Y’a quelques semaines, j’ai fini la série The Bear.
C’est officiellement le show qui vient de se hisser au top top des séries dont je vais me rappeler toute ma vie. (oui, gros statement, 10000% assumé.)
Rendue au générique du dernier épisode (que tu dois absolument écouter jusqu’à la fin pour extraire le plus possible du show) je me suis tournée vers Nick avec une question que j’arrive pas à me sortir de la tête depuis:
Est-ce que c’est un mal nécessaire de passer par la marde, la détresse, pour réussir en business?
Petits avertissements avant qu’on aille plus loin:
Cet article contient des spoilers. Mais genre... écoute le show pareil.
Si tu cherches la version feel-good où tout le monde réussit sans jamais rien vivre de dur, ce texte-là est pas pour toi. Pis si tu cherches la version hustle où je te confirme qu’il faut se détruire pour mériter sa place, encore moins.
Parce que ma réponse, après des dizaines de conversations avec des entrepreneurs sur Les Vraies Affaires et Effrontée, c’est oui.
Juste pas pour la raison que tout le monde pense.
Tu lis ça en touriste? Self-ish, c’est l’infolettre pour celles qui ont fini d’attendre la permission d’être leur version la plus bold à date. Ta margarita est déjà servie.
Si t’as pas écouté la série, les chefs de The Bear, comme tous les chefs propriétaires d’ailleurs, c’est des entrepreneurs. Ils ouvrent leurs propres restos haut de gamme, ils courent après une étoile Michelin, pis leur parcours est misérable pas mal tout le long, jusqu’à ce que (ALERTE SPOILER) ils réussissent à avoir non pas UNE étoile, mais 2. Au dernier épisode. Tu comprendras que 5 saisons de chaos, de détresse émotionnelle, c’est parfois tough à regarder.
Mais le personnage qui l’a le plus tough de toute la gang, c’est Carmen Berzatto (Carmy).
Carmy, après avoir eu une carrière dans les plus grands restos du monde, dans un univers militaire, parfois traumatique, finit par réaliser qu’en fait, il aime pas ça, être chef.
Il est tombé là-dedans pour des raisons de famille, pis parce que c’était quelqu’un qui aimait les arts, les couleurs. La bouffe, c’est devenu son medium un peu par accident.
Pis après, parce qu’il avait atteint un niveau de succès presque inimaginable, il a continué... par survie. Parce qu’il était bon. Quand t’es bon dans de quoi, le monde te pousse à continuer. Toi-même tu te pousses à continuer.
Sauf qu’il était fucking misérable là-dedans. Une réputation mondiale, un super talent reconnu, mais un gars vide à l’intérieur.
À la fin, il lâche tout. Il laisse aller le resto (même après avoir finalement réussi à avoir SON étoile), il recommence sa vie et il se choisit une nouvelle direction. Il se choisit lui.
Et c’est seulement à ce moment-là que, pour la première fois en 5 saisons, sa vie devient finalement le plus gros succès qu’il a jamais eu.
On est donc ben content pour lui, pour son équipe, pour sa partner au resto qui a surfé les mêmes vagues cruelles que lui. On VOIT la misère qu’il a vécue et on se dit “wow... son succès est tellement mérité.”
Puis il laisse le resto, change sa vie, il est heureux. Merci bonsoir.
La question se pose:
Est-ce que son nouveau succès est le résultat de sa souffrance, ou est-ce que sa souffrance lui a tout simplement permis de briser le cycle de survie?
C’est pas juste une question qui s’applique à la série.
À travers toutes les entrevues que j’ai réalisées avec des entrepreneurs extraordinaires de la francophonie, presque dans chacune des histoires, il y avait un (souvent des!) moment de détresse.
Une perte financière massive
Un burnout géant
La perte abrupte de leur réseau/entourage
Une poursuite ou situation légale qui a pris le dessus sur TOUT dans leur vie
Un profond malaise constant
Je l’ai vécu quand on était knee deep dans les dettes d’impôts en 2015 pis que je me suis sortie de la marde financière, année après année avant de finalement atteindre une année à 1M$ en 2022.
