Il y a un an, je décidais de célébrer le rythme des saisons en égrenant ici mes plaisirs du mois. Cette série m’a aidée à prendre conscience du caractère cyclique de la nature et de mes rituels favoris.
Une année a passé, l’exercice de style est aujourd’hui terminé. Quelle suite y donner ? Je souhaitais conserver l’ancrage dans la saison, mais avec quelque chose d’encore plus simple et sensible, au ras de mon quotidien.
Quand j’ai posé la question dans le groupe WhatsApp*, Laurence a suggéré « une nouvelle série avec une orientation un peu philosophique : chaque mois, les raisons d’espérer, d’être optimiste. Ça peut permettre d’être aussi bien sur un détail qui te rend positive que sur quelque chose de plus grand, qui toucherait au monde qui nous entoure. »
Sa proposition a résonné. Elle m’a rappelé Le Sel de la vie, livre merveilleux dans lequel l’anthropologue Françoise Héritier dresse la liste des innombrables et minuscules plaisirs de son existence. Dans le petit carnet que je garde toujours avec moi, j’ai commencé à attraper au vol mes propres instants de joie. Des douceurs ordinaires si discrètes que, jusque-là, je ne prenais même pas la peine de les noter.
Je me suis prise au jeu. Chaque mois désormais, je partagerai ici ma récolte. Voici la première…
*
En juillet dans les rues d’Arles, remarquer plein de robes et de chemises rayées sur les flâneurs. Les trouver gaies, en harmonie avec le soleil et les vieilles pierres.
Échapper à la canicule dans les expos et les librairies climatisées. Trouver aussi refuge sous la brume diffusée par les parasols des restos.
Croiser Jacqueline près des Arènes. Ne pas en revenir de rencontrer là ma chère lectrice new-yorkaise, encadrée de deux beaux messieurs très chics. Admirer sa forme, l’embrasser, rire et repartir.
Voler une gorgée de negroni à Mark chez Inari.
En chemin vers l’Angleterre, profiter de notre passage à Paris pour faire une séance de coaching. Plaisir des retrouvailles, sérénité constructive.
Ouvrir les Diaries de Josef Koudelka à la librairie Galignani. Tomber en pamoison à la lecture du journal du photographe. Me réjouir d’avoir trouvé mon prochain cadeau de Noël.
À Londres, lire The Practice of Not Thinking de librairie en librairie.
À Bradford-on-Avon, prendre en photo un monsieur moustachu près de son bateau. Garder pour plus tard son regard droit, ses bras musclés, sa cordialité. Discuter, lui demander son nom. Le soir, découvrir qu’il fait de la chouette musique.
Siroter une tasse de thé à la menthe au fond du jardin de nos amis Tim et Karen, sans rien faire d’autre que me laisser bercer par le glouglou de la fontaine de leur massif de fleurs.
Me régaler de leur barbecue après avoir eu très faim l’après-midi.
De retour chez nous, arpenter les rayons de Décathlon avec Gustave pour trouver son équipement de colo – quinze jours de camping en Corse. Laisser remonter les souvenirs : à 15 ans en Grèce, mon sac à dos rose et noir, mon sac de couchage trop fin, ma gourde rouge Grand Tétras toute cabossée.
Écouter Un été avec Nietzsche en courant, dicter plein de passages à mon téléphone, me sentir incroyablement libre, en rire de joie au milieu de la route déserte.
Boire une coupe de champagne dans la nuit profonde, sur la terrasse, pour fêter l’arrivée de notre amie Chacha. Pour une fois, manger aussi du pain, du fromage, trop de fruits. « C’est la fiesta », a résumé Mark.
Prendre le petit-déj dans le jardin en regardant Bunny, la lapine de la voisine, bouger son nez et grignoter les herbes sèches.
Observer Mark couper ses rosiers en pyjama. Le photographier cueillant une figue sur l’arbre. Le trouver charmant.
Me dire qu’en ce moment et depuis des mois, je n’ai pas de gros problème. Ni maladie grave, ni deuil, ni catastrophe. Mes parents vont bien. Ressentir l’absence de poids, remercier l’univers.
Choisir, sur une suggestion de Charlotte, le nom de cette nouvelle rubrique, devant un café en écoutant Sade.
Un matin sur deux, laisser fondre sur ma langue les petites cuillerées de trois jaunes d’œufs brouillés (mon organisme ne digère plus les blancs).
Humer mon infusion fraises-vanille-pamplemousse chez la coiffeuse, avoir une demi-heure de lecture devant moi, le temps de pause de ma coloration.
Suivre des yeux un couple de colombes s’envoler dans le ciel. Pouffer de rire en écoutant Mark imaginer leur dialogue.
Demander sur WhatsApp à mon copain Bob s’il a écouté le nouvel album de Tricky. Réécouter Blowback. Me souvenir que c’est l’un de mes albums préférés ever.
Déguster une salade composée en tête-à-tête avec mon père qui me raconte ses histoires de kiné. Scruter ses prunelles pétillantes, ses sourires surpris. Tout enregistrer pour plus tard.
Courir au lever du soleil le long des jets d’eau qui arrosent les champs de maïs, I Feel Good dans les oreilles.
Réclamer des photos de vacances à mes amies sur WhatsApp. Voyager avec elles par procuration.
Regarder le coucher de soleil rose et bleu avec Mark, sortir dans la rue pour mieux le voir virer au rouge.
Au retour de Gustave, me délecter du récit de son périple en Corse. Rester éblouie par son talent de conteur.
Ouvrir un nouveau Cercle d’écriture, guetter la première participante, l’accueillir. Lui demander si elle me voit et m’entend bien, rituel qui m’ancre dans ce moment béni où j’ai fini ma préparation et où il n’y a plus qu’à transmettre et converser.
Entendre la pluie tomber par la fenêtre ouverte alors que je suis en train de sombrer dans ma sieste.
Me féliciter d’avoir shazamé Self Aware de Temper City dans la voiture de Tim.
*
Cette liste vous a donné envie de dresser la vôtre ? Tant mieux !
Pour vous encourager à écrire (ma mission dans la vie), j’ai eu l’idée d’un jeu:
Racontez-moi une ou plusieurs de vos douceurs ordinaires sur la carte postale de votre choix.
Envoyez-la-moi par la poste à :
Géraldine Dormoy
13, avenue d’Aygu
26200 Montélimar
Il s’agit de l’adresse professionnelle où je reçois mon courrier.
À chaque nouvelle lettre de mes Douceurs ordinaires, je choisirai parmi les cartes reçues celle qui m’aura le plus touchée et je la présenterai ici et sur Instagram. Son auteur ou son autrice recevra en cadeau un abonnement d’un an à ma lettre dominicale payante. N’oubliez pas de m’indiquer votre adresse mail (elle sera masquée sur la photo).
Vous pouvez bien sûr, aussi, partager vos douceurs ordinaires du moment dans les commentaires.
*Le groupe WhatsApp Matières à réflexion est réservé aux personnes ayant souscrit à un abonnement annuel à ma newsletter payante, ou ayant suivi au moins un de mes Cercles ou Ateliers.
Un Cercle pour faire de l’économie de moyens un tremplin.
L’inscription à 15€ vous donne accès au live, au replay, au support écrit, au groupe WhatsApp du Cercle.
Les replays du Cercle “Quelle est ma priorité pour 2026-2027” (15€) et de l’Atelier “Créer mon vision board pour 2026-2027” (44€) sont encore disponibles pour quelques jours :

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