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Hippology · Aug 28, 2025

Field Notes: Camargue

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Hippology · Hippology

[English version follows.]

Une énergie. Un bruit sourd. Une odeur.

Dès le coin de la rue passé, tout est là, prêt à accueillir et à encadrer ce défilé incroybale appelé « Roussataïo ».

La Roussataïo est cette tradition camarguaise consistant en un lâcher de juments, avec leurs poulains de l’année, dans les rues d’un village. En Provençal, le mot “rosso” désigne la jument. Et la “roussataïo” sa transhumance, encadrée par des gardians.

Pour l’occasion, des cavaliers issus de manades* et appelés « les gardians » sont en tenue traditionnelle (*en Provence, une manade est un lieu d’élevage d’un troupeau de taureaux et de chevaux, dirigé par un gardian appelé manadier). L’équipement est aussi unique à cette pratique puisque les selles permettent un maintien de l’assise en dépit des mouvements du cheval, le sanglage est large de part en part de la selle, les étriers enferment le devant des pieds, et les fers ont des crampons déjà scellés et rivetés.

Les rues sont bloquées par de larges et hautes grilles permettant au public d’être protégé lors du défilé, mais laissent aussi passer les plus aguerris pour être au plus près de ces chevaux remplis d’énergie. Je l’avoue, j’ai pris ce risque.

Le camion s’ouvre et les premières juments descendent, certaines avec une cloche au cou dont le bruit bat la mesure de ce qui se prépare. Dans cette Roussataïo les âges varient de 1 an à 23 ans pour la doyenne du troupeau, dont le rôle est de mettre en confiance les plus novices.

Le défilé commence par les gardians seuls, qui font un aller-retour au pas dans cette rue qui leur est dédiée. S’enchaîne ensuite un défilé de l’ensemble du troupeau au pas, encadré par deux rangées de trois gardians en tête et de trois qui ferment la marche. La suite se déroule à la façon d’un ballet dansant, où de petits groupes de juments et de leurs poulains vont être isolés et continuer cette cérémonie de l’aller-retour. Il s’agit ici de montrer la franchise, le calme et la sérénité de ces êtres qui semblent tout savoir de leur rôle.

Les allures s’enchainent en passant du pas, au trot, puis au galop. Le bruit des sabots résonne, les fers rapent le sol en créant des gerbes d’étincelles, puis le calme revient progressivement. Ce défilé durera 1h30 puis les juments et leurs poulains embarquerons à nouveau pour reprendre la route et retrouver leur manade.

C’est au tour de l’Abrivado de commencer car les juments laissent placent aux taureaux. Jadis l’Abrivado était la conduite des taureaux depuis les pâturages jusqu'aux arènes sous la surveillance des gardians, aujourd’hui il s’agit de recréer ces transferts en lâchant les taureaux dans des rues fermées.

Cette fois les chevaux et leurs gardians prennent une formation en V qui permet de limiter les accidents et d’encadrer les taureaux. Les chevaux sont capables de supporter la force des taureaux qui les poussent et n’ont que pour seules protections des guetres qui enveloppes le bas de leurs membres. Lors du passage des taureaux, des attrapaïres* s’élencent pour tenter d’arrêter les taureaux (*du provençal signifiant « empoigner », ce nom est donné aux gens qui tentent d'attraper les taureaux au cours d'une abrivado, pour les faire échapper).

À la fin de ce défilé, je m’approche de ces chevaux qui attendent le départ des taureaux. Ils soufflent et transpirent, mais quelle puissance à leur contact. Ma main effleure une encolure, mon regard croise celui d’un étalon et tout de suite je me sens ridiculement petite mais protégée. Sa gardian m’offre l’opportunité de monter sur son dos, dès le pied à l’étrier l’étalon piétine et se met en marche, à la fois sensible et très assuré.

Ces chevaux de Camargue sont bel et bien uniques.

[English Version]

An energy. A loud noise. A smell.

As soon as you turn the corner, everything is there, ready to welcome and accompany this incredible parade called “Roussataïo.”

Roussataïo is a Camargue tradition that involves releasing mares and their foals into the streets of a village. In Provençal, the word “rosso” means mare. And “roussataïo” refers to their transhumance, or the movement between seasonal pastures, supervised by gardians (not to be confused with guardians).

For the occasion, riders from manades called “gardians” wear traditional dress. In Provence, a manade is a place where a herd of bulls and horses is raised, managed by a gardian called a manadier. The equipment is also unique to this practice, as the saddles allow the rider to remain seated despite the horse's movements, the girth is wide across the saddle, the stirrups enclose the front of the feet, and the shoes have studs that are sealed and riveted.

The streets are blocked by wide, high gates to protect the public during the parade, but they also allow the most adventurous spectators to get closer to these energetic horses. I admit, I took that risk.

The truck opens and the first mares exit, some with bells around their necks, the sound of which sets the pace for what is to come. In this Roussataïo, the ages of the horses range from 1 year old to 23 years old for the oldest of the herd, whose role is to reassure the most novice members.

The parade begins with only the herdsmen, who walk back and forth at a steady pace along this street. This is followed by a parade of the entire herd at a steady pace, flanked by two rows of three herdsmen at the front and three at the rear. The rest of the parade unfolds like a ballet, with small groups of mares and their foals being separated and continuing the ceremony of walking back and forth. The aim here is to show the innocence, calm and serenity of these creatures, who seem to know exactly what their role is.

The gaits follow one another, moving from walk to trot and then to gallop. The sound of hooves echo, the shoes scrape the ground creating showers of sparks, then calm gradually returns. This parade ends after an hour and a half, when the mares and their foals set off again to return to their herd.

Now the Abrivado begins, as the mares give way to the bulls. In the past, the Abrivado was the driving of the bulls from the pastures to the arenas under the supervision of the herdsmen. Today, it is a matter of recreating these transfers by releasing the bulls into closed streets.

This time, the horses and their herders form a V-shaped formation, which helps to limit accidents and keep the bulls in line. The horses are able to withstand the force of the bulls pushing them and are protected only by gaiters that cover the lower part of their legs. As the bulls pass by, attrapaïres rush forward to try to stop them (from the Provençal meaning “to grab,” this name is given to people who try to catch the bulls during an abrivado).

At the end of the parade, I approach the horses waiting for the bulls to leave. They are panting and sweating, but what power I feel when I touch them. My hand brushes against a neck, my gaze meets that of a stallion, and immediately I feel ridiculously small but protected. His gardian offers me the opportunity to climb onto his back. As soon as my foot is in the stirrup, the stallion stamps his feet and sets off, sensitive but so confident.

Camargue horses are truly unique.

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Read the original on hippology.substack.com

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