Bonjour chers lecteurs,
Pour ceux qui ne le savaient pas, nous allons passer deux mois aux États-Unis cet été. Les préparations sont un peu stressantes, mais c’est toujours une grande joie de revoir notre famille et nos amis.
Tout ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faîtes-le de même pour eux, car c’est la loi et les prophètes.
Ainsi la fameuse règle d’or comme formulée par Jésus en Matthieu 7.12. Ce principe se trouve dans plusieurs traditions religieuses et éthiques, comme par exemple dans le bouddhisme, mais la version de Jésus est particulière en étant la version « positive. » Plus souvent on trouve la version « négative, » c’est à dire, « Tout ce que vous ne voulez pas que les gens fassent à vous, ne le faîtes pas à eux. » Voici les commentaires d’un auteur bouddhiste sur cette différence :
Il se trouve, cependant, que la formulation qu’emploieraient les éveillés est l’une de celles que la philosophie occidentale a rejetées : « Ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu’on te fasse. » Si cette formulation a généralement été négligée dans la philosophie occidentale, c’est parce que la formulation positive est considérée comme étant plus… eh bien, positive. Tandis que la formulation positive nous inciterait à agir concrètement, la formulation négative paraît passive. Pourtant, cette réaction habituelle omet de prendre en compte le fait que la formulation positive nous confronte toujours à des problèmes insolubles — des problèmes qui, tout simplement, ne se posent pas avec la formulation négative. […] La formulation positive vous dit ce que vous devez faire. La formulation négative, elle, n’est pas prescriptive.
Steve Hagen, Buddhism Plain and Simple. The Practice of Being Aware Right Now, Every Day, p. 99.
Selon Steve Hagen, la version positive de la règle d’or est impracticable parce qu’elle mène à des conclusions ridicules. Est-ce que j’aimerais que mon prochain me donne 100 euros ? Si oui, je suis obligé de lui donner 100 euros. Ou est-ce que j’aimerais qu’il me donne 200 euros ? 1000 ? Tout son argent ? Où se trouve la limite ? À quel moment aurais-je accompli le commandement ? Comme je voudrais toujours recevoir plus, je n’aurais pas fini de donner avant qu’il ne reste plus rien.
Par contre la formule négative ne rencontre pas ces difficultés. Ce principe est satisfait quand j’abstient simplement de faire tort aux autres. Je reste dans mes limites, mais j’ai le droit de continuer à avoir ma propre existence. Et si seulement tout le monde agissait selon ce principe, nous serions tous en harmonie, chacun respectant les autres autour de lui.
Alors, faut-il conclure que la formulation négative est supérieure ? Ou est-il possible que l’on a mal interprété la recommendation de Jésus ?
En effet, en voulant pousser la logique apparente de la règle d’or jusqu’aux absurdités, on est passé à côté du cœur de l’enseignement de Jésus. L’erreur, c’est de prendre la règle d’or comme si c’était une loi mécanique alors que c’est réellement un principe de vie. Nous les occidentaux, nous aimons bien les lois mécaniques. Nos codes juridiques sont construits de cette façon où on s’attend à ce que le texte de la loi soit appliqué mécaniquement comme une formule mathématique. Ce n’est pas mauvais en soi. Parfois l’intention d’une loi est contrariée par l’interprétation stricte du texte, mais en somme la société bénéficie quand l’application de la loi tend vers l’objectivité où c’est le texte qui compte plus que les opinions des juges.
Par contre, les lois et les commandements bibliques ne fonctionnent pas de cette manière. Les lois bibliques ont plutôt pour but d’établir un principe qui (1) n’est pas limité à l’application précise dans le texte de la loi, et (2) est limité par les autres principes établis par l’ensemble des lois. Alors la loi mosaïque ne propose pas de loi précise pour chaque situation possible, mais l’intention est que les principes qui sous-tendent les lois explicitées soient appliqués à des situations où il n’y a pas de loi explicite. C’est plus flexible, et ce qui est plus important, cela vise plus le cœur que simplement les actes externes.
Et c’est le cœur qui intéresse Jésus. Il n’a aucune intention de proposer une règle de conduite qui peut être appliqué mécaniquement en faisant abstraction de l’état du cœur. Si effectivement je donnais tout mon argent à mon prochain, tout en le détestant dans mon cœur, je n’aurais pas du tout accompli la règle d’or de Jésus. L’éthique de Jésus en sa globalité ne propose ni un minimum à faire pour être « en règle, » ni un maximum où les gens pourraient se vanter d’avoir tout fait. L’éthique de Jésus nous pousse à adopter une toute nouvelle perspective, et de se poser non pas la question « Que dois-je faire ? » mais plutôt « Que puis-je faire ? » Ce n’est pas une éthique conçue pour régler la société, mais pour inspirer ceux qui ont été transformés par l’amour de Dieu de retransmettre le même amour par leur propre vie.
Et c’est ici que la règle d’or positive montre toute sa supériorité à la version négative. Cette dernière propose des frontières raisonnables. Tant que je reste au-dedans de mes frontières je n’ai pas fait tort à mon prochain. Je ne lui ai fait aucun bien non plus, mais ce n’est pas nécessaire. Je peux aller au-delà si cela me plait, mais la « règle d’or » négative peut être satisfaite par une négligence parfaite de mon prochain.
Quant à Jésus, il supprime la frontière. Jésus me pousse vers mon prochain : Quel bien puis-je lui faire ? Comment puis-je l’aimer ? Comment le faire comprendre que Dieu est amour et qu’il est en train d’établir son royaume sur terre ? Jésus ne nous enseigne pas comment poursuivre notre propre éveil privé, mais plutôt la façon que nous devons être sel et lumière dans un monde sombre et pourri.
Vue de cette manière, il se voit que Hagen a tout à fait raison de constater que la règle d’or de Jésus n’a pas de limite raisonnable. Elle n’en a pas, et c’est voulu parce que l’amour de Dieu n’a pas de limite raisonnable. Au contraire, « Dieu prouve son amour envers nous, en ce que, lorsque nous étions encore des pécheurs, Christ est mort pour nous. »
J’ai terminé The Resurrection of the Son of God par N.T. Wright, et c’est un vrai accomplissement. En plus, je l’ai beaucoup apprécié.
Maintenant je lis Le Counseling biblique et les cas difficiles pour un cours de Master, livre très intéressant, et j’ai commencé Le comte de Monte Cristo.
Très touchant comme vidéo, et (à mon avis) une bonne nouvelle pour cet été.
~
Ne savez-vous pas que ceux qui courent dans le stade courent tous, mais qu’un seul remporte le prix ? Courez de manière à le remporter.
1 Corinthiens 9.24
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