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Matières Premières - ecology & design · Mar 26, 2025

MP #23 - Coup d'oeil sur les lunettes vintages !

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Anaëlle d'EMILIEU STUDIO · Matières Premières - ecology & design

“Take a good look, choose the best” ©storeage.vintagemuseum

Équipement nécessaire voire indispensable pour certains, simple accessoire de mode pour d’autres, les lunettes ont un impact optique et esthétique, mais aussi environnemental.

👁‍🗨 Avec environ 17 millions de paires de lunettes correctrices vendues en France en 2024 (soit 1 million de plus qu’en 2019), aussi petit que soit cet objet, nul ne doute qu‘il ne laisse pas intacte la planète.

Le nombre d’opticiens ou de marques proposant des modèles «écologiques», apportent à cet effet, un élément de réponse voire une confirmation : les lunettes aussi polluent.

Image extraite du site web de Seconde Vue : opticiens basés à Paris, ne proposant que des lunettes vintages ou de seconde main ©Seconde Vue

Qu’elles soient de type rétro, revenant tout droit des années 50 avec son modèle papillon iconique, ou qu’elles soient plutôt de type futuriste ou sportif et très colorées, héritage stylistique des années 2000, l’offre de la seconde main grandit dans le secteur de l’équipement optique.

Une bonne nouvelle ! Bien qu’encore toute mesurée à en croire les chiffres puisque, par exemple, pour Lunettes de ZAC (l’un des gros acteurs du secteur) en 2024, ce sont environ 12.000 montures qui ont été reconditionnées - contre une petite vingtaine de millions de montures neuves vendues sur le marché français.

🔎 Le chiffre des opticiens :
36% étaient favorables, en 2023, à la vente de lunettes de seconde main dans leur magasin

👉 Avantageux à différents égards, les trois raisons principales invoquées par les consommateurs qui s’orientent vers du «vintage» sont :

1 - Une solution plus économique

2 - Un acte écologique

3 - Un accès à des montures de luxe à un prix attractif

D’après une étude menée par Momox, l’un des leaders en ligne de la vente d’articles d’occasion, ce sont 10% des acheteurs - tous secteurs confondus - qui sont spécifiquement motivés par l’acquisition d’articles de luxe :

« Or on sait que, sur le marché du neuf, la lunetterie est déjà une porte d’entrée dans l’univers du luxe pour beaucoup de consommateurs dont le budget n'est pas extensible. »

Les opticiens Biseau Libre proposent de personnaliser ses lunettes en gravant ou en facettant leurs verres ; une bonne manière de faire évoluer et perdurer sa paire ! ©Biseau Libre

Goût du vintage ou acte écologique ? Goût du luxe ou des économies ? Les lunettes sont, quoiqu’il en soit, un instrument qui reflète les tendances en cours et les préoccupations actuelles.

Ainsi, bien que la seconde main fasse son petit bout de chemin et que les bénéfices d’une telle démarche soient reconnus (réduction des déchets, réduction des émissions de CO2, économie de ressources, etc.), sur le marché, certaines réticences persistent.

👉 Parmi les freins à l’option «vintage» souvent évoqués, on retrouve :

  1. Une mauvaise perception et de nombreux préjugés : ces lunettes remises sur le marché seraient plus fragiles voire sales ; ce type de dispositif ne donnerait pas accès à une prise en charge mutuelle ; il n’y aurait pas de SAV…

  2. Une offre plus limitée : les modèles ne correspondent pas forcément aux attentes ou au goût de tou·tes, et il peut-être pour certain·es difficiles d’accéder à ce type de produits (tous les opticiens n’en proposent pas à la vente et tous les consommateurs ne sont pas prêts à acheter une paire sur le net)

  3. Une impression de voler/détourner des montures autrement destinées aux associations humanitaires : le contre argumentaire porte à dire, qu’entre la part récoltée et celle réellement revalorisée, il y a un sacré écart (par exemple, seulement 10 % des montures récupérées en 2023 par le Medico Lions Club auraient réellement servi à des missions humanitaires).

“ S’ił y a eu des avancées au niveau législatif pour promouvoir la seconde main dans d’autres secteurs tels que de la mode, la téléphonie, l’électronique, cela n’est toujours pas le cas pour la lunetterie. Or, l’achat de lunettes de seconde main n’entrera pas dans les moeurs tant qu’il n’y aura pas de lois qui promeuvent cette démarche. ”

Dixit : Leo Girod, restaurateur-chineur de lunettes vintages

Image de gauche : extrait du livre “Lunettes” de Seconde Vue, qui offre un aperçu de la relation qu’entretiennent 34 personnalités à leur paire de lunettes // Image de droite : extrait du compte Instagram goodbytony_ et de ses paires de lunettes vintages ©goodbytony_

Pourtant, cela aurait bon ton à devenir la norme ou un comportement banalisé car ce sont tout de même 7 français sur 10 qui portent des lunettes correctrices, et ceux-ci changent de modèle tous les 2 ou 3 ans.

Ce que Dan Alcabes (le fondateur de Dingue de lunettes) évoque dans un article de Reporterre - à retrouver ici –, où la question de la difficile traçabilité des lunettes, avec ses nombreux et divers composants, est également soulevée.

👀 Facteur d’aggravation : avec les jeunes générations qui portent de plus en plus tôt des lunettes – merci aux modes de vie modernes et très citadins ! merci au temps d’écran et au temps passé en intérieur trop importants ! –, ce chiffre risque d’augmenter dans les années à venir.