Je l’ai vécu aussi quand j’ai décidé de pas refaire Ka-Ching pis de couper la moitié de mon salaire pour étirer la durée de vie de ma business le temps de la rebâtir. (je t’ai raconté ce bout-là ici)
Si tu regardes le paysage entrepreneurial ces jours-ci, on voit popper un peu partout des gens qui annoncent des gros pivots.
Des collègues qui ont bâti des business solides, à succès, pis qui sont en train de tout crisser là pour repartir sur un nouveau modèle. Une qui laisse aller un programme après 11 ans de lancements à succès. Une autre qui partage tout haut qu’après tout ce temps-là en affaires, elle sait juste plus qui elle est. Et je sais plus combien de personnes j’ai vu annoncer haut et fort “pu capab’ d’Instagram, je quitte!”
C’est presque toujours le même film en fait. Au début, tout est beau, les oiseaux chantent, t’es en business pis y’a rien qui peut t’arrêter.
Pis ensuite il se passe une de ces 2 choses (ou les 2):
Tu entretiens ton propre malaise sans t’en rendre compte juste parce que t’as choisi un modèle, un projet, un produit, etc.
Il t’arrive une situation dramatique, hors de ton contrôle, qui impacte ta business pendant des mois, voire des années.
Dans un cas où dans l’autre, t’acceptes une situation pendant trop longtemps, par survie, par status quo, parce que changer te demande trop, pis tu finis par frapper un mur, trop souvent dans une explosion nucléaire avec l’envie de tout arrêter.
Been there, done that.
Si tu te rends jusqu’ici, on a déjà fait un bout de chemin ensemble. Self-ish, c’est ce genre de courriel chaque mardi matin, gratis. Inscris-toi si tu veux la suite.
L’entrepreneur “traditionnel” va TOUT donner pour sa business:
son temps
son salaire
sa santé, physique et mentale
son sommeil
ses relations
Il aura tout ça QUAND il aura réussi. On regarde ceux qui n’ont pas réussi encore avec une sorte de pitié, mais on célèbre ceux qui réussissent et qui partagent qu’eux aussi, ont tout donné.
Sara Blakely qui a lancé Spanx a investi ses 5 000$ d’économies restantes, travaillé le soir et les fins de semaine pendant qu’elle vendait des fax le jour, écrit son propre brevet pour économiser les frais d’avocat, et tout misé avant de devenir la plus jeune milliardaire self-made.
J.K. Rowling, un exemple classique, était mère monoparentale, dépressive, vivant de l’aide sociale, rejetée par 12 maisons d’édition avant qu’Harry Potter soit publié.
Chappell Roan, la chanteuse, a publiquement dit que le rythme de sa carrière a failli la faire quitter la musique. Elle s’est retirée de festivals pour protéger sa santé mentale et elle a parlé de dépression, au même moment où sa carrière explose.
Bref, c’est largement plus rare de voir des gens qui atteignent ces niveaux de succès et qui n’ont pas souffert. Et évidemment, c’est tout ce qu’on voit parce que ceux qui décident de se choisir avant leur projet ne sont pas visibles.
Pour chacune de ces entrepreneurs superstar, il y a des milliers de personnes qui ont fait exactement les mêmes sacrifices, pris les mêmes risques, et qui ont quand même échoué, mais personne raconte leur histoire.
Pis de l’autre bord, y’a celles qui te vendent le contraire, qu’elles ont monté une machine à cash en 2h par jour, sans jamais forcer. Soit des licornes, soit du monde qui te cache leurs meltdowns pour ne montrer que les résultats. Les deux extrêmes te content une histoire incomplète.
En 2024, le Bureau of Labor Statistics a rafraîchi ses infos pour partager que 20,4% des entreprises ferment dès la première année, 49,4% ont disparu après 5 ans, et 65,3% après 10 ans.
Le piège, c’est de croire que t’as juste 2 options:
Tout donner et être misérable pour atteindre un succès monstre
Abandonner dès maintenant parce que t’es pas prête à tout sacrifier
La vérité, c’est que c’est pas vraiment un choix, c’est une séquence.
Peu importe que tu veuilles ton nom sur toutes les lèvres ou juste une business qui subvient à tes besoins (tout aussi noble), prendre le contrôle de ta destinée sera jamais simple pis facile. Au début, t’as juste pas le choix de faire les sacrifices.
