Je me pose la question et je me la repose et me la repose et je la repose et je me repose, après un ploughman’s lunch et six biscuits et un after eight et un verre de lait d’avoine et un hoot de Tremblant hash et le premier chapitre de Mr. Midshipman Hornblower. Esti que ça va être bon ce bouquin : biographie marine de l’amiral quand il est jeune matelot. La fin du 18e siècle. Premier des 11 romans dans la série. Il m’attendait à ma nouvelle biblio, Alderney Gate Public Library. Ils ont 10 des livres au Halifax Public Libraries. The Happy Return n’est pas dans la collection. Mais la bibliothèque de Mount Saint Vincent University a une copie. Recommandée de Marty, mon dernier capitaine. Oh man, j’ai hâte.
Et cette question me revient souvent, pendant que je cache les affaires du propriétaire dans ses armoires profondes, pendant que Karine imagine notre chez nous avec tout mes livres, pendant que nous mettons de l’allure dans notre débarras, pendant que je trouve des totems de la vie familiale des proprios (des pièces d’art d’enfants, des ustensiles sales, des napperons quétaines, des rognures d’ongle, du moisi au frigo en esti), pendant que je défait mes boîtes, pendant que je déchiffre le guide de recyclage de la municipalité, pendant que je regarde par les fenêtres, et pendant que je demande au facteur c’est laquelle ma boîte aux lettres, et je la vois immédiatement, la voilà, le no. 12, et le facteur sors toutes les enveloppes du no. 12 et je dis que mon nom est Joseph Mathieu et il lit à qui est adressé une belle enveloppe Manila et il me demande : « are you “cuzzins cockins” ? »
J’observe toutes sortes d’affaires : y pleut, y fait soleil, pluie, soleil, etc. Un télescope au troisième étage de la biblio, dans la salle de réunion de l’administration de la succursale. (Barrée? Sais pas.) Un usager de la biblio qui joue Portal sur l’ordi publique. (Il l’as-tu téléchargé? Sais pas.) Karine voit une souris dans la salle de lecture d’enfants. Des enfants qui jouent dehors, sans chapeau ni manteau de pluie, à toute heure : une petite qui pratiquait son basket à 7h30 à matin, deux garnements à 20h hier soir en vélo et en Crocs dans l’parking. Un traversier s’appelle la Rita Joe, l’autre c’est Viola Desmond. Des gros sacs de pommes pour $8. Un lobster roll à $30. Partout, des pommiers encerclés de pommes. Partout, des pièges à rats. Des goélands la largeur d’aigles américain. De la politesse extrême. Bein d’la clop. Un bumper sticker qui lit « Live Laugh Loathe Corporate Greed ». Tim Hortons vend la saveur Biscoff asteure. Des fleurs et des plantes familières, des vents et des nuages étrangers. De l’eau, de l’eau, de l’eau. Le graffiti immense qui lit « Live Forever Sucka Free ». Ma tasse « This is Fine » cassée dans le déménagement.
Et même quand je visite le croque-livres de Vince, le maire honoraire de South Dartmouth, et que je trouve l’infolettre de l’association du voisinage, et que nous notons leur réunion est à deux pas de chez nous DEMAIN et que nous assistons à cette réunion, et que nous rencontrons des gens impliqués dans leur hood, et que nous partons tôt car on est épuisé, et qu’on se promène au bout du plus gros quai que j’ai jamais promener, et qu’on absorbe la lumière d’Halifax (surtout quand qu’on absorbe cette ligne lumineuse, doublé par les vagues du port), je me pose encore et encore cette question :
Chui tu vraiment icitte? Is this real?
Ma cousine coquine m’affirme que oui, « Iss real broski ».
J’ai hâte d’observer toutes les choses. Mais je ne veux pas allez trop vite. Je vais tranquillement défaire le « brouillard de guerre » sur Dartmouth et Halifax. C’est comme si comme chaque petit magasin est un temple sacré, chaque menu une liste de choses à faire en ordre. Je vais me familiariser sans m’habituer.
Dans le déménagement, j’ai trouvé une photo de Grandmaman. Helen, le long de la mer, à Old Orchard, Maine. En arrière, elle a écrit :
My favourite sound: the ocean’s timeless rhythms, that wash away our stress and revive our strength: all my loved ones are in my thoughts when I’m at seaside, low tide, high tide, I can’t wait to get to the sea again!
Nous voilà, on est arrivés.
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