Ces derniers temps, on a pu assister à une mise en lumière plus conséquente des violences faites aux enfants. Ce gain de visibilité sur ce sujet sensible a entraîné un boom des prises de conscience du côté du public, ce qui, dans un certain sens, est une bonne chose.
On me dit dans l’oreillette que la lettre est potentiellement trop longue au format email, n’hésitez pas à la lire directement sur Substack ou à lire le PDF ici.

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Voir de plus en plus de personnes réagir m’apparaît être une bonne nouvelle. Néanmoins, je crois qu’il est nécessaire de dépasser et de transformer cette indignation en actions pour faire de la protection des enfants un sujet central et prioritaire au même titre que celui de la santé mentale.
Après l’émotion, vient l’action.
Je crois que chaque mouvement peut apporter un profond changement dans la situation actuelle. Aucun geste n’est trop petit lorsqu’il s’agit de protéger un enfant.
Nos enfants sont les adultes de demain, et pour cette année 2026, je rêve d’un renouveau pour la protection des bambins.
Dans cette édition, je vous propose donc d’explorer les différentes possibilités qui existent pour porter la voix de nos bambins, et agir en leur faveur.
Avertissement de contenu : Cette newsletter aborde les différentes formes de violences faites aux enfants, avec des descriptions factuelles qui peuvent être difficiles à lire pour certaines personnes, notamment les survivant.e.s d’abus. Prenez soin de vous pendant cette lecture ou sautez la Partie 1 : “Les violences faites aux enfants : tour d’horizon de ses différentes formes.”
Au programme :
• Comprendre les violences faites aux enfants : leurs formes, leurs mécanismes, leurs impacts (cf. avertissement de contenu : à zapper si vous le souhaitez)
• Transformer l’indignation en engagement durable
• Trouver sa juste place : agir sans s’épuiser émotionnellement
• Commencer là où tout se joue : le lien et le dialogue avec nos propres enfants
• Mieux connaître les espaces à risque (écrans, réseaux sociaux, jeux en ligne) pour prévenir avec discernement
• S’entourer et faire équipe : associations, formations, mobilisation au sein des écoles
• Allons plus loin, ensemble !
Et c’est parti !
Elles ont, hélas, plusieurs visages. Elles peuvent atteindre l'intégrité physique, psychique ou sexuelle de l'enfant, avec des conséquences souvent graves et durables.
On estime que 160 000 enfants sont victimes de violences sexuelles chaque année en France, ce qui représente un enfant toutes les trois minutes. 1
Il est possible de catégoriser ces violences de la manière suivante :
A. Les violences sexuelles
Le viol et l'agression sexuelle : le viol est défini par tout acte de pénétration sexuelle ou acte bucco-génital commis avec violence, contrainte, menace ou surprise. L'agression sexuelle désigne une atteinte sexuelle sans pénétration imposée par les mêmes moyens.2
L'inceste : il s'agit de violences sexuelles commises au sein de la famille. Dans 81 % des cas de violences sexuelles, l'agresseur est un membre de la famille.3
Le climat incestuel : cette forme de violence psychologique ne comporte pas forcément d'acte génital physique, mais expose l'enfant à la sexualité adulte par des attitudes déplacées, des confidences intimes, l'exhibitionnisme ou l'exposition à la pornographie.
Les mutilations sexuelles : elles incluent la clitoridectomie (excision) et la circoncision forcée ou le décalottage forcé, qui entraînent des lésions irréversibles.
L'exploitation sexuelle et la cyberviolence : cela comprend la prostitution juvénile, le recours à des réseaux pédocriminels, ainsi que la diffusion de contenus pédopornographiques, le grooming (hameçonnage en ligne) ou l'envoi de sextos non consentis.
B. Les violences physiques et psychologiques
Violences physiques : elles englobent tout acte mettant en danger l'intégrité corporelle de l’enfant,
Violences psychologiques : elles sont constituées d'actes répétés comme les humiliations, les dénigrements, les insultes, les menaces ou le chantage par exemple,
La négligence : elle survient lorsque les besoins fondamentaux de l'enfant (alimentation, soins, hygiène, sécurité affective) ne sont pas satisfaits par les adultes responsables,
C. Les violences institutionnelles
Ces violences se produisent dans des cadres où l’enfant devrait être protégé, comme les établissements scolaires, les clubs sportifs, les institutions religieuses ou encore les lieux de soins par exemple.
Elles peuvent être le fait de professionnels abusant de leur autorité ou d’une gestion interne qui privilégie la protection de l’institution au détriment de la victime.
D. Cas spécifiques de vulnérabilité
• Enfants en situation de handicap : ils sont particulièrement exposés, avec un risque 2,9 à 4 fois plus élevé d’être victimes de violences sexuelles que les autres enfants4. Pour les enfants ayant des troubles cognitifs, ce risque est 4,6 fois supérieur.
