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Self-ish · Jul 14, 2026

J'ai dû dépendre de mon chum, mon échec de féministe

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Gen Gauvin · Self-ish

Tu lis ça en touriste? Self-ish, c’est l’infolettre pour celles qui ont fini d’attendre la permission d’être leur version la plus bold à date. Ta margarita est déjà servie.

Ma mère me l’a appris jeune, pis elle l’avait appris de sa mère avant elle.

Sois indépendante financièrement. Dépends de personne… au cas où, on sait jamais. Les divorces, tout ça…

Ma grand-mère, Mamie Rose, était, à ce qu’on m’a dit, assez wild pour son époque.

Déjà, elle était plus vieille que son mari (outrageant, n’est-ce pas), mais la première fois qu’elle a rencontré son beau-père, en 1954, elle est arrivée en décapotable rouge, avec ses grandes lunettes pointues de diva.

Une mini-madame, en amour avec un géant monsieur au look de mafioso, qui allait vivre à sa façon, peu importe le regard des autres sur son look, son char ou son couple.

Elle a eu toute sorte de job jusqu’à son mariage, où elle est éventuellement devenue mère à la maison.

Quelque part dans ce processus-là, et plusieurs années plus tard, elle transmettait un message d’indépendance financière à ses 3 filles.

Je peux pas lui demander pourquoi c’était si important pour elle. Elle est partie avec la réponse, malheureusement.

Mais c’est devenu tout aussi important pour ma mère, qui m’a répété ça dès le secondaire probablement.

Il y a 1 an, je me suis assise devant une spreadsheet de budget, pis j’ai compris que j’allais devoir faire exactement ce qu’on m’avait dit de jamais faire.

Ça faisait des mois que je regardais mes chiffres. J’avais décidé de pas refaire Ka-Ching, pis je savais que l’année qui s’en venait serait dure.

J’avais déjà coupé l’équipe autour de moi, mais il restait une seule grosse dépense à couper: mon salaire.

C’était une décision comptable, pure et dure:

  • Combien rentre net avec la business

  • Combien il reste dans le compte que je me suis mis de côté pour me payer

  • Combien sort chaque mois

  • Combien est-ce que mon lifestyle me coûte

Couper mon salaire de moitié, j’ai réalisé, c’était la seule façon d’étirer la durée de vie de mon entreprise le temps de la rebâtir.

Je savais que c’était la bonne décision… mais ça la rendait pas moins humiliante.

Parce que couper mon salaire de 50%, ça voulait dire une autre affaire à laquelle j’avais pas envie de faire face: j’étais plus capable de payer la moitié des dépenses de la maison.

On a fait ce que mes parents ont toujours fait. Quand les salaires sont pas égaux, on paie au prorata. Lui les deux tiers, moi le tiers. Sur papier, c’est juste. C’est même sain, beaucoup plus fair qu’un 50/50 forcé.

Mais dans mon cœur, ça sonnait comme un autre mot: dépendance.

Je me retrouvais à dépendre de quelqu’un pour rester où je reste, pour manger ce que je mange (mon allergie aux produits laitiers fait que les alternatives coûtent plus cher, ça aussi ça compte quand tu recommences à compter). Dépendre pour continuer ma vie comme elle l’est (ou à peu près).

Exactement ce que ma grand-mère, ma mère, pis moi, on s’était juré d’éviter.

Sans mentionner qu’à la base, pendant des années, j’étais celle qui faisait le plus gros salaire à la maison. Pis j’en étais fière.

Pas juste une fierté tranquille, mais une fierté un peu militante.

C’était pas parce que mon chum restait à la maison. D’ailleurs j’ai jamais vraiment compris l’envie de “retraiter” son mari. I mean… you do you, mais mon chum je l’aime entrepreneur, ambitieux.

C’était juste la preuve que nous autres aussi, les femmes, on peut. Qu’il y a rien qui nous arrête, certainement pas les normes sociétales.

Être la breadwinner, c’était mon petit succès féministe à moi.

Pis là, du jour au lendemain, j’avais l’impression d’être ramenée à une époque plus dark pour les femmes: la femme qui dépend.

La phrase qui tournait dans ma tête, c’était:

“j’ai pas réussi à être la femme indépendante que j’étais supposée être.”

C’était pas juste une défaite personnelle… c’était une défaite de genre.

Pis parce que ça pouvait pas être tout, il y avait une couche qui faisait encore plus mal.

Si tu te rends jusqu’ici, on a déjà fait un bout de chemin ensemble. Self-ish, c’est ce genre de courriel chaque mardi matin, gratis. Inscris-toi si tu veux la suite.

J’ai bâti une business autour du message de l’amour de l’argent. Ka-Ching, c’est littéralement le son de la caisse. Des années à dire que c’est correct de vouloir faire des millions, que le luxe c’est pas un problème, qu’on a le droit d’aimer l’argent pis de le dire tout haut.

Tout d’un coup, l’argent était devenu ma source d’anxiété numéro 1, mes chiffres étaient plus aussi beaux pis mon année finissait dans le rouge. P’tit vomi.

