La rentrée scolaire approchant, certains essayent d’apprendre à de jeunes ados à avoir de la répartie.

ADRIEN NOWAK / Hans Lucas via AFP
Contre le harcèlement scolaire, peut-on coacher son enfant ? Les réponses d’une psy (photo d’illustration à Toulouse à la rentrée 2024).
C’est une « trend » TikTok de l’autre côté de l’Atlantique. Des grandes sœurs et grands frères entraînent leurs cadets à avoir de la répartie face à des remarques désobligeantes. Sur certaines vidéos, ce sont des parents qui prennent le rôle de coach, souligne franceinfo, qui a consacré une chronique à cette tendance.
Mais peut-on réellement préparer son enfant à faire face au harcèlement scolaire en lui apprenant à répondre à des brimades ? Le HuffPost a interrogé Manuela Braud, psychologue et chercheuse en sciences de l’éducation. Et l’autrice de Boris Cyrulnik, Au-delà de la résilience, l’homme qui a donné un nom à l’espoir (éditions Dunod) se montre sceptique.
Face à l’impossibilité de réduire le risque de harcèlement scolaire à néant, il convient avant tout, selon Manuela Braud, d’offrir un cadre sécurisant à l’enfant lui permettant de se confier et d’être soutenu en cas de conflit. Le tout pour permettre, justement, la résilience. Entretien.
Le HuffPost : Sur TikTok, on voit des grands frères ou grandes sœurs qui entraînent de jeunes ados à avoir de la répartie face à des remarques désobligeantes. Est-ce une bonne technique contre le harcèlement scolaire ?
Manuela Braud : Avoir de la répartie, c’est utile dans la vie de tous les jours, cela permet à l’enfant d’avoir un positionnement face à de la taquinerie parfois très désagréable, de fixer ses limites. Au passage, cela peut permettre aux ados de conscientiser la chose et d’identifier une situation qui les gonfle. Néanmoins, c’est une prévention un peu légère lorsqu’il s’agit de véritable harcèlement scolaire.
Le harcèlement scolaire, c’est un comportement agressif répété, avec un ou une jeune qui a de l’ascendant sur la victime. Il ou elle expose cette dernière à un risque traumatique pouvant aller jusqu’au suicide. Ce harcèlement s’appuie parfois sur des éléments qui définissent la personne pour ce qu’elle est, ou sur une caractéristique physique. Dans ce cas, la répartie ne suffit pas, elle conduirait presque l’ado à démentir d’être comme il ou elle est.
Par ailleurs, le harcèlement a tendance à créer de la sidération chez la victime. Dans ce cas, c’est difficile de miser sur la répartie… Dans les vidéos publiées sur TikTok, les jeunes ados sont sur leur lit ou dans leur chambre en présence de leurs proches, cela n’est pas comparable à une situation de harcèlement.
Enfin, ce genre de vidéos peuvent faire croire aux parents qu’ils peuvent tout contrôler et faire en sorte que leur enfant ne soit pas victime. Or la prévention ne rend pas les enfants invulnérables.
Que conseillez-vous donc pour faire de la prévention autour du harcèlement scolaire ?
Le plus important, pour moi, est de développer des cadres de discussions sécurisés pour que l’enfant puisse parler très régulièrement. Sans lui faire porter la seule responsabilité en cas de harcèlement avec des phrases du type « tu dois savoir comment réagir ! » car, si l’enfant ne parvient pas à se défendre ou conscientise le harcèlement tardivement, cela risque de créer un sentiment de culpabilité. D’autant plus que, comme je le disais, le harcèlement peut provoquer de la sidération.
Je recommande aux parents de faire comprendre à l’enfant que, quoi qu’il arrive, ils prendront sa défense et seront là pour assurer sa protection. Cela peut être en évoquant des faits d’actualité : « Lorsque j’ai entendu cette mère à la radio parler du harcèlement de son enfant, j’ai pensé très fort à toi en me disant que j’aurais tout fait pour te soutenir. »
On le sait désormais, lorsqu’il y a trauma, le fait d’être correctement entouré, entendu et protégé réduit drastiquement le risque de syndrome post-traumatique. Cela reste une très bonne nouvelle : si on ne peut pas nécessairement empêcher toutes les agressions, on peut limiter drastiquement les conséquences du harcèlement.
Avez-vous des conseils pour encourager la parole des enfants en cas de situation de harcèlement ?
Parfois, il est difficile pour l’enfant de dire « voici ce que je vis ». Je conseille souvent aux familles de mettre en place un code : « Si un jour tu vis quelque chose de compliqué, tu m’envoies simplement un message disant “en ce moment, ça ne va pas trop”. » Ce premier message peut éventuellement être accompagné d’une phrase comme « Pour l’instant, je ne suis pas encore prêt à en parler ». Avec une telle démarche, on différencie le fait de demander de l’aide et de devoir tout raconter d’emblée.
Une autre technique, pour les ados, peut-être d’abord de parler à la troisième personne : « J’ai un ou une amie qui subit ceci. » Cela permet de ne pas trop s’exposer et de jauger la réaction de la personne en face. Et si la réaction est appropriée, on peut dire « Eh bien en fait, c’est de moi dont il s’agit ».
Enfin, il est important de rappeler qu’il ne suffit bien souvent pas de parler une seule fois. En tant que victime, il faut souvent parler une fois, deux fois, trois fois… jusqu’à ce qu’on soit protégé sur le long terme. En ce sens, les adultes, notamment au sein de la communauté éducative, doivent faire leur travail d’écoute, ce qui n’est pas toujours le cas.
En tant que parent, faut-il être particulièrement vigilant à la rentrée ?
À l’exception des situations qui se poursuivent d’une année sur l’autre, le harcèlement commence rarement en septembre. Les dynamiques de groupe qui provoquent du harcèlement se mettent plutôt en place en janvier ou au printemps.
Il ne faut donc pas se dire « Septembre est passé, on est tranquilles ! », mais rester vigilant tout au long de l’année, notamment sur les anciens amis qui, dans certains cas, peuvent devenir harceleurs. Ne pas hésiter, donc, à demander des nouvelles d’un copain ou d’une copine dont l’enfant ne parle plus.

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