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Histoire Seconde · Aug 22, 2026

Mes pires vacances

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Myrtille - mode vintage · Histoire Seconde

C’est encore frais alors je ne sais pas si je vais bien le raconter. Cet été je me suis rendue compte que j’allais devoir faire un nouveau deuil : celui des vacances parfaites.

Depuis 5 ans, je découvre que la vie de parent n’est faite que de deuils, celui de la parentalité sans entrave à la vie d’adulte, celui de l’enfant sage (que nous étions mon mec et moi), et maintenant celui des vacances. J’en oublie sans doute beaucoup, mais vous avez l’idée. Et toutes ces phases de deuil, personne ne nous en parle, personne ne nous y prépare.

Les années précédentes en vacances, il y avait des couacs, plus forts que pour d’autres mais c’était gèrable. Cette année je me suis faite taper, crier dessus à des niveaux sonores incontrôlables, je n’ai pas pu sortir, m’aérer, voir du monde, et ce pendant 2 semaines. Ca laisse des traces et ça questionne.

Mon mec a voulu tenter de “serrer la visse”, remettre du cadre, en criant, en isolant. Spoiler alert : c’est une technique totalement inefficace sur les enfants neuroatypiques, cela ne fait que renforcer leurs comportements.
Point bonus : ça a créé des tensions dans notre couple parce que nous n’étions pas d’accord sur la marche à suivre.

De mon côté je me suis transformée en mère sacrificielle, j’ai dormi avec mon fils pour que ses nuits soient plus sereines, je l’ai aidé à manger pour que son système nerveux rencontre le moins de frictions possibles.
Spoiler alert : ca n’a pas fonctionné non plus.

Un jour nous nous souviendrons avec du recul de cet après-midi où mon fils totalement submergé par la plage, s’est mis à crier que c’était un enfer sur les 10 minutes de chemin du retour (c’est long 10 minutes), tout en se grattant frénétiquement le dos, tant et si bien qu’une dame a cru qu’il s’était fait piquer par une physalie. “Un enfant ne peut pas crier si fort sans raison”. Si madame il peut, ses raisons ne vous sont simplement pas accessibles parce que votre corps supporte le monde, le bruit des vagues, la chaleur, la lumière forte et la sensation du sable, le sien non.

Je ne peux pas en vouloir au monde de ne pas être adapté à mon fils. Je ne peux pas en vouloir à mon fils de vivre le monde si intensément.

Alors je suis la variable d’ajustement. Mais ce rôle est épuisant. Et puis notre histoire, même si elle est de mieux en mieux comprise, reste très isolante. Comment demander aux personnes qui nous entourent d’être toutes calées en neuropsychologie ? Ce n’est pas possible, alors il faut accepter.

S’il y a bien un truc que je n’arrive pas encore à faire, c’est arrêter de me comparer. Cesser de me demander pourquoi nous et pas les autres ? Quand je suis tombée enceinte après 2 fausses couches, 5 inséminations et 3 ans d’attente, naïvement je me suis dit que le plus dur était derrière nous. Que plus jamais je ne me sentirai seule, incomprise, fatiguée, lasse, jalouse, et me voilà 5 ans plus tard retrouvant les mêmes sentiments peu avouables, que personne n’aime traverser.

Je suis cette mère qui s’est réfugiée dans sa voiture pour pleurer parce que la vue des autres enfants habillés (alors que le mien n’y arrivait plus), qui faisaient les courses avec leurs parents, m’était insoutenable. Peut-on envisager un jour que la banalité du quotidien ne nous soit plus accessible ? Qui a la sagesse d’accepter cela sans sourciller ? Pas moi en tout cas !

Cet été j’ai compris, j’ai abdiqué : nous ne pourrons pas participer aux vacances cartes postales. Un jour peut être, mais pas maintenant. Au fond cela n’a pas d’importance puisque ce qui compte dans le concept de vacances c’est avant tout le repos, la liberté et les moments partagés. Que cela ne s’exprime pas pour tous par la plage, la chaleur, et le monde n’est pas un échec ni un rendez-vous manqué. Ce que mon fils m’aura appris lors de ces 5 années, c’est à tout requestionner et surtout ne rien juger.

Je vous raconte tout cela dans une période difficile, mais il y a plein de mois où nous vivons sereins, j’essaye de ne pas les oublier. L’école donne un repère, une routine, qui fait du bien à tout le monde. Et puis j’espère qu’en grandissant, en l’entourant des bons experts, en l’aidant à se comprendre de mieux en mieux, en nous formant le plus possible, tout s’apaisera. Nous construisons ensemble le quotidien qui nous convient, mais ce n’est pas une science exacte (et personne n’a fourni le putain de mode d’emploi).

En attendant j’ai passé les pires vacances de ma vie, et ça arrive. C’est mon anniversaire dans 2 jours et je n’ai même pas le courage de le fêter. Je m’en remettrai, mais ça ne m’empèche pas d’être amère, et fatiguée. Alors je traverse du mieux possible et j’attends les jours meilleurs.

Si vous êtes un peu dans le même état d’esprit quelle qu’en soit la raison, je vous embrasse, vous n’êtes pas seule.

Read the original on histoireseconde.substack.com

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