Nombreux sont les commentateurs politiques qui reprochent à la Coalition Avenir Québec (CAQ) et à son chef, François Legault, de ne pas proposer de projet de société aux Québécois. S’ennuient-ils vraiment de l’époque où on ne parlait que de la menace d’un référendum honni pendant toute la campagne électorale?
Dans son discours de victoire, loin de la « nostalgie du bon vieux temps », François Legault s’est permis de rêver : « On a une opportunité exceptionnelle devant nous autres de transformer notre économie pour faire du Québec un des leaders au monde en économie verte. On est capables de le faire! (…) Je veux travailler avec toutes les générations pour le réussir ce projet-là, parce que ça va marquer l’histoire du Québec. » Voilà qui ne manque pas d’ambition.
Le premier ministre du Québec croit également que le virage écologique pourrait permettre aux Québécois de se réconcilier avec les Premières Nations, rajoutant ainsi une dimension symbolique à l’ensemble. Tous les ingrédients sont là pour concocter un projet de société.
Beau risque
Monsieur Legault sait bien que la transition écologique n’est pas la priorité immédiate de ses électeurs. Si la victoire de la CAQ était prévisible, c’est justement parce qu’une majorité de Québécois, en particulier de Québécois francophones ayant 55 ans et plus, s’est unie derrière elle non pas pour « sauver la planète », mais pour conserver ses acquis en minimisant sa prise de risques. Sans surprise, cette majorité préfère donc une gestion gouvernementale prudente. Si elle est de surcroît favorable à la protection du caractère francophone et laïque du Québec, elle ne l’est qu’à condition que cela ne lui demande pas de sacrifice (ce qu’exigerait, par exemple, la réalisation de l’indépendance du Québec). La CAQ comprend et respecte les limites de cette majorité silencieuse.
Or, est-il possible de réaliser une transition écologique qui ne dérangerait personne? Évidemment que non et monsieur Legault le sait. C’est donc un « beau risque » qu’il propose à ses électeurs en même temps qu’à tous les Québécois. Monsieur Legault fait le pari qu’il est en mesure, avec le capital politique dont il dispose actuellement, de mettre en place les politiques publiques nécessaires pour réaliser une transition écologique ambitieuse. Jusqu’où sera-t-il prêt à aller? La réponse à cette question dépend notamment de son intérêt personnel à s’inscrire – lui – dans l’histoire comme celui qui aura permis le progrès nécessaire au Québec en matière climatique.
Le beau risque qu’il propose aux Québécois en est aussi un pour lui.
Destruction créatrice
La tâche ne sera pas facile. Stimuler l’investissement, sanctionner les comportements polluants et récompenser l’innovation en matière écologique peut paraître facile en théorie. Ce l’est moins en pratique.
D’abord, cela exige d’adopter des politiques appliquant le principe de « pollueur-payeur ». Pour faire simple, cela veut dire d’imposer des tarifs de toutes sortes, par exemple sur le carbone, l’eau, les déchets, les passages sur les autoroutes et sur les ponts, etc. Bien que nécessaire, cela n’est jamais populaire. Des baisses d’impôts ou l’application d’un dividende universel, par exemple un dividende carbone, permettent néanmoins de rehausser l’acceptabilité sociale d’une tarification des ressources.
Ensuite, une fois que le régime de sanctions et de récompenses est établi, il est nécessaire de limiter les interventions gouvernementales qui troublent le processus entrepreneurial d’expérimentation, d’essais et d’erreurs afin que puissent émerger des solutions qui sont véritablement viables, notamment sur le plan économique. Ce processus, aussi appelé « destruction créatrice », consiste en ce que des chercheurs, des entrepreneurs et des investisseurs prennent des risques afin que nous puissions tous apprendre de leurs succès et de leurs échecs. De la « destruction créatrice » émergent les solutions nouvelles qui façonnent et, dans le cas qui nous concerne, préservent notre environnement naturel.
Tentation
En vérité, nul ne sait à quoi ressembleront les systèmes énergétiques québécois dans 20, 30, encore moins 50 ans. Le gouvernement doit donc éviter de fixer son esprit (et son aide gouvernementale) sur la dernière solution à la mode et ne pas perdre de vue le portrait d’ensemble.
Il existe toutefois une tentation bien réelle chez les politiciens de privilégier les « belles annonces » plutôt que les politiques structurantes qui, malgré leur efficacité avérée, ne permettent pas de montrer ostentatoirement qu’ils font quelque chose.
François Legault devra donc faire un choix : axer sa politique écologique sur l’apparat ou sur les résultats. Espérons qu’il choisira la deuxième option.
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Pour aller plus loin dans l’analyse, je vous invite à écouter ma plus récente chronique à l’émission Questions d’actualité animée par Jean-Philippe Trottier sur les ondes de Radio VM :
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