• Troubles du Spectre de l’Autisme (TSA) : les jeunes autistes sont plus souvent victimes de harcèlement scolaire (intimidation verbale, physique ou relationnelle) et de violences sexuelles, car il leur est parfois difficile de décoder les intentions d’autrui ou de doser leur méfiance.
Toutes ces violences provoquent un psychotraumatisme qui se manifeste par des reviviscences, des comportements d'évitement, une dissociation ou des troubles physiques et psychiques graves (dépression, tentatives de suicide, troubles alimentaires).
L’indignation collective est un signal puissant : de plus en plus de personnes refusent l’inacceptable. Elle témoigne d’une prise de conscience réelle et croissante face à cette situation critique.
Toutefois, prendre conscience du problème n’est pas suffisant. Il est essentiel de passer à l’étape suivante en imaginant ensemble les actions concrètes qui peuvent contribuer à la prévention et à une meilleure prise en charge des victimes.
Une des clés pour y arriver est de dépasser les différentes émotions que peuvent susciter en nous ces actualités peu réjouissantes. Et sur ce point, nous ne sommes pas toutes et tous égaux. C’est parfaitement normal.
Agir pour l’enfance est un chantier à la fois individuel et collectif.
Cela demande une maturité émotionnelle pour se positionner en faveur d’une enfance protégée, avec le plus de sérénité possible.
Cela implique d’avoir pris le temps d’accueillir ses propres blessures, ses propres traumas, et d’avoir été accompagné.e (quel que soit le parcours emprunté) pour apaiser ses réactions émotionnelles et trouver l’ancrage nécessaire pour co-construire un avenir plus sûr, sain et bienfaisant pour nos bambins.
C’est une question que je me suis posée car j’avais une tendance “éponge émotionnelle”.
Si vous vous interrogez aussi à ce propos, vous êtes déjà sur la bonne voie. Pourquoi ? Eh bien parce que vous ne foncez pas tête baissée sans tenir compte des écueils qui peuvent découler d’une hypersensibilité par exemple.
Pour agir sans s’épuiser émotionnellement mais aussi physiquement, il est essentiel, à mon sens, de faire le point sur plusieurs aspects.
Voici les questions essentielles à se poser :
Vos motivations profondes : pourquoi je veux aider ? Qu’est-ce qui me pousse à vouloir agir ?
Votre histoire, vos propres traumas : où est-ce que je me situe dans le processus thérapeutique, d’accueil ?
Votre sensibilité émotionnelle : sans faire de généralités, il existe des tendances comme l’hypersensibilité ou le militantisme par exemple.
Vos valeurs et points de vigilance : toutes les approches ne se valent pas, certaines résonneront avec vos convictions, tandis que d'autres s'en éloigneront, et certaines iront carrément à l'encontre du bien-être des enfants. Clarifier votre positionnement à la lumière de vos valeurs, de votre histoire et de votre vision, tout en aiguisant vos capacités de discernement, vous permettra de rediriger vers des ressources saines et d'identifier les signaux d'alerte.
Le temps à consacrer à cette cause : bénévolat ? Formations professionnelles ? Sphère personnelle (sensibiliser et éduquer chaque membre de sa famille, dont ses enfants) ?
Vos stratégies pour rester ancré.e et vous régénérer : activités sportives, écriture, chant, lecture, sorties en nature, hygiène de vie équilibrée, supervision…
Une fois que vous estimez avoir gagné en clarté sur votre souhait d’agir, il sera intéressant de clore cette exploration de la manière suivante : “Qu’est-ce qu’à mon niveau je peux apporter à cette cause ? Comment cela pourrait-il s’exprimer ? De quoi ai-je besoin pour avancer dans ce projet ?”.
Ces étapes sont pour moi incontournables quand on veut s’engager dans un sujet sensible.
Savoir entretenir le lien avec nos enfants est la première action, incontournable, pour prévenir toutes les formes de violences.
En cultivant votre relation au quotidien et en rappelant régulièrement à votre enfant que vous êtes là pour l'écouter, sans jugement ni colère, vous lui permettrez de se sentir en sécurité à vos côtés.
Il est également essentiel d’apprendre à nos enfants, dès le plus jeune âge et de manière adaptée, à distinguer les situations à risque, qu’elles soient en ligne ou dans la vie réelle, des situations relevant du soin (médecin avec supervision parentale, toilette assurée par une personne de confiance). Sur ce dernier point, rien n’est figé dans le temps. Une personne de confiance ne l’est pas forcément “pour toute la vie”.
Cette sensibilisation peut, et doit, passer par une explication claire de ce que sont les lignes rouges : celles qu’un adulte ne doit en aucun cas franchir.
