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emmanuel burdeau · Aug 21, 2026

Coach et chef – À propos des films de Ted Kotcheff

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emmanuel burdeau · emmanuel burdeau

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14 AOÛT

Mercredi prochain ressort un film semble-t-il très réputé que je n’ai pas vu et dont j’ignore à peu près tout : Wake in Fright, 1971. Réalisateur : Ted Kotcheff.

Une rétro TK a donc été entamée. Il eût été logique qu’elle commençât par là, par Wake in Fright, mais la méthode que j’ai tendance à privilégier consiste à procéder plutôt par cercles concentriques. « I prefer a slow encirclement », est-il dit dans To be or not to be.

Trois films vus coup sur coup. Uncommon Valor, 1983. Who’s Killing the Great Chefs of Europe ?, 1978. Split Image, 1982.

On connaît TK pour le premier Rambo, le fameux First Blood, dont plus personne ne songerait aujourd’hui à contester la beauté. J’ai souvent vu ce film et ne le reverrai pas (pas maintenant en tout cas).

Je connaissais également TK pour Fun With Dick and Jane, dont il y eut un remake en 2005 (en VF : Braqueurs amateurs), avec Jim Carrey et Tea Leoni. J’en fis une notule, élogieuse, mais surécrite, comme souvent à l’époque (on la trouvera ci-dessous, tout en bas). Le film original fut-il découvert à cette occasion ? Probablement. Avec le recul je n’en suis plus sûr. La notule n’en parle pas.

Une vision auteuriste de Kotcheff paraît, à ce stade en tout cas, acrobatique. Je note toutefois que Coursodon et Tavernier, à ma surprise, lui consacrent plusieurs pages : sacré livre que leur 50 ans de cinéma américain, quand même. Pages riches, insistant notamment sur le côte erratique de la carrière de TK, mais moins louangeuses qu’un premier survol semblait suggérer. J’apprécie que JPC et BT reconnaissent qu’il y a quelques films – non des moindres : Split Image et North Dallas Forty – qu’ils n’ont vu qu’en K7 et dans un mauvais format. Leurs idées sont rarement ébouriffantes. Leur savoir et leur modestie, eux, forcent l’admiration.

Je note aussi que, d’un Kotcheff l’autre, se répète un intérêt pour les logiques de groupe et l’endoctrinement, et donc aussi pour l’indépendance et le refus d’obtempérer, les figures de tête brûlée et de franc tireur. (First Blood, c’est déjà ça). Je m’attends cependant à ce que cette thèse d’une folle audace – par ailleurs partagée par JPC et BT – soit battue en brèche par les prochaines visions.

J’aime assez, je l’ai déjà dit, ces cinéastes de milieu de tableau. Ni auteurs, ni anonymes. Ni nuls, ni géniaux. Souples. Malléables. Têtus à leur manière.

Je les aime entre autres à cause des acteurs. Ici George Segal, redécouvert lors d’une rétro Herbert Ross (son duo avec Barbra Streisand dans The Owl and the Pussycat reste mémorable), dont j’ai fini par identifier la ressemblance qui m’obsédait : c’est avec Mathieu Amalric (le sourire, surtout). James Woods, éternel prince du veule. Jacqueline Bisset, qui me rappelle aussi quelqu’un, de ma connaissance cette fois.

Who’s Killing… ? est un film sur la cuisine. Le casting français est donc, logiquement, dingue. Noiret. Rochefort. Cassel Père. Balutin. J. Marin.

De ces trois premiers films, le plus intéressant est d’assez loin Split Image. Peter Fonda et ses yeux bleus jouent le gourou d’une secte. La difficulté de choisir entre un culte religieux sans doute déshonnête et une American Way of Life devenue pure vénalité est assez bien décrite. Et puis le père est joué par Brian Dennehy, le flic brutal de First Blood : cela ne saurait nuire.

Le rôle principal, lui, est interprété par Michael O’Keefe, à la fois athlète (gymnaste) et esprit fort, au début au moins. MOK tantôt évoque Mark Walhberg, tantôt Christophe Lambert.

Ces ressemblances entre acteurs à travers le temps appellent une interrogation : Est-ce que d’une génération à l’autre le cheptel est renouvelé de telle façon que les mêmes fonctions y soient occupées (le beau ténébreux, le macroniste infernal, le séducteur à mâchoire large, l’arriviste tout sourire…) ? Ou bien est-ce que ces fonctions elles-mêmes évoluent ?

15 AOÛT

Deux autres films (re)vus.

D’abord le très beau North Dallas Forty, 1979. Merci à Hervé d’Incognito – sans doute un pseudo –, sur Facebook, de m’avoir orienté en ce sens.

C’est un film sur le football américain. Le dopage, les fêtes, les blessures, le groupe, les amitiés et les inimitiés, la virilité, le coach braillard pour qui tout, in fine, se résume – déjà ! – à des stats : Kotcheff brasse tout cela avec une aisance déconcertante. Souplesse, décidément.

