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Histoire Seconde · Jul 19, 2026

J’ai attendu trop longtemps d’avoir le “bon corps”

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Myrtille - mode vintage · Histoire Seconde

Je ne sais pas si ça vous est déjà arrivé mais pendant longtemps, j’ai eu l’impression que certaines choses ne m’étaient pas vraiment accessibles. Pas parce qu’elles étaient interdites en soi mais parce que je me les interdisais toute seule.

Je vous ai parlé la semaine dernière de ma phobie des débardeurs mais il y en a plein d’autres :
- m’asseoir en maillot sur une serviette sans passer mon temps à rentrer le ventre ou replacer mon bas de maillot.
- me tenir avec les bras le long du corps sans me poser la question de leur taille ou de leur rendu.
- Acheter un short long.
- Porter un pantalon blanc.

Je me raconte toujours la même histoire “Plus tard.” Dans ma tête il y a plein de plus tard, plus tard quand j’aurai perdu quelques kilos, plus tard, quand mon ventre sera plus plat, plus tard, quand mes cuisses se toucheront un peu moins. Tout ça finit par me donner l’impression que ce n’est qu’une question de temps et que ma vraie vie vestimentaire va commencer un jour.

Le problème c’est que ce jour recule sans arrêt. En ce moment je repense souvent aux étés où je gardais mon tee-shirt un peu trop longtemps sur la plage. Aux robes à bretelles dont j’adorais les imprimés mais pas le rendu sur moi, aux photos où je me place systématiquement de biais pour qu’on ne voit pas trop ma carrure, à toutes ces petites décisions qui semblent anodines.

Au fond, ce n’est pas le débardeur qui me fait peur. C’est de me croiser avec et de devoir faire le constat que mon corps ne correspond pas à cet idéal, que je n’arrive pas à sortir de ma tête. Où le regard que je pense que les autres vont porter sur moi “ah en fait elle n’est pas si mince”.

Quand je vous ai parlé de ma phobie du débardeur, vous avez été hyper rassurantes, et au fond ça ne devrait pas me surprendre parce que quand je croise une femme en ville ou sur la plage jamais je ne me fais de réflexion sur son corps. Par contre je remarque, son sourire, ses enfants, son bouquin, ou le tissus de son pantalon.

Alors pourquoi reste-t-on persuadée que l’on va décevoir si l’on ne coche pas les cases ? Le processus est en cours et j’ai besoin de me répéter régulièrement qu’il n’y a pas d’examen d’entrée à la robe moulante, aux rayures horizontales ou aux fines bretelles, pour retrouver une pensée un peu plus rationnelle.

Comme d’hab le jury, c’est seulement nous. Personne ne nous a interdit ces vêtements (à part les coach en image à l’ancienne qui se pensent encore le droit de prohiber telle ou telle coupe pour flatter nos morphos). Est ce qu’elles se rendent compte à quel point elles renforcent les insécurités qui sont déjà si présentes en nous et jouent contre leur propre camps ?

Combien de moments on va encore laisser filer ? Combien de jours on va encore avoir trop chaud pour se cacher ? Parce qu’on croit attendre un corps.

La semaine dernière, j’ai remis un débardeur. Je me souviens très bien de la sensation de la brise sur mes épaules. Et je me suis fait la réflexion que pendant plus de 20 ans je m’étais privée de ça. Pas à cause de mon corps. À cause de l’histoire que je racontais sur mon corps.

Je ne suis pas sortie de chez moi en me trouvant soudain magnifique. Je suis sortie en me disant “Tant pis.” Et vous savez quoi ? Il ne s’est absolument rien passé, personne ne s’est retourné, personne ne m’a regardée bizarrement. Le monde a continué de tourner. Par contre moi, j’ai passé une journée beaucoup plus agréable.

On imagine souvent que s’habiller comme on en a envie est une récompense. La récompense d’un corps qui aurait enfin rempli toutes les conditions. En lisant ce texte s’il fait écho en vous, peut être que c’est le moment de ne plus attendre d’avoir le corps parfait pour commencer à vivre les moments qui vous rendent heureuses ou tout simplement plus à l’aise ?

Nos corps ne nous empêchent pas de vivre mais les histoires que l’on raconte à leur sujet le font parfois. Et je trouve ça injuste.

Parce qu’on ne récupère jamais un été passé à attendre le bon corps.

Read the original on histoireseconde.substack.com

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