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Myriades \ Francis Pisani · Jan 21, 2026

Groenland? Parce que tel est son bon plaisir! ≈081

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Francis Pisani · Myriades \ Francis Pisani

Bonjour et Bienvenue,

Nous nous demandons tous ce que Trump va faire au Groenland.

Ça fait partie de sa méthode. Distraire. D’autant plus efficacement que la menace est réelle.

Mais l’important, comme toujours, semble ailleurs et je vous propose de l’aborder par un détour. Les questions directes étant rarement la bonne façon d’obtenir une réponse utile.

Et si la piste se trouvait du côté de pulsions, de projets monarchiques ?

Image publiée par le très sérieux Globe and Mail canadien

Pas facile à suivre parce que tout se présente à l’envers.

Je dois dire qu’une des gymnastiques intellectuelles les plus difficiles pour moi consiste à voir les néocons (ceux qui, avec Trump, veulent briser le système d’hier) comme des « révolutionnaires » d’aujourd’hui.

J’écris ce texte un 20 janvier, jour anniversaire du retour de Trump au pouvoir, mais le publierai un 21 janvier.

C’est la date de la décapitation de Louis XVI, symbole de la détermination des sans-culottes à ne pas revenir en arrière. Message facilement compréhensible par tous les monarques européens de l’époque.

L’équipe Trump a compris que c’est un geste nécessaire à toute révolution et c’est ce qu’il fait symboliquement - en enlevant un chef d’État (illégitime, mais ça pourrait n’être qu’un début) - et, à l’envers, en s’entourant de symboles royaux. puisqu’il s’agit d’une révolution inversée.

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Commençons par la périphérie. Que se passe-t-il si nous envisageons que les trois faits suivants dessinent un début de tendance (beaucoup plus intéressant, il me semble, que de les classer comme signaux faibles isolés).

  • Nous avons d’une part la tentative de retour du shah d’Iran qui, s’il n’a pas à montrer son pédigrée, a fait preuve de son allégeance au mouvement néocon en participant à plusieurs de leurs réunions (Hudson Institute et Foundation for Defense of Democracies, entre autres).

  • D’autre part, dans la situation caricaturalement inverse, Jordan Bardella, fils d’un prolétaire turinois, qui s’affiche de la façon la plus visible possible avec une princesse descendante d’une branche des rois de France contre laquelle la république s’est constituée, Maria Carolina de Bourbon des Deux-Siciles. Ce roi français de la communication politique, possible président de la république, ne laisse rien au hasard, notamment le fait qu’elle frise les 200.000 followers sur Instagram et qu’elle est milliardaire. Ça peut toujours servir.

  • Et Trump dans tout ça ? Il y travaille aux yeux de tous en agrandissant la Maison Blanche d’une salle de bal sensée rappeler la Galerie des glaces, en mettant de l’or partout à commencer par dans sa résidence de Mar-a-Lago. Bref, en faisant de ses résidences des mini-Versailles de mauvais goût mais susceptibles de fournir un cadre à la hauteur de ses ambitions de pouvoir absolu. Car c’est bien de cela qu’il s’agit et la monarchie en est le meilleur support.

Je crains qu’il ne s’agisse pas que de forme et de dorures.

N’a-t-il pas expliqué récemment au New York Times que son guide dans l’application prudente de la violence qu’il pratique librement est « sa propre moralité ». Ça fait penser à la formule des édits royaux utilisée pour qu’il soit bien clair que le roi, en tant que souverain de droit divin, n’a de comptes à rendre à personne et que sa volonté est la loi suprême. Une des formes courantes étant « Parce que tel est notre bon plaisir… »

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Ainsi l’offensive, pour le moment verbale, contre le Groenland est une manifestation patente de l’arbitraire d’un monarque qui fait des territoires ce que bon lui semble. Un des exemples les plus clairs se trouve dans les relations de la Louisiane avec nos propres monarques absolus. Louis XIV la cède ou la reprend aux Espagnols suivant son bon plaisir et l’empereur la vend aux Américains.

Ces faits me semblent assez significatifs pour qu’on les qualifie de « faitincellles », mot que j’ai déjà utilisé pour signaler ceux qui peuvent déclencher des enchaînements explosifs.

Gauche: future salle de bal de la Maison Blanche (BBC). Droite Mar-a-Mago (Trum.com)

Je note au passage qu’une partie de l’opposition américaine à la dérive d’extrême droite manifeste sous le slogan « No Kings », en référence à la fondation même des États-Unis contre la couronne britannique.

Du passé tout ça ?

Oui et non.

Idéologue MAGA des plus virulents, Curtis Yarvin pousse à l’établissement d’un modèle dans lequel les entreprises sont dirigés par des CEO travaillant comme des monarques absolus et que l’État doit fonctionner comme une entreprise privée. Sa formule : « CEO Monarchy », la monarchie d’entreprise (et vice versa).

Les premiers pas sont clairs mais ne lui suffisent pas. Proche du vice-président JD Vance, il pousse l’équipe en place à établir un régime de parti unique possédant un pouvoir absolu et fonctionnant avec une discipline militaire. Faute de le faire en 2026, dit-il, Trump aura échoué. Et il est inquiet.

Les trois piliers de la sagesse… Photo Républicain-Lorrain.fr...

Si nous ne croyons pas à la monarchie, à sa capacité de séduction aujourd’hui, à sa viabilité, reconnaissons la fascination du pouvoir absolu du « locataire de la maison Blanche » comme disent nos médias. Ne fait-il pas tout pour limiter le système de checks and balances sur lequel repose ce qu’il reste de démocratie américaine?

Je suis de plus en plus convaincu que les midterms ne se dérouleront pas normalement. A ce que j’ai déjà dit s’ajoutent la prise de contrôle accrue de pans entiers du dispositif juridique américain avec les avanies causées à Jerome Powell, le président de la FED, par la ministre de la justice et le fait, entre autres, que les juges d’appel nommés par Trump se prononcent neuf fois sur 10 en sa faveur.

Le bon plaisir des monarques peuvent les conduire à des excès inacceptables, éventuellement sources de révolution (je pense à la Bastille où l’on vous enfermait « parce qu’il plaisait » au roi) mais aussi de ridicule scandaleux comme cette grande dame qui, selon Rousseau, aurait conseillé au peuple de manger des brioches à défaut de pain.

L’association ici va dans le sens de Don 1er écrivant au premier ministre norvégien qu’il a décidé de s’approprier le Groenland parce que l’institut Nobel a refusé de lui donner le prix de la paix. Le ridicule étant qu’il a accepté avec un grand sourire, à défaut du prix, la médaille de María Corina Machado, qui l’a remportée.

Pas sûr qu’il se contente - ou que son entourage le laisse se satisfaire - de dorures et de la puissance que lui confèrent les Delta Force qui ont kidnappé Maduro, les B2 qui ont bombardé l’Iran et d’ICE, son armée-hors-des-forces-armées au budget presque illimité…

Quête du pouvoir absolu ?

Qui s’épuise toujours.

Ouverture à la résistance…

Read the original on francispisani.substack.com

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