Je voulais plus en parler. Pas parce que j’avais arrêté de croire à tout ça, mais parce que je me sentais imposteur de continuer d’être l’ambassadrice de ce sujet-là, quand mes propres résultats étaient pas inspirants pantoute.

Le pire, c’est que je sais encore exactement comment gérer mon argent. J’ai certainement pas perdu ça. Le problème, c’est que changer de modèle pis de prendre le temps de rebâtir quelque chose de profitable, ça prend du temps, et c’est pas une ligne droite.

J’ai laissé les discussions d’ambitions pis de millions aux autres, le temps de trouver si j’étais vraiment capable de retourner là.

Ma dépendance financière s’est pas installé de façon très dramatique, mais elle a commencé à paraître une petite coupure à la fois.

J’ai coupé dans mes dépenses de skincare, recommencé à acheter mon shampoing à la pharmacie, j’ai arrêté de m’acheter du linge neuf. Toutes les petites dépenses que je faisais avant sans y penser deux fois sont devenues des questions.

C’est ça, surtout, le premier feeling du luxe, je pense. Certainement pas les sacs à main ni les voyages en première classe. C’est de sortir ta carte sans regarder le prix. De savoir que tout va bien sans avoir à vérifier.

Aujourd’hui, je revérifie et je questionne:

  • Le prix à l’épicerie.

  • La facture au resto.

  • Le prix d’une nouvelle paire de lunettes, même si les miennes, que quelqu’un a pilées dessus, que j’ai fait redresser, restent encore un peu croches (tu vois l’angle si tu regardes comme il faut).

  • Mes souliers de kickboxing qui tombent en ruine, que je remplace pas encore. Quand ils vont vraiment lâcher que je me dis.

Une accumulation de petites résistances, là où avant tout coulait.

Il y a des dépenses auxquelles je me suis accrochée parce qu’elles étaient devenues identitaires, comme mes cheveux, mes ongles, ou même la maison quand on y pense.

Mon chum me devait de l’argent depuis longtemps (le down de la maison, des grosses dépenses qu’on avait faites ensemble) pis j’étais jamais vraiment pressée de le revoir parce que j’étais confortable financièrement anyway.

Là, tout d’un coup, ça devenait plus urgent.

Donc on a fait un plan de remboursement à 400$ par mois pour rembourser. À peu près de quoi couvrir mes cheveux aux 2 mois pis mes ongles mensuellement, pour que mon budget reste kiff-kiff.

Pis ça l’air de rien, mais c’est comme ça que j’ai gardé ce semblant-là de moi-même.

Jusqu’à ce que, ironie totale, je décide début juin de passer du rose au platine. Ce qui me coûte pas mal moins cher, finalement, parce que j’ai plus besoin de payer pour la teinture.

J’étais juste pas prête avant.

Mamie Rose vivait comme elle voulait, peu importe le regard des autres. Sa décapotable rouge, son grand monsieur au look de mafioso, son couple pas “correct” pour l’époque, elle s’en foutait royalement.

Moi, j’ai hérité de son mandat d’indépendance, mais clairement pas son je-m’en-foutisme.

Parce que toute ma honte, dans cette histoire-là, c’est à cause du regard des autres.

  • La fierté militante d’être celle qui gagne le plus.

  • La peur d’avoir l’air d’une impostrice devant vous autres.

  • Le malaise de plus être la femme que j’étais supposée être.

J’ai passé un an à m’inquiéter de ce que ça disait de moi.

Si tu lis ça pis que tu te reconnais dans quelque chose, je veux te donner le bout de l’histoire qui m’a pris 1 an à comprendre et accepter.

Demander de l’aide de ton ou ta partenaire, c’est pas une faiblesse. C’est pas une preuve que tu l’as fail, ou que t’as fail la société ou tes abonnés non plus.

Un couple, c’est pas 50/50, c’est 100% à deux.

Pis quand y’en a un des deux qui a moins d’énergie ou moins d’argent à mettre dans le pot commun, pour un temps, l’autre pallie. C’est pas de la dépendance, c’est être en équipe avec quelqu’un.

Je dis pas que c’est facile tho. La pression que ça met sur Nick, je la sens pis je me sens encore un peu coupable (sa business porte une plus grosse part de notre vie maintenant, pis je sais que c’est pas rien). La plaie est pas encore complètement fermée, mais accepter l’aide est devenu plus facile, pas facile.

Mais je le vois de moins en moins comme une défaite.

Pis le fait que je sois capable de t’écrire tout ça aujourd’hui, sans que j’aie envie de me cacher dans le garde-robe, c’est ma preuve que c’est en train de cicatriser.

J’ai passé ma vie à essayer d’être la femme indépendante que ma grand-mère et ma mère auraient voulu que je sois.

Peut-être que j’étais à côté de la plaque depuis le début.

Peut-être que la vraie indépendance, c’était pas de jamais avoir besoin de personne, mais de me foutre du jugement comme Mamie Rose. D’être capable de dire “oui, là, j’ai eu besoin de mon chum” sans que ça enlève rien à qui je suis.

Elle m’a légué une consigne claire, il me reste juste à aller chercher le morceau qu’elle a oublié de me transmettre.

Si ce texte t’a parlé, restack ou partage!

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Read the original on ggauvin.substack.com

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