurgie.. c’est une décision facile. Sans parler de l’aspect logistique, l’accessibilité et les coûts reliés, qui sont drastiquement en faveur du semaglutide. La chirurgie bariatrique va rapidement être réservée à certains cas d’exception.
2. Ne rien faire.
L’écrasante majorité des gens qui doivent perdre du poids n’y arrivent pas, tout simplement. Je ne dis pas ça pour être pessimiste, c’est un simple fait statistique.
Et comme je viens de dire, le statut quo nous coûte collectivement 5 milliards par année. Ozempic ne nous donnerait pas ses médicaments gratuitement, mais les coûts présentement seraient beaucoup moins que 5 milliards annuellement, et baisseraient progressivement au fil des années.
(Encore une fois, ça c’est sans parler de toute la souffrance humaine qu’on allégerait.)
Oui, j’aimerais que les gens apprennent à mieux manger.
Oui, les milieux de travail doivent se restructurer pour permettre aux gens de s’entraîner durant le jour — pas juste à l’aube ou au crépuscule.
OUI à toutes les mesures préventives utopiques comme l’éducation et la sensibilisation.
Mais Coca-Cola, McDo et compagnie ont des budgets marketing combinés qui se comparent à notre budget provincial au complet.
C’est un combat perdu d’avance si on ne s’équipe pas d’interventions simples, rapides et qui n’ajoutent pas de complexité aux vies des gens qui en ont déjà plein les bras.
Alors oui — je signe tout de suite.
Et j’invite tous ceux qui travaillent, comme moi, à rendre la société plus en santé, à mettre leur orgueil de côté.
Et honnêtement? Si cette pilule libère des milliards pour rénover nos écoles, soulager nos hôpitaux et investir dans la prochaine génération — alors j’espère qu’on les distribuera à grande échelle, le plus vite possible.

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