Pas d'ambition scientifique historique dans cette initiative sociale portée par l'association Pièces Montées et le designer Thibaut Freychet. Elle vise les habitants du quartier Tarentaize via le dispositif d'Etat Quartiers d'été. L'idée de préparer un banquet place Boivin le 27 août prochain, inspiré d'une ambiance de la fin du Moyen-Age met, en œuvre des ateliers collectifs participatifs public réalisant des ustensiles et décorations d'ambiance : textiles évoquant des étendards, vaisselle rustique en céramique et autres objets du quotidien.
Nouveau venu à Saint-Etienne ? Oui et non. Thibaut Freychet travaillait jusque-là à Lyon. Mais ce petit-fils de restaurateur ardéchois s'est formé au design à l’Université Jean Monnet puis à l’École Supérieure d’Art et Design de Saint-Étienne (ESADSE) dont il est diplômé. Ayant « grandi dans les arts de la table », il a centré son activité design autour des ces derniers, faisant une grande place aux objets en céramique, en tout cas liés à la gastronomie. En 2022, Thibaut Freychet a ainsi fondé à Lyon le studio "Pensez design", dédié aux professionnels. Il y développe des pièces en céramique et en verre soufflé, réalisées en séries limitées et déjà, des expériences participatives.
Il collabore régulièrement avec des chefs, artisans et institutions autour de projets mêlant création contemporaine et univers gastronomique. Il a réalisé en particulier le plateau de Paul Marcon pour le Bocuse d’Or France et était du projet Design à table menée à Chazelles-sur-Lyon (sélectionné au France Design Impact Award par l’APCI) aux côtés d'un autre designer Lucas Rochet. « Stéphanois » car son studio, Thibaut Freychet a décidé de le déménager de Lyon à Saint-Etienne dans un local d'une centaine de mètres carrés place Boivin inauguré ce printemps. Pourquoi donc ? « Cela va de pair avec un projet d'habitat mais j'avais envie de m'installer ici depuis un moment. J'ai étudié ici et il y a une émulsion autour, une facilité à lancer des projets, se connecter avec d'autres acteurs : tout ça me plaît. Et puis c'est la ville du design.»
Accessoires, ustensiles et textile
Une facilité, aussi, à trouver des locaux à la hauteur de ses ambitions puisqu'il espère, à terme, en faire un lieu d'accueil de designers étrangers dans le cadre du label Unesco design de Saint-Etienne. Consacrés aupravant à une fromagerie, place Boivin, Thibaut Freychet est « tombé amoureux » des 100 m2 sur lesquels il est tombé. A la fois bureau, atelier de céramiques et boutique de vente de ces dernières. Inaugurés début juin, ils ne seront pas exclusifs à sa seule activité puisqu'il les envisage comme pluridisciplinaires et y propose trois bureaux partagés pour d'autres designers dont deux restent à prendre ainsi que deux espaces pour des céramistes professionnels afin qu'ils puissent utiliser son atelier à ses côtés. Son atelier sera enfin ouvert ponctuellement au grand public comme il le faisait déjà à Lyon.
Thibault Freychet n'aura d'ailleurs pas tardé à se connecter à des acteurs locaux comme il l'escomptait et se lancer dans un projet collectif à Saint-Etienne, effectivement rapidement concrétisé. En partenariat avec l'association Pièces montées implantée dans le quartier Beaubrun Tarentaize (dont l'activité tourne autour de « l'économie circulaire, sociale et solidaire » : elle propose des matériaux neufs de récupération à petits prix et anime des ateliers), il anime un projet original visant à approfondir lien social entre les habitants. Cela à la suite d'un appel à projets via le dispositif d'Etat Quartiers d'été sélectionné en juin. Original en effet puisqu'il s'agit d'élaborer via quotidien des ateliers dans son studio du 20 au 26 août – le public est adressé par la Maison des projets Beaubrun Tarentaize – des accessoires, des ustensiles et des : textiles évoquant des étendards, vaisselle rustique en céramique et autres objets du quotidien inspirés de l'ambiance d'un banquet au XVe siècle.
Pourquoi le XVe siècle ?
Pourquoi le XVe siècle ? Nulle ambition scientifique d'une expérience qui viserait la reproduction historique. Il s'agit simplement d'ancrer cette œuvre de lien social dans l'environnement architectural, celui du premier noyau urbain identifié de Saint-Etienne et dans lequel évoluent les habitants du quartier, leur quartier, sans forcément en avoir conscience (en plus de l'abbaye de Valbenoîte ; lire pour rappel notre article du 31 décembre 2025 Une idée de ce que pouvait être Saint-Etienne à la fin du Moyen-Age). « Il y a le bâti, il y a aussi cette statue de Jeanne d'Arc sur la place Boivin (inaugurée, elle en 1916), ajoute Thibault Freychet. Il n'est pas question que cette figure féminine soit appropriée par la seule extrême droite. Et nous constatons que l'espace public ici n'est pas fréquentée par les femmes, elles ne font qu'y passer. Il y a cet aspect là aussi, dans notre démarche : les lieux appartiennent à tous. Nos ateliers ont d'ailleurs commencé par la découverte de sa figure, de l'architecture médiévale de la ville aussi avec la Maison du patrimoine et des lettres.»
Le résultat des ateliers sera visible et ouvert à tous lors de la tenue d'un banquet dressé le jeudi 27 août devant l'église de la place Boivin à partir de 16 h : installation d'une nappe monumentale, mise en place de la vaisselle réalisée, organisation de l’espace festif, préparation des lumières et de l’ambiance musicale. Les habitants sont invités à se retrouver autour de cette table commune en amenant la nourriture de leur choix pour un repas partagé, un temps de récit et de valorisation des créations réalisées collectivement.

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