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The Frenglish Girl · Aug 9, 2025

Expatriée ou immigrée ?

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Mélanie Stevenson · The Frenglish Girl

Bienvenue dans le carnet de bord d'une Française au Royaume-Uni depuis 15 ans. Votre dose de conseils, humour et réconfort - chaque samedi.

Il y a quelques semaines, j’ai publié une vidéo dont le thème était anodin mais qui a pourtant déclenché une montée de commentaires acerbes sur mon compte Instagram.

À moins de vivre au fin fond d’une grotte, on a tous connaissance des fameux haters qui pullulent sur les réseaux sociaux et ce n’était pas la première fois que je faisais l’expérience de commentaires désobligeants. Mais c’était la première fois que ça prenait une telle ampleur et que ça m’affectait autant.

La raison de cette vague de méchanceté ? J’ai osé utiliser le terme expat pour me définir.

Je n’ai rien contre la critique, tant qu’elle est constructive. Mais dans ce contexte, vous pouvez imaginer que la plupart de ces anonymes n’ont pas livré leur message avec l’esprit curieux qui pourrait favoriser un débat positif.

Pourtant, parmi eux, une l’a fait. Au lieu de simplement déverser sa rage, elle a pris le temps de m’expliquer qu’utiliser le terme expatrié pouvait être problématique pour les personnes qui, comme moi, sont ici depuis de nombreuses années.

Depuis, j’ai pas mal cogité sur la question et aujourd’hui je vous partage mes réflexions sur le sujet : pourquoi j’ai utilisé ce terme d’expat, pourquoi les mots qu’on choisit ont un impact, pourquoi les étiquettes ne peuvent retranscrire une réalité complexe.

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D'après Le Robert (le dictionnaire - pas mon grand oncle), la définition première du mot expatrié est :

Personne qui a quitté sa patrie volontairement ou qui en a été chassé.

Dans la définition de base il n’y a donc ni notion de provenance, ni de profession, ni de durée.

Mais il existe également une deuxième définition :

Personne qui travaille à l'étranger pour le compte d'une entreprise de son pays d'origine.

Étonnament, il n’y a pas de notion de temps non plus mentionnée ici, alors que ce sont les contrats d’expatriation - le plus souvent temporaires - qui semblent être la source même du débat. Pour le grand public, “expatrié” semble signifier partir à l’étranger, mais pour une durée définie.

Quant au mot immigré, il se présente ainsi :

Personne qui est venue de l'étranger, par rapport au pays qui l'accueille.

Si on se base sur ces définitions, je suis donc une expatriée ET une immigrée.

Mais pour beaucoup, il semblerait qu’il faille choisir entre l’un ou l’autre, car dans l’imaginaire collectif, on voit les choses ainsi :

Expatrié = Privilégié. Temporaire. Venu par choix.

Immigré = Précaire. Permanent. Venu par contrainte.

La réalité, c’est que ces mots traduisent des vérités bien plus complexes que ça, et qu’en tant que personne vivant en dehors de son pays d’origine, on ne se définit pas soi-même avec ces termes. On les entend aux infos, on les voit en ligne, mais on ne les utilise pas dans la vie de tous les jours. Si je dois réfléchir à comment je me présente aux autres - en France ou au Royaume-Uni - je dis simplement que je suis une Française vivant en Angleterre.

Toujours est-il que pour me présenter de façon plus concise sur les réseaux, j’ai raccourci ça sous la dénomination d’expat.

L’ironie, c’est que lorsque j’étais fraîchement arrivée ici, je me distançais volontairement de ce terme. Vous n’êtes sûrement pas sans savoir qu’il existe une forme de jalousie (et d’ego) de la part de ceux qui se sont installés ici par leurs propres moyens envers ceux arrivés sous “contrats d’expat” avec les avantages logistiques et financiers que l’on connaît. Maintenant que j’ai plus de recul, je réalise cependant que s’installer à l’étranger ce n’est simple pour personne. Il y a des avantages et des inconvénients dans les deux scénarios.

Aujourd’hui, s’il arrive que je doive choisir entre expatrié et immigré, j’ai tendance à choisir la première option. Parce que j’ai factuellement quitté ma patrie volontairement, mais aussi, parce que comme beaucoup de monde, j’associe ce terme avec une image type : venant d’un pays occidental, blanc, avec un diplome et un poste qualifié. Et je coche toutes les cases.

Je n’aime pas être associée à la notion de privilège, car j’estime avoir travaillé dur pour obtenir ce que j’ai aujourd’hui, mais le fait est qu’en comparaison de ceux que le public décrit comme immigrés, je suis objectivement bien lottie.

Pourtant, la définition officielle d’immigré ne prend pas en compte le niveau de vie. Pourtant, la perception publique d’expatrié y appose une expiration après quelques années et je suis là depuis 2009. Alors pourquoi je choisis de me qualifier ainsi ?

Un des freins me semble être le fait que je n’avais jamais imaginé faire ma vie ici au départ. Les années se sont enchaînées et, dans un coin de ma tête, tout cela restait temporaire. Puis il y a eu John, le mariage, notre bébé. Et même s’il est désormais très clair que mon futur se construit en Angleterre, mon cerveau ne semble pas avoir fait la mise à jour.

De la même façon que j’ai toujours l’impression d’avoir 27 ans (alors que je viens de célébrer mes 40), dans ma tête, je suis restée coincée sur ce statut de personne en transit alors que je sais bien tous les changements qui ont eu lieu.