Grande, très grande scène dans les vestiaires avant un match décisif. L’un fume un cigare à bout plastifié – Burt Reynolds, dix ans plus tard, aura le même dans Switching Channels –, d’autres lisent la Bible, un quatrième mange la photo d’un adversaire, un cinquième tabasse le distributeur à Coca, un sixième dort, ou fume aussi, ou médite, ou se fait piquer, ou se repose sur le toit des casiers…

Et puis, avant d’entrer sur le terrain, le Monsignore – aperçu plus tôt en baskets, dans les gradins, à la coule, jambes appuyées sur le siège devant lui – qui tente une prière en se faufilant, tant mal que bien, parmi les armoires à glace agenouillées.

Rôle principal : le Depardieu de là-bas, Nick Nolte, grognant moins que dans d’autres films, mais toujours mal dégrossi, de sorte que son physique paraît parfois se préciser, dessiner ses contours en cours de plan, comme s’il devait sans cesse redécouvrir les lignes et les limites de son corps. Il est superbe.

Après réflexion, le plus beau personnage est secondaire. C’est le quarterback et meilleur ami de Nolte joué par le chanteur Mac Davis. Un modèle de suavité et de concentration. Aussi flegmatique sur le terrain qu’il est vestimentairement exubérant en dehors : veste en peau, stetson…

Ce qui frappe, chez ce personnage, c’est son intelligence. Une intelligence de sportif, de vedette, de stratège, que Kotcheff réussit à rendre sans jamais faire passer l’homme pour l’intello qu’il n’est sans doute pas.

Grand film ? Je ne sais pas. Mais pas loin. (Bien supérieur à celui d’Oliver Stone sur le même sujet).

Deuxième film (cinquième, en fait, de la rétro). Pas pu résister au plaisir de revoir Fun With Dick and Jane. Mis au chômage, un cadre successful se tourne, avec son épouse, vers les braquages. George Segal, déjà évoqué hier. Jane Fonda, toujours la pointe d’un sourire aux lèvres, à la fois supérieure et complice.

La morale serait double.

- Un : La société est déguisement, le monde est une scène, on passe d’un emploi, d’un travestissement à l’autre. L’époux va à l’ANPE en costard trois pièces, fait le figurant oriental à l’opéra… L’épouse est brièvement mannequin, démonstratrice de robes. La société comme carnaval : le propos n’est pas neuf, mais il n’y a pas grand risque qu’il soit jamais vieux. Le remake de 2005 le poussera d’ailleurs beaucoup plus loin.

- Deux : Le capitalisme, c’est le vol. Nous ne serons jamais que de petits bras, à côté des grandes corporations et de leurs magouilles. En 1977, ce discours était-il, lui, neuf ? Ou relevait-il déjà de l’évidence ? Question.

16 AOÛT

L’image ci-dessous n’est pas tirée d’un des wet dreams favoris du criminel qui nous tient lieu de Président pour une petite année encore (voire plus, si affinités ? ou bien c’est Brigitte qui va concourir : il semble qu’on le murmure).

Cette image est extraite du sixième film de la rétro kotchevienne. J’adjective son nom avec un v : né à Toronto, l’homme a des origines bulgares.

Titre : Weekend at Bernie’s. 1989. De bons films, des films n’ayant pas terriblement vieilli furent-ils tournés en cette année ? Sans doute. Cela n’empêche pas la question de se poser.

Comédie libérale. On connaît ce genre, ce sous-genre très eighties. Deux yuppies en devenir sont invités à passer un week-end chez leur patron qu’à leur arrivée dans sa villa sur la plage ils trouvent… mort. Dead. Et voilà, c’est spoilé.

Pour des raisons qui sont trop compliquées à expliquer ici, les deux amis – l’un sérieux, l’autre moins ; l’un brun l’autre blond ; l’un timide, l’autre extraverti : le contraste est original – vont passer l’essentiel du week-end à promener le cadavre de façon à faire accroire que Bernie n’est pas mort.

Ils ne s’en sortiront pas trop mal. L’acteur qui joue Bernie, Terry Kiser, s’en sort encore mieux.

C’est un scénario qui a déjà servi. Et qui a resservi depuis. Tout comme la satire pas trop méchante de l’affairisme, de l’arrivisme et du bikinisme.

Ainsi ces tapeurs, ces amantes, ces solliciteurs qui viennent tenir la jambe à Bernie sans s’apercevoir qu’il a passé l’arme à gauche.

Les deux acteurs principaux ont des visages familiers, mais qui se souvient encore desdits Andrew McCarthy et Jonathan Silverman ?

Une suite fut tournée quatre ans plus tard, avec les mêmes, mais sans Kotcheff. Je ne pousserai pas le vice jusque là.

La rétro TK va se poursuivre, mais il est vrai qu’un tel film lui met un peu de plomb dans l’aile.Vrai aussi, sans doute, qu’il me reste des films essentiels à voir, avant même Wake in Fright. A commencer par The Apprenticeship of Duddy Kravitz, 1974, d’après Mordecai Richler, Ours d’Or à Berlin.

20 AOÛT

J’ignorais l’existence d’une quatrième adaptation au cinéma de The Front Page, la pièce de Ben Hecht et Charles McArthur.

Je connaissais celle de Lewis Milestone en 1931 ; celle de Howard Hawks en 1940 ; celle de Billy Wilder en 1974.

La troisième because Wilder. La deuxième comme tout le monde, et plus particulièrement pour être intervenu à son sujet avec l’Acrif dans le cadre de Lycéens au cinéma. La première parce qu’il faut bien faire ses devoirs : c’est d’ailleurs un très beau film. Mais qui s’intéresse aujourd’hui aux films de Lewis Milestone ?

Je ne savais donc pas que le rôle interprété par Pat O’Brien, Rosalind Russell et Jack Lemmon l’avait été aussi par Kathleen Turner, cette actrice à la voix grave dont la vogue, hélas, n’aura pas duré plus d’une décennie.

Ni que Burt Reynolds avait succédé à Adolphe Menjou, Cary Grant et Walther Matthau, et Christopher Reeve (en qui, ce soir, j’ai vu la rencontre de Herbert Léonard et de Hugh Grant) à Edward Everett Horton, Ralph Bellamy et Susan Sarandon.

Cela fait beaucoup de noms propres. Hommes et femmes. Beaucoup d’acteurs et d’actrices que j’aime. Mon préféré : Cary Grant. Non, c’est Walter Matthau, le beau-frère universel selon Wilder.

J’en ajoute encore un : Ned Beatty, en politicien véreux, dont j’ignore si Burt fut heureux de le retrouver 15 ans après Délivrance et Chris après les Superman.

Scoop : Ted Kotcheff, encore lui, a réalisé en 1988 cette quatrième adaptation, sous le titre original Switching Channels, en français (?) Scoop, justement.

J’aurais aimé qu’il y eût à dire sur l’actualisation de la satire du cynisme journalistique à l’ère de la télévision triomphante, en cette fin des années 1980 où la critique des médias occupait tant de place au cinéma – et dans la critique.

Mais le film me laisse, à ce sujet, sec. Car il n’y a pas grand chose à actualiser : la pièce est assez féroce. Cette quatrième adaptation est, elle, tout juste correcte.

Seule trouvaille savoureuse : la retransmission live d’une exécution à la chaise électrique est interrompue, car la télé et ses trop nombreux fils font sauter les plombs.

Vu aussi, vu enfin, le film qui, après Wake in Fright, confirma l’aura internationale de Kotcheff. The Apprentice of Duddy Kravitz, 1974, d’après Mordecai Richler, Ours d’Or à Berlin.

De Richler, je n’ai hélas rien lu (et ne verrai sans doute pas son autre adaptation par Kotcheff, Joshua then and now, 1985 : le fichier que j’ai trouvé est de trop médiocre qualité). Mais l’histoire narrée ici fait penser à un autre écrivain juif né à Montréal, ou pas loin : Saul Bellow. Dont je regrette d’autant plus aujourd’hui de n’avoir lu que la moitié – cinq cent pages, quand même – des Aventures d’Augie March.

Entre Augie et Duddy, qu’interprète un Richard Dreyfuss bondissant (et dont les bonds, signalent JPC et BT, plurent à Truffaut), les ressemblances ne manquent pas : origines modestes, volonté d’ascension, absence de scrupules… C’est une histoire qui a beaucoup été contée. C’est un film que, bien qu’assez beau, on a l’impression d’avoir déjà vu.

Chose étrange : l’appétit sexuel de Duddy paraît immense, mais le film, lui, n’est pas sexuel ni salace pour un sou.

Fun fact : Duddy a un frère, ce frère se prénomme Lenny, son nom complet est donc Lenny Kravitz. Comme le père de Zoë, l’ex de Lisa Bonet, le chanteur de Let Love Rule.

Laissons donc l’amour rouler.

La rétro TK n’est pas finie. J’ai commencé à voir Billy Two Hats, western de 1974 avec Gregory Peck, Jack Warden et Desi Arnaz Jr. : la première demi-heure est assez belle. (Commencé aussi Winter People, 1989 : mais là, en dépit de Kurt Russell, je n’ai pas tenu).

Pour finir il faudra bien voirWake in Fright.

À suivre.

Ordre des illustrations : The Apprenticeship of Duddy Kravitz / L’Apprentissage de Duddy Kravitz, 1974 ; Who’s Killing the Great Chefs of Europe ? / La Grande Cuisine, 1978 ; Uncommon Valor / Retour vers l’enfer, 1983 ; Split Image, 1982 ; North Dallas Forty / Les Taureaux de Dallas, 1979 ; Fun With Dick and Jane / Touche pas à mon gazon, 1977 ; Weekend at Bernie’s / Week-end chez Bernie, 1989 ; Switching Channels / Scoop, 1988 ; The Apprenticeship of Duddy Kravitz / L’Apprentissage de Duddy Kravitz, 1974.

Read the original on emmanuelburdeau.substack.com

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