Autrement dit, il est essentiel de dire à l’enfant ce que les adultes n’ont pas le droit de faire à son égard (dont les techniques d’intimidation). L’enfant n’a donc pas à consentir dans ces situations, et doit surtout pouvoir identifier très rapidement les personnes à alerter.
Enfin, faire l’économie de la prévention des violences sexuelles, par l’éducation affective, relationnelle et sexuelle, adaptée à l’âge de l’enfant, est, selon moi, extrêmement délicat à l’ère des écrans.
Et sur ce point, trop d’amalgames subsistent encore.
Dans la prévention des violences sexuelles faites aux enfants, il est primordial de connaître, un minimum, les différentes plateformes existantes dont celles utilisées par les enfants.
Je pense aux réseaux sociaux mais également aux jeux vidéo.
Alors bien sûr, connaître ces espaces ne signifie pas que vous deviez les maîtriser sur le bout des doigts, mais je vous invite à cultiver une curiosité pour leur fonctionnement :
mode d’interactions (commentaires publics, privés etc.)
mode d’affichage (feed en flux continu…),
mode de filtrage et de sécurité parentale,
gestion du temps de connexion,
déroulement des signalements,
etc.
Par ailleurs, connaître les techniques d’intimidation utilisées sur ces réseaux, comme le grooming (i.e sollicitation d’enfants à des fins sexuelles), est nécessaire pour affiner au mieux votre stratégie de sensibilisation auprès de votre/vos enfant(s).
Plus vous vous intéresserez à ce monde en ligne, meilleure sera votre stratégie de sensibilisation et donc, le dialogue avec votre/vos enfant(s) à ce propos.
Enfin, une règle incontournable pour que l’enfant se sente en sécurité pour vous parler : ne jamais le gronder d’avoir eu une conversation (même brève) avec un inconnu, d’avoir cédé à la panique etc.
Car l’objectif premier de votre démarche doit viser la confiance mutuelle et la transparence.
Face à l'ampleur du sujet, et de la tâche, il est normal de se sentir dépassé. La bonne nouvelle ? De nombreuses ressources existent pour vous accompagner.
Rejoignez des associations (ou soutenez-les par des dons, de la communication etc.) Exemple d’asso : Team Eunomie, Le monde à travers un regard, Our Rescue…
Formez-vous pour gagner en aisance et aborder le chantier avec douceur et assurance (IFASSI, Centre Sentiré…)
Faites du bruit autour de vous : sensibilisez vos proches, les autres parents, et n'hésitez pas à communiquer dans les écoles où vos enfants sont scolarisés. Parler de ce sujet, c'est déjà agir.
Enfin, rappelez-vous que nous sommes toutes et tous différent.e.s de par nos origines, nos cultures, nos héritages familiaux. Il est donc parfaitement légitime d'émettre vos réserves sur des approches qui ne vous conviennent pas, et de choisir les actions qui résonnent avec vos valeurs.
Votre engagement sera d'autant plus authentique et durable.
Où vous situez-vous dans cette question de sensibilisation et de prévention des violences faites aux enfants ?
Est-ce un sujet qui vous semble clair ? Confus ? Déjà intégré dans votre quotidien ? Ou encore délicat à aborder ?
Si cette lecture a fait émerger des questions, des craintes, voire des hésitations… écrivez-moi. En commentaire sous cette lettre ou en privé. Vos retours nourrissent profondément mes réflexions, et je prends toujours le temps de vous répondre.
Pour celles et ceux qui souhaitent aller plus loin :
Identifier les différences entre consentement et limites dans le SundaYum #2
Un guide “Enfants & Écrans” arrive prochainement pour vous aider à poser un cadre sécurisant, sans tomber dans la peur ni dans le contrôle excessif.
Des ateliers de sensibilisation et de prévention à destination des parents et des familles seront proposés dans les prochains mois.
Des cercles d’écoute pour les parents qui s’interrogent sur la manière d’aborder ce sujet, et la posture à choisir.
Des formations dédiées aux professionnels de l’enfance sont également en préparation. Si vous souhaitez me mettre en relation avec l’école de votre ou vos enfant(s), je serais ravie d’ouvrir la discussion.
Merci d’ouvrir cet espace de réflexion avec moi. Chaque prise de conscience prépare ouvre la voie à une action en faveur du bien-être des enfants plus juste.
La sensibilisation éclaire tandis que la prévention protège. Ensemble, elles nourrissent, selon moi, le lien, l’écoute et le respect. A travers cette dynamique, c’est une histoire de confiance qui peut se construire chaque jour avec nos enfants.
Envie de sensibiliser vos proches ? Partagez-leur cette lettre Et Boum la Vie ! by Chrystel Rija
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Guide de soutien à la pratique en milieu scolaire : Les comportements sexualisés chez les élèves présentant un TSA avec un besoin de soutien très important, une initiative de la Direction régionale de santé publique (DRSP) de Montréal et de l’organisme Autisme Montréal.

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