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Hemingway : écrire simple ne veut pas dire écrire pauvre.
Virginia Woolf : trouve ton obsession, c’est elle qui crée ton style.
Tolstoï : les détails valent mieux que les grandes leçons.
Gustave Flaubert : couper, c’est souvent là que le texte commence.
Toni Morrison : donne une place à ce qui manque.
Aujourd’hui, tout le monde écrit.
Des mails, des posts, des pages de vente, des messages de prospection qui commencent par “je me permets” alors que franchement…il valait peut-être mieux ne pas se permettre.
Bref : on écrit tous, toute la journée.
Sauf qu’écrire beaucoup, ça ne veut pas dire qu’on écrit bien.
La plupart des textes se lisent et s’oublient en 3 secondes, et parfois, j’avoue, c’est mérité ! (oui, pardon).
Mais certains textes restent en tête, sans qu’on sache vraiment pourquoi.
Il y a une façon de dire les choses qui accroche.
Qui donne envie de lire la phrase d’après.
Puis encore la suivante.
Et ça, les grands écrivains l’avaient compris bien avant nous.
Alors, non, pas besoin d’écrire comme Flaubert pour poster sur Linkedin.
Mais on peut clairement apprendre de ceux qui savaient déjà rendre un texte impossible à oublier.
C’est parti pour leur voler 5 leçons d’écriture.
Quand on parle d’Hemingway, on résume souvent son style à une idée : il écrivait court.
Avant de devenir romancier, Hemingway passe par le journalisme au style très direct : phrases courtes, paragraphes courts, verbes forts, formulation claire.
Cette discipline a marqué son écriture : aller vite au point, éviter les détours, ne pas décorer une idée pour lui donner l’air + intelligente.
En 1932, dans Mort dans l’après-midi, Hemingway explique sa théorie de l’iceberg : un texte n’a pas besoin de tout montrer pour être puissant.
Comme un iceberg, seule une petite partie est visible, mais si ce qu’il y a dessous est solide, le lecteur le sent.
Ses astuces étaient simples, mais redoutables.
Il coupait les explications inutiles : quand une scène suffisait à faire comprendre une émotion, il n’ajoutait pas une phrase pour la commenter.
Il préférait les verbes forts aux longues formulations : “Il choisit” frappe plus fort que “il prit une décision”. “Elle hésita” vaut mieux que “elle fit preuve d’hésitation”.
Il supprimait les mots qui décorent sans ajouter de sens : très, vraiment, extrêmement, particulièrement, totalement, important, essentiel, intéressant.
Et surtout, il faisait confiance au lecteur.
Si tu écris : “Elle était déçue. Elle a baissé les yeux et n’a rien répondu.”
Tu peux souvent garder : “Elle a baissé les yeux et n’a rien répondu.”
Le lecteur comprend.
C’est ça, écrire plus court : ne pas tout expliquer, ne pas tout souligner, ne pas tout mâcher, mais garder seulement ce qui fait voir, sentir ou avancer l’idée.
Virginia Woolf écrivait sur un truc qu’on sous-estime tout le temps : ce qui se passe dans la tête des gens pendant qu’ils vivent leur vie.
Dans Mrs Dalloway, publié en 1925, l’histoire tient presque sur une seule journée : une femme prépare une soirée à Londres.
À partir d’une journée banale, Virginia montre tout ce qui peut se passer dans l’esprit d’une personne : les pensées, les souvenirs, les micro-sensations..Etc.
Virginia faisait partie des écrivains qui ont travaillé le flux de conscience : une manière d’écrire qui suit le mouvement de la pensée, avec ses retours en arrière, ses associations étranges, ses détails minuscules.
Et c’est là que sa leçon devient précieuse : un style naît souvent d’une obsession.
Ce que tu remarques toujours.
Ce qui t’agace.
Ce que tu analyses mieux que les autres.
Ce que tu vois dans une scène banale alors que les autres passent à côté.
Virginia revenait sans cesse à la vie intérieure, au temps, à la mémoire, aux tensions invisibles dans les relations sociales. Ses textes ont cette patte parce qu’ils regardent toujours le monde depuis cette zone-là.
Demande-toi donc : “Qu’est-ce que je suis incapable de ne pas voir ?”
Certains voient toujours les rapports de pouvoir.
D’autres voient les biais psychologiques.
D’autres voient le besoin de statut.
D’autres voient les failles.
C’est TON obsession qui donne de la profondeur au texte.
Quand ton lecteur reconnaît ton regard, il revient pour cette lecture du monde que toi seul peux poser.
Tolstoï savait raconter des sujets énormes sans les transformer en grandes phrases ultra-banales.
Dans ses romans, il parle de famille, d’amour, de désir, de honte, de jalousie… Bref, des sujets qui peuvent vite devenir lourds si tu les traites avec des grandes phrases générales.
Dans Anna Karénine, publié en 1878, il commence par une phrase devenue culte : “Toutes les familles heureuses se ressemblent, chaque famille malheureuse l’est à sa façon.”
La phrase reste parce qu’elle ne dit pas juste : “les familles sont compliquées.”
Elle donne une observation précise et fait comprendre au lecteur qu’on ne va pas parler du malheur en général, mais d’une manière particulière d’être malheureux.
Et c’est ça, la vraie leçon de Tolstoï : une grande idée devient beaucoup + forte quand elle passe par un détail précis.
Ce qu’on peut lui voler :
Ne pars pas d’une grande idée, pars d’une situation précise : “La jalousie détruit les relations”, ça reste très général, mais “Il demande : ‘C’était qui ?’, avec une voix trop calme pour être honnête”, là, on comprend la jalousie.
Cherche le détail qui prouve l’idée : si tu veux parler de gêne, ne dis pas “elle était gênée”, montre ce que ça donne : “elle rougit, cherche ses mots, regarde ailleurs, puis sourit comme si rien ne s’était passé.”.
Écris depuis une observation à toi : “Ils ne s’apprécient pas”, tout le monde peut l’écrire. “Ils ont passé la soirée à s’éviter dans la même pièce”, là, il y a une scène et c’est beaucoup + fort.
Le conseil à voler à Tolstoï : dès que ton idée devient trop grande, force-la à descendre dans une scène.
Ajoute une phrase entendue, un geste, une habitude, un silence, un détail qui prouve tout le reste.
Gustave Flaubert avait une obsession presque maladive : trouver le mot juste, qui tombe au bon endroit, avec le bon rythme, la bonne nuance, la bonne tension.
Pour écrire Madame Bovary, publié en 1857, il a travaillé pendant des années.
Il pouvait passer des heures sur une phrase, relire à voix haute, déplacer un mot, recommencer, couper, reprendre.
Il appelait ça son gueuloir : une méthode qui consistait à lire ses phrases à voix haute, parfois très fort, pour tester leur rythme. Si une phrase sonnait mal, si elle cassait la respiration, si un mot tombait bizarrement, il la retravaillait.
La méthode à retenir :
Relis ton texte à voix haute : si une phrase est trop longue, trop molle ou trop bizarre, tu vas l’entendre tout de suite. Ton oreille repère souvent ce que tes yeux acceptent trop facilement.
Cherche le mot exact : “améliorer” ne veut pas dire “clarifier”, “convaincre” ne veut pas dire “rassurer”, “attirer” ne veut pas dire “retenir”. Un mot trop vague affaiblit toute la phrase.
Toni Morrison avait une vision très forte de l’écriture, elle se demandait toujours quelles histoires n’avaient pas encore assez de place.
Toutes ses œuvres donnent places à des histoires, des voix, des mémoires et des expériences qui avaient trop souvent été mal racontées, ou laissées de côté.
Elle a une phrase très connue : “Si le livre que tu veux lire n’existe pas encore, alors tu dois l’écrire”, l’un des meilleurs conseils d’écriture possibles.
Parce que beaucoup de textes existent déjà.
Les mêmes idées tournent en boucle : oser se lancer, gagner du temps, passer au niveau supérieur…avec juste une nouvelle police et un dégradé beige pour faire diversion.
Ton rôle, c’est de trouver ce qui n’a pas encore été assez bien dit.
Comment l’utiliser aujourd’hui :
Écris ce que tu aurais aimé lire avant : le conseil qu’on ne t’a pas donné, la nuance qu’on oublie toujours, la vérité qu’on arrondit trop pour ne vexer personne.
Va chercher l’angle absent : sur un sujet déjà traité mille fois, demande-toi ce qui manque. Une voix ? Une contradiction ? Une expérience ?
Évite les textes trop génériques : si ton paragraphe pourrait être signé par n’importe qui, il lui manque encore quelque chose de toi.
N’écris pas seulement parce que tu as quelque chose à dire.
Écris parce qu’il manque une manière de le dire.
Alors avant d’envoyer ton prochain texte, pose-toi ces 5 questions :
Est-ce que j’explique trop, ou est-ce que je laisse le lecteur comprendre une partie par lui-même ?
Est-ce qu’on reconnaît mon obsession ?
Est-ce que mes idées descendent dans une scène, un détail, une preuve ?
Est-ce que mes phrases sont vraiment utiles ?
Est-ce que j’ajoute quelque chose à la conversation, ou est-ce que je reformule encore une idée déjà vue mille fois ?
Parce qu’au fond, un bon texte fait travailler le lecteur, lui donne une image, pose un regard, coupe ce qui dilue l’idée, et il dit quelque chose qui manquait encore.
C’est peut-être ça, la vraie différence entre un texte qu’on scrolle et un texte qu’on garde en tête.
Si cette édition t’a fait réfléchir, sourire, ou envisager de passer ton prochain post au “gueuloir” avant publication…
Tu peux me laisser un petit like si tu veux soutenir ce rendez-vous. 💓
À très vite,
Iryna

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