Dans les médias, le mot immigré est clairement stigmatisé des deux côtés de la Manche. Il peut alors être intimidant de se présenter de la sorte quand le terme est présenté comme un problème dont il faut se débarasser.

Mais en choisissant de se définir comme expat, on participe involontairement à une invisibilisation de l’expérience migratoire réelle. Or, nous sommes en mesure de participer à la réhabilitation de cette appellation - pour le bien de tous.

Les Unes des journaux font le plus souvent référence à l’immigration illégale, qui ne représente pourtant qu’une minuscule partie des entrées sur le territoire et qui devrait, avant tout, faire appel à notre empathie envers ceux contraints de tout quitter pour venir sans papiers.

Pourtant, un sondage de YouGov publié cette semaine montre qu’un soutien marqué pour les politiques anti-immigration radicales est fortement lié à une surestimation du niveau d’immigration illégale au Royaume-Uni.

Il ne donc faut jamais perdre de vue que la quasi totalité de l’immigration au UK se fait dans un cadre autorisé et que la contribution des 10.7 millions de résidents légaux nés à l’étranger - incluant la nôtre - est indispensable au bon fonctionnement et développement de l’économie britannique.

Les immigrés sont souvent tenus responsables de toutes sortes de problèmes (logement, emploi, sécurité), alors que les expatriés ne sont jamais vus sous cet angle. Il existe donc bien une hiérarchisation implicite des immigrés, fondée sur des critères de classe et de race.

Se reconnaître collectivement sous un même terme prend part à lutter contre les stéréotypes pour rappeler que nous sommes des milliers à contribuer à ce pays de par nos métiers, nos taxes et notre implication dans la vie locale.

Quand on vit durablement à l’étranger, se définir comme immigré c’est alors prendre la position de refuser les doubles standards et d’affirmer sa solidarité avec tous ceux venus d’ailleurs qui ont fait le choix de construire leur vie ici.

Néanmoins, il reste, dans mon cas, la question de quel terme utiliser pour se faire connaître quand on veut partager son expérience sur la vie à l’étranger. J’en ai parlé plusieurs fois déjà, je suis marketeuse de métier. Je connais donc bien l’importance des mots que l’on utilise pour être découvert sur internet.

La réalité des choses, c’est que le mot “expatriation” est le plus approprié lorsque je m’adresse à un public français souhaitant en apprendre plus sur la vie au Royaume-Uni. Pour la continuité de cette newsletter, je me dois alors de jouer le jeu de l’optimisation SEO, des balises meta et des hashtags.

Mais là où j’ai dorénavant appris à adapter mon discours, c’est lorsque je m’adresse en anglais. Je me sens nouvellement investie de la mission de porter une vision plus réaliste de la pluralité que recouvre le mot immigré, en tant qu’exemple vivant de l’immigration.

Quoi qu’il en soit, il n’est pas simple d’être satisfait d’un mot pour se définir. La vie à l’étranger se traduit par tant de situations et de ressentis individuels qu’un mot à lui seul ne peut saisir la complexité de cette expérience.

Ce que je n’aime pas dans les mots expatrié et immigré, c’est qu’ils ne traduissent que le déplacement physique d’un point A vers un point B, sans capturer l’ambiguïté interne qui se joue pour nous avec un esprit sans cesse à cheval sur deux pays.

En commençant à écrire cet essai, j’avais honte de ne pas m'être posée toutes ces questions plus tôt. Et puis, j’ai réalisé que j’avais entamé un semblant de réflexion quand j’ai choisi un nom pour ce projet - The Frenglish Girl - il y a un peu plus d’un an.

J’ai eu bien du mal pour me décider sur un terme qui puisse retranscrire les deux facettes de cette expérience biculturelle. J’avais déjà eu du mal avec ça à l’époque de la création de ma boutique Etsy : Froggie & Rosbif.

Cette fois encore, je voulais idéalement un seul mot qui fasse référence à la France et l’Angleterre, mais sans utiliser la notion de nationalité puisque je n’ai légalement pas la dual-citizenship. C’est alors que mon choix s’est porté sur “frenglish”.

À noter que ce que je n’avais pas pris en compte, c’est combien frenglish est difficile à prononcer ! J’ai eu l’occasion de participer à plusieurs podcasts cette année, et à chaque fois, il a fallu que l’hôte réenregistre l’introduction pour pouvoir le dire d’une traite. Oups.

Je continue pourtant d’adorer cette dénomination. Être “frenglish”, ce n'est ni une nationalité, ni une langue officielle. C’est le mot-valise informel qui me semble s’approcher au plus près de la réalité indéfinissable de ceux dont le coeur appartient à ces deux pays. Je suis (et serai) toujours française dans l'âme, mais en parallèle, je suis devenue British sur beaucoup de points après avoir assimilé la culture de mon pays d’accueil depuis bientôt 16 ans.

C’est le mot que j’affectionne le plus pour me définir mais je fais consciemment bien plus attention maintenant à adapter mon discours - et le vocabulaire associé - en fonction du contexte dans lequel je parle. Et vous, qu’est-ce que ces différents termes utilisés pour nous décrire vous évoquent ?

Laissez un commentaire.

À la semaine prochaine,

Mélanie

Read the original on frenglishgirl.substack.com

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