Problème : trop peu d’opticiens en France sont aujourd’hui en capacité de réaliser cette activité de restaurateur car ils n’ont, ni les savoir-faire ni les équipements nécessaires ; la production des lunettes étant aujourd’hui, pour la majeure partie délocalisée.

Aperçu de l’atelier de lunetterie Retroviseur workshop, installé à Lyon : pour chaque restauration de monture vintage, la première étape consiste à briser les verres ©jeremie_thequircky

De plus, au-delà des montures, il est également bon de s’intéresser aux modes de production des verres de lunettes ainsi qu’à leur zone géographique d’usinage, car ceux-ci peuvent tout aussi bien être source de pollutions ou de dégradations écologiques.

Enfin, suivant cette vision écologique, l’impact du packaging et notamment des étuis à lunettes offerts lors de l’achat d’une nouvelle paire, est aussi à questionner. Combien sommes-nous a en avoir toute une flopée dans nos tiroirs ?

👓 🕶 Chineur, collectionneur et restaurateur de lunettes anciennes, Leo Girod répare et customise des paires de lunettes vintages depuis maintenant 8 ans. Il a ouvert à Lyon, son “garage à lunettes” Retroviseur workshop, le premier atelier de lunetterie alternatif complètement indépendant.

Dans l’atelier-boutique de Leo, Retroviseur workshop, à Lyon ©jeremie_thequirky
  • Quelle est la journée type d’un lunetier chineur-restaurateur ?
    Dans mon métier, les journées ne se ressemblent pas, c’est ce qui le rend différent du métier d’un opticien traditionnel. En fonction des jours, je peux être soit à l’atelier pour restaurer des montures ; soit en boutique pour accueillir la clientèle afin de l’aider dans son choix d’achat - chaque client est reçu sur rendez-vous individuellement pendant 1h15 dans notre boutique, ce qui modifie l’expérience client - ou pour customiser une de ses propres paires ; soit entrain de chiner pour refîter les stocks.

Étape de ponçage/polissage d’une monture plastique ancienne par Leo dans son atelier de lunetterie Retroviseur Workshop ©jeremie_thequirky
  • Où débusques-tu toutes les montures de lunettes vintages que tu revalorises ?

    Quand j’ai débuté mon activité, j’allais beaucoup chiner sur des vide-greniers, dans des brocantes, sur des sites de vente de seconde main comme Ebay ou Leboncoin. J’achetais des paires par lot de 10 par 10 environ, c’est ce qui m’a permis de constituer mon stock initial. Dorénavant, je déniche de plus en plus de montures au sein directement d’usines de production, notamment à Oyonnax, mais aussi parfois en Italie ou en Autriche. Cela s’est fait petit à petit, par contact ou connaissance, et dans ce cas, il s’agit de faire des enchères pour glaner plutôt des lots de 500 voire 1000 paires. Il existe tout un réseau parallèle au marché de lunettes neufs pour récupérer des paires de seconde main, qu’il faut apprendre à connaître.

Étape de nettoyage dans l’atelier Retroviseur Workshop : Leo trempe une monture vintage métallique dans un bain à ultrasons pour “un clean parfait” de celle-ci ©jeremie_thequirky
  • Quelles sont les motivations de ta démarche ?

    En tant que passionné depuis toujours de lunettes vintages, aimant changer souvent de modèles, pour le style ou le fun, je trouvais dommage de voir toutes ces anciennes montures partir à la poubelle. De plus, travailler sur des modèles vintages était aussi pour moi une manière de trouver un juste compromis entre un métier d’opticien, à mon sens, vieillissant et celui de restaurateur plus artisanal. J’ai un attrait particulier pour les “gros chantiers”, c’est-à-dire pour les lunettes abimées usuellement destinées aux ordures. Les retaper me permet de montrer qu’il est tout à fait possible d’en faire de nouveau jolis modèles ; tout comme notre offre de customisation “Pimp My Eyes”. Dans ce cas-ci, on peut dire que l’on travaille un peu à la manière d’un nail artiste : que ce soit pour faire des raccords de couleurs ou intégrer, comme nous l’avons fait pour un modèle unique, une mue de serpent sur des branches de lunettes, le travail est minutieux et créatif.

Étape de meulage des futurs verres, dans l’atelier de lunetterie Retroviseur workshop : la machine scanne la monture pour définir au plus juste la forme des verres à découper ©jeremie_thequirky
📌 On le sait :
Tout en offrant un regard plus net sur le monde, les lunettes sont aussi le reflet d’une vision du monde et du style d’une époque.
« Mais qu’est-ce qui leur confère ce pouvoir ? Est-ce leur capacité à changer notre regard sur le monde… ou à transformer le regard du monde sur nous ? À travers l’art, l’humour et l’innovation, les réclames pour lunettes révèlent plus qu’un produit [...] », comme le démontre ce riche voyage publicitaire dans l’univers des lunettes ; embarquement juste ici.
Modèles vintages de lunettes sur le devant de la scène (image de gauche), dans la série “Absolutely Fabulous” avec Patsy Stone ©l_amour_du_kitsch // …ou mises en scène (image de droite) avec Dalila Dicorato ©storeage.vintagemuseum
Infos supplémentaires en vrac
  • La piqûre de rappel des 5 astuces éco-responsables afin de bien choisir ses lunettes, c’est par ici ; et les 4 conseils pour garder ses lunettes actuelles aussi longtemps que possible, par là.

  • À titre informatif, voici les 10 chiffres clés du marché de l’optique.

  • Pour remonter le temps et connaître rapidement l’histoire des lunettes, présentée à travers les modