Inutile de regarder le calendrier : la canicule a déjà tranché. L’été est là, partout, et avec lui cette envie d’ouvrir, d’aérer, d’alléger.
Le 21 juin, au solstice, les jours atteignent leur plus grande ampleur : on pourra dire officiellement bonjour à l’été. Vont suivre des semaines aux fenêtres grandes ouvertes, aux dîners dehors, aux volets clos aux heures les plus chaudes.
Contrairement au printemps, l’été est une saison qui ne nous pousse pas à entreprendre. Elle invite à ralentir, à aérer, à ne faire qu’un avec l’extérieur. Il dolce far niente, cette expression italienne que j’aime tant, lui va à merveille : les lectures dans le hamac au fond du jardin, les soirées dehors pour profiter enfin d’un peu de fraîcheur, les après-midi piscine chez les copains.
Au début du printemps, on a rangé l’hiver pour faire de la place au renouveau. En été, le geste change de sens. On n’allège plus pour accueillir le neuf : on allège pour laisser circuler l’air et la lumière. Et pour partir léger, le jour où l’on ferme la porte derrière soi.
Dans ce numéro de La Maison Epurée :
L’extérieur, la pièce en plus de l’été
A la poursuite de la fraîcheur
Trier ses affaires d’été
Partir léger, revenir en douceur
Le balcon, la terrasse, le coin de jardin. C’est la seule pièce de la maison qu’on n’habite vraiment que quelques mois par an. Et parce qu’elle disparaît de nos vies une partie de l’année, c’est aussi la plus oubliée. Les coussins ont passé l’hiver dehors et ont pâli, le mobilier porte encore les traces de la saison froide, et les guirlandes de l’an dernier attendent toujours qu’on les démêle.
Le réflexe, chaque été, c’est d’ajouter. Une plante de plus, un coussin de plus, une lanterne de plus. Cette année, regardons plutôt cet espace comme une vraie pièce. On ne meuble pas un salon avec des objets cassés ou décolorés : notre extérieur mérite la même attention.
Rassemblons tout ce qui s’y trouve. Mettons d’abord de côté ce qui est abîmé, rouillé ou déchiré, ce qui ne se répare pas. Puis ce qui n’a pas servi une seule fois l’été dernier. On ne garde que ce qui fonctionne, ce qui est confortable, et ce qui donne envie de s’attarder dehors à la tombée de la nuit (au bon vouloir des moustiques). Le reste encombre une pièce qu’on voudrait, justement, la plus libre de toutes.
Une attention particulière, enfin, pour celles et ceux qui n’ont ni balcon, ni terrasse, ni coin de jardin, mais un simple rebord de fenêtre. J’ai vécu pendant des années dans des appartements sans le moindre espace extérieur. Ce petit rebord était mon seul bout d’ailleurs, l’endroit où je pouvais me poser pour boire un café au soleil. Ne négligeons jamais ces espaces, même minuscules, même quand on ne peut y glisser le moindre coussin. Quelques fleurs sur la rambarde, une guirlande accrochée à la structure métallique : il suffit d’ouvrir la fenêtre, le temps d’un café, pour avoir l’impression d’être vraiment ailleurs.
Pendant les longues journées d’été, nos maisons se surchauffent. Nos intérieurs ne sont plus vraiment conçus pour rester frais, et les canicules se succèdent : au bout de quelques jours, même la plus fraîche des maisons devient invivable. Il existe pourtant quelques méthodes, qu’on appellerait des remèdes de grand-mère, héritées de celles qui vivaient avec la chaleur bien avant nous, et qui aident encore à mieux habiter sa maison l’été.
J’ai un souvenir très net de mes étés dans les Pouilles, chez mes grands-parents. La maison, sous les toits, devenait absolument invivable. Je revois le ventilateur qui ne brassait que de l’air chaud : à l’époque, on parlait déjà de canicule et de Scirocco, ce vent venu d’Afrique qui recouvrait les trottoirs d’une fine poussière rouge et rendait l’air aussi brûlant dedans que dehors. Et je me souviens des granités que ma grand-mère préparait pour garder, au moins à l’intérieur du corps, un peu de fraîcheur.
Quand j’ai déménagé en Provence (un autre Sud, mais avec la même chaleur sèche), ces gestes me sont revenus. Là-bas, en Italie, la journée se vivait dans le noir : la partie de la maison où l’on dormait restait plongée dans l’obscurité, fenêtres et volets clos. Puis, à la tombée du jour, on ouvrait tout en grand pour faire entrer l’air frais de la nuit et le laisser circuler.
Je n’ai jamais supporté de vivre dans le noir. En arrivant en Provence, je me suis dit qu’il fallait trouver une autre façon de vivre avec la chaleur. Je préfère garder les fenêtres closes et tirer les rideaux, qui ne sont jamais bien épais, plutôt que de m’enfermer dans le noir. Un peu moins de fraîcheur, mais un peu de lumière. Et la nuit, ouvrir grand, créer des courants d’air, laisser la maison respirer.
L’été, avec la chaleur, notre tolérance à ce qui traîne fond à vue d’œil. On est à fleur de peau, sur les nerfs. Ce n’est pas le moment de faire du tri, on n’en a ni l’énergie ni l’envie. Il faut laisser le corps vivre au rythme de la saison. Ce n’est pas un hasard si, dans les pays méditerranéens, l’été, il ne se passe pas grand-chose. Dans le Sud de l’Italie, il y a même un mot pour cela : la controra. Ces heures, de midi à dix-sept heures, où tout ferme, où les rues se vident, où chacun se replie chez soi parce que la chaleur est trop accablante pour faire quoi que ce soit. Il est essentiel d’écouter ce rythme.
Alors non, l’été n’est pas la saison du tri. Mais c’est celle où l’on veille à ne rien laisser s’accumuler : si quelque chose traîne sur notre passage, on le range, simplement, sans entreprendre les placards. On débarrasse les canapés des coussins de trop, on retire les couettes des lits, on ne garde que l’essentiel. Pour qu’en plus de la chaleur, on n’ait pas à porter le poids des choses.
Et si ce numéro vous a plu, partagez-le. Il y a forcément, autour de vous, quelqu'un qui passe l'été à courir après un courant d'air et n'a jamais entendu parler de controra ☀️
Jusqu'ici, on a parlé de la maison qu'on habite. De l'autre côté, il y a tout ce qu'on emporte : le sort des affaires d'été, une méthode quasiment infaillible pour partir léger, et le souvenir d'un voyage qui a “changé” mes valises.

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