RSS Amplifier

La parole énergétique – avec Jean-François Thibault · Jun 19, 2023

Réduction des GES : il nous faut une stratégie industrielle

0
Sign in to vote or save

Jean-François Thibault · La parole énergétique – avec Jean-François Thibault

Depuis le déclenchement des feux de forêt ravageant les régions au nord du Québec, les appels à lutter davantage contre les changements climatiques dans l’espace public québécois se multiplient.

Or, si la réduction des gaz à effet de serre (GES) est l’une des grandes questions devant préoccuper les acteurs du secteur de l’énergie, elle n’est pas le seul critère à considérer pour apprécier les réformes à mettre en œuvre, d’autant que le Québec n’a pas le pouvoir à lui seul d’inverser la tendance climatique actuelle.

Géopolitique

Pensons aux implications de l’agression russe en Ukraine. Celle-ci a fait remonter la question de la sécurité énergétique au sommet des priorités de tous les politiciens européens. Même l’Allemagne, pourtant réputée pour son soutien aux énergies renouvelables, mettait en place l’an dernier des mesures afin d’avoir recours au charbon, plus polluant, afin de pallier les baisses d’approvisionnement en gaz naturel russe. Ces mesures sont temporaires, mais elles illustrent néanmoins que les décisions énergétiques ne peuvent être appréciées à leur pleine valeur si elles ne sont évaluées que sous l’angle climatique.

En général, les considérations de sécurité nationale priment toujours sur les autres. Suivent ensuite celles ayant trait à l’économie. Toutes deux sont négociées dans le jeu géopolitique. La vertu environnementale vient après et pour cause : la prioriser reviendrait à s’exposer bêtement à des risques sécuritaires et économiques.

Intérêt

Si des pays comme la Chine sont plus favorables à la lutte contre les changements climatiques que d’autres, à l’instar de l’Arabie saoudite, ce n’est pas par vertu écologique, mais parce que leur intérêt national est tout simplement mieux servi par cette avenue.

D’abord, la Chine ne produit pas les hydrocarbures qu’elle consomme et n’a pas de réserves suffisantes pour combler sa demande. En conséquence, elle est une importatrice nette d’énergie qui doit négocier avec d’autres pays pour avoir accès aux ressources dont elle a besoin. Produire de l’énergie renouvelable lui permettra donc de gagner en indépendance.

Ensuite, favoriser l’essor des énergies renouvelables lui permet également de se positionner comme fournisseur de technologies vertes dans l’économie mondiale. Selon Yvan Cliche, spécialiste en géopolitique de l’énergie et auteur du livre Jusqu’à plus soif, la Chine contrôle actuellement 80 % de l’industrie mondiale des panneaux solaires, sans compter son implication dans l’approvisionnement en métaux critiques et stratégiques.

Menace

Quand on sait à quel point les approvisionnements énergétiques ont été déterminants dans l’issue de la Seconde Guerre mondiale, il n’est pas rassurant de réfléchir à savoir comment la Chine se comporterait, notamment à l’égard de Taïwan, si elle était indépendante énergétiquement.

Imaginons également, alors qu’elle se moque déjà éperdument de la démocratie canadienne, ô combien elle nous mépriserait si nous effectuions une transition énergétique qu’elle dominerait technologiquement et économiquement.

Face à cela, nos bons sentiments ne font pas le poids.

Ce n’est donc pas que d’une stratégie de réduction des GES dont nous avons besoin, mais également d’une stratégie industrielle basée sur une véritable culture de l’innovation et de l’entrepreneuriat.

**

Jean-François Thibault, ing., est président de Services de gestion Fortitude inc., une firme offrant des conseils en gestion et développement corporatif.

**

Pour aller plus loin dans l’analyse, je vous invite à écouter ma plus récente chronique à l’émission Questions d’actualité animée par Jean-Philippe Trottier sur les ondes de Radio VM :

No posts

Read the original on jfthibault.substack.com

Comments

Nothing yet. Say the first thing.

    Sign in to join the conversation.