C’est de même que tu bâtis tes actifs:
ton audience,
tes revenus,
tes systèmes,
ta réputation.
Pouvoir dire non à une grosse opportunité, travailler 2h par jour, te choisir avant ton projet, c’est un luxe que t’achètes avec le travail d’avant.
Mais la misère que tu traverses pendant que tu bâtis, elle fait une deuxième job en même temps: elle t’apprend ce que tu veux vraiment.
Elle devient l’élément essentiel à ta compréhension de c’est quoi, TON succès. Pas le montrer-que-t’es-fabuleuse-pis-filthy-rich, le être-heureuse-dans-ce-que-tu-fais. (Pour moi, c’est largement plus impressionnant que le Dubai lifestyle.)
Ok mais pourquoi pas faire les choses comme il faut dès le départ, d’abord? Mettre mes boundaries tout de suite, choisir mon vrai succès dès le jour 1, pis sauter le boutte plate?
Parce que tu peux juste pas. Pour 2 raisons.
Un: la liberté de dire non, de travailler 2h par jour, de te choisir, tu l’as pas encore. Elle s’achète avec les actifs que t’as pas encore bâtis. (Si t’as déjà les ressources pis que t’as de l’aide, be my guest, tu peux y aller plus doux. Sinon, le raccourci existe juste pas.)
Deux, pis c’est la partie claque-dans-face: t’aurais aucune idée quoi choisir. Les bonnes décisions, tu peux les lire dans le livre de n’importe quelle experte, mais tu vas jamais les COMPRENDRE tant que la misère te les a pas fait vivre dans ton corps. Une leçon apprise à la dure pis la même leçon lue dans une formation, c’est pas pantoute la même affaire. La première change tes décisions pour de bon, la deuxième, tu l’oublies dans une semaine.
L’ordre ne se renverse pas. Faut que tu passes par le sacrifice pour gagner la possibilité ET la lucidité de rebâtir après.
Quand on se brûle, on se rappelle pourquoi faut pas mettre sa main sur le four.
Reste juste pas prise dans la misère. Celles qui rebâtissent jamais, qui restent dans le sacrifice par habitude (ou survie), finissent trop loin, souvent à l’hôpital avec des séquelles permanentes. La misère, c’est un bout du chemin, pas la place où tu t’habites.
1. La souffrance est inévitable, et chercher un parcours safe et sans difficulté te garde sur place.
Le chemin tout lisse, celui sans difficultés, il existe pas. Pis le chercher, c’est pas bouger: tu restes dans le tolérable pendant que le temps passe.
2. La souffrance nous montre ce qui n’est pas fait pour nous, mais ne donne pas de réponse sur ce qui fonctionne. Seule l’action permet cette information.
Elle te pointe ce qui te vide, ce que t’endures depuis trop longtemps. Mais jamais quoi changer exactement. La bonne direction, tu la trouves juste en bougeant, pas en ruminant.
3. Les entrepreneuses qui ont du succès se servent de leur misère pour bâtir une version toujours plus juste de leur succès.
Y’a pas de version finale. C’est une série d’ajustements qui finit jamais, un peu plus proche de toi à chaque tour.
Carmy a passé 5 saisons à tout donner pour finir par comprendre que son vrai succès, c’était de (re)partir. Je pense pas que c’est juste une belle histoire.
Mais je te vendrai pas non plus le hustle comme un trophée pour autant. Y’a rien de glamour à se rendre au bout du rouleau et les cicatrices ne sont pas des médailles. Je te mentirai pas non plus en te disant que tu peux tout avoir sans jamais rien sacrifier. Parce que le sacrifice, c’est souvent lui qui finit par t’apprendre ce que tu veux vraiment.
Tu te positionnes où toi?
Est-ce que c’est essentiel de souffrir pour bâtir TON succès? Ou tu penses qu’on peut s’en sauver?
T’es où toi là-dedans en ce moment? En train de bâtir pis d’en arracher? Rendue au point où tu peux enfin ajuster pis te choisir? Ou déjà trop loin, au point où faut que tu recules avant que ça laisse des traces irréversibles?
Dis-moi ça en commentaire!
Cheers à l’entrepreneuriat, le meilleur outil de dev perso!
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