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L'Espresso · Apr 9, 2026

🤖 Cette entreprise va-t-elle devenir l’entreprise la plus profitable du monde ?

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Infos économiques · L'Espresso

Hello tout le monde 👋

Il y a des publications trimestrielles qui rassurent. Et il y en a d’autres qui obligent à reposer toute la hiérarchie mondiale des profits. Celle de Samsung Electronics, publiée le 7 avril 2026, appartient clairement à la seconde catégorie.

Avec une guidance de 133 trillions de wons de chiffre d’affaires et 57,2 trillions de wons de profit opérationnel sur le premier trimestre, Samsung ne signe pas seulement un très bon début d’année. Le groupe coréen vient de publier un niveau de rentabilité qui dépasse déjà son profit opérationnel annuel 2025, qui s’élevait à 43,6 trillions de wons.

Dit autrement : en trois mois, Samsung a déjà effacé toute l’échelle de comparaison de l’exercice précédent.

C’est ce chiffre qui rend la question légitime. Car annualisé, ce trimestre correspond à un rythme d’environ 152 milliards de dollars de profit opérationnel.

À titre de comparaison, Apple a dégagé 133,05 milliards de dollars de résultat opérationnel sur son exercice 2025, Alphabet129,04 milliards de dollars en 2025, et Nvidia130,39 milliards de dollars sur son exercice fiscal 2026. Autrement dit, si Samsung tenait simplement son rythme du premier trimestre sur une année complète, il dépasserait déjà les références actuelles du Big Tech mondial sur cette métrique.

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Bonne lecture !

Pour mesurer l’ampleur du phénomène, il faut revenir sur la trajectoire récente du groupe.

Samsung sort d’un cycle particulièrement difficile. En 2023, le marché des semi-conducteurs s’effondre, tirant ses profits vers le bas. L’année 2024 marque une stabilisation progressive, avant un retour à une forme de normalité en 2025, avec un profit opérationnel annuel de 43,6 trillions de wons (environ 30 milliards d’euros).

Mais ce que l’on observe en 2026 n’a rien d’une simple reprise cyclique.

Le groupe a publié une estimation de 57,2 trillions de wons de profit opérationnel sur le seul premier trimestre, soit une multiplication par huit sur un an. Même comparé au dernier trimestre 2025 (pourtant déjà un résultat record) les profits ont été multipliés par trois !

Ce type de progression ne correspond pas à un rattrapage. Il signale un changement de régime. Le marché ne valorise plus Samsung comme un acteur cyclique en sortie de crise, mais comme un bénéficiaire direct d’un nouveau moteur de croissance : l’intelligence artificielle.

Lorsqu’on parle d’IA, l’attention se porte naturellement sur Nvidia et ses GPU. Pourtant, ces puces ne fonctionnent pas seules. Elles reposent sur un autre composant tout aussi critique : la mémoire.

Chaque GPU utilisé pour entraîner ou faire tourner des modèles comme ChatGPT, Gemini ou Claude doit être couplé à plusieurs puces mémoire capables de traiter et de stocker d’énormes volumes de données en temps réel.

Sans cette mémoire, les performances s’effondrent. C’est précisément sur ce segment que Samsung domine.

Le groupe est le leader mondial des puces DRAM et NAND, présentes dans presque tous les appareils électroniques, mais surtout dans les serveurs et data centers. À cela s’ajoute son positionnement sur les HBM (High Bandwidth Memory), une technologie avancée devenue indispensable pour les applications d’intelligence artificielle.

Autrement dit, si Nvidia est le cerveau de l’IA, Samsung en est une partie essentielle du système nerveux. Et dans une économie où la demande de calcul explose, cette position devient extrêmement stratégique.

Ce qui rend la situation actuelle particulièrement favorable à Samsung, c’est la combinaison de deux facteurs rarement alignés : une demande en forte croissance et une offre contrainte.

Le marché des mémoires est aujourd’hui en tension.

Peu d’acteurs disposent des capacités industrielles et du savoir-faire nécessaires pour produire à grande échelle ces composants. Résultat, les prix ont fortement augmenté. Sur un an, les prix de la DRAM ont progressé de près de 87 %, tandis que ceux de la NAND ont grimpé de 79 %.

Cette hausse se répercute directement sur les marges. Contrairement à de nombreux acteurs technologiques, Samsung n’est pas un simple preneur de prix. Sa position dominante lui permet de capter une grande partie de cette inflation, ce qui se traduit mécaniquement par une explosion de sa rentabilité.

C’est cette dynamique qui explique en grande partie la croissance spectaculaire de ses profits.

Et tant que le déséquilibre entre l’offre et la demande persiste, cette situation pourrait durer.

Un autre élément clé dans la trajectoire actuelle de Samsung est son retour au premier plan sur le segment des puces HBM. Ces mémoires à très haute performance sont devenues indispensables pour accompagner les GPU dans les data centers.

Pendant un temps, Samsung avait été distancé sur ce segment par ses concurrents, notamment SK Hynix. Mais le groupe semble avoir repris l’avantage technologique. Il est aujourd’hui le premier à produire en masse la nouvelle génération de puces HBM4, avec des performances supérieures de plus de 40 % aux standards actuels.

Ce repositionnement lui permet de sécuriser des contrats majeurs avec les acteurs de l’écosystème, comme Nvidia, Google ou AMD. Ces entreprises cherchent avant tout à sécuriser leur approvisionnement dans un contexte de pénurie, ce qui renforce encore le pouvoir de négociation de Samsung.

Au-delà des performances techniques, c’est donc toute une chaîne de valeur qui se restructure autour de ces composants critiques, et Samsung en est l’un des principaux bénéficiaires.

La dynamique actuelle ne repose pas uniquement sur les entreprises technologiques. Elle s’inscrit dans un mouvement beaucoup plus large, porté à la fois par le secteur privé et les États.

La Corée du Sud, par exemple, considère désormais l’intelligence artificielle comme un enjeu de souveraineté. Le gouvernement a décidé de tripler ses investissements dans le domaine et de soutenir massivement la construction de data centers. Des commandes géantes de GPU ont été passées à Nvidia, avec pour objectif de doter le pays d’une infrastructure capable de rivaliser avec les États-Unis ou la Chine.

Ces investissements créent un effet d’entraînement sur l’ensemble de l’écosystème. Plus de puissance de calcul implique plus de mémoire, et donc plus de revenus pour les producteurs de semi-conducteurs.

Ce phénomène dépasse largement le cadre d’un simple cycle technologique. Il s’agit d’une transformation structurelle, comparable à l’émergence d’Internet ou du cloud.

Les projections actuelles traduisent bien ce changement d’échelle. Certains analystes anticipent une montée progressive des profits tout au long de l’année 2026, avec des niveaux qui pourraient atteindre plus de 320 000 milliards de wons sur l’ensemble de l’exercice, soit environ 185 milliards d’euros.

À ce niveau, Samsung dépasserait les entreprises qui dominent aujourd’hui le classement mondial en termes de rentabilité, comme Alphabet, Apple ou Nvidia. Ce basculement serait historique, tant ces groupes ont dominé la dernière décennie.

Mais au-delà du classement, c’est surtout la nature de cette rentabilité qui est intéressante.

Samsung ne repose pas sur un modèle basé uniquement sur les logiciels ou la publicité. Sa performance est liée à des actifs industriels lourds, à une maîtrise technologique avancée et à une position dominante dans l’infrastructure physique de l’économie numérique.

Malgré ces perspectives impressionnantes, il serait réducteur de considérer cette trajectoire comme acquise. Le secteur des semi-conducteurs reste profondément cyclique, et l’histoire a montré que les phases d’euphorie peuvent être suivies de corrections brutales.

Le scénario actuel repose sur une hypothèse centrale : que la demande en intelligence artificielle reste soutenue pendant plusieurs années. Si les investissements des grandes entreprises ralentissent, ou si les capacités de production finissent par dépasser la demande, les prix pourraient se normaliser.

Dans ce cas, les marges de Samsung seraient mécaniquement affectées, et la dynamique actuelle pourrait s’essouffler.

Autrement dit, la question n’est pas seulement de savoir si Samsung peut devenir l’entreprise la plus profitable du monde. Elle est surtout de comprendre combien de temps ce statut pourrait être maintenu.

Samsung est en train de vivre un moment charnière de son histoire. Longtemps perçu comme un conglomérat industriel classique, le groupe s’impose aujourd’hui comme un acteur central de la révolution de l’intelligence artificielle.

Sa position dans la chaîne de valeur, combinée à un contexte de pénurie et à une explosion de la demande, lui permet de générer des niveaux de profit rarement observés dans l’industrie.

Mais comme souvent dans les cycles technologiques, la clé ne réside pas seulement dans la croissance actuelle, mais dans sa durabilité.

Dans un monde où l’IA devient l’infrastructure de base de l’économie, Samsung pourrait bien être l’un des principaux bénéficiaires. Reste à savoir si ce rôle sera conjoncturel… ou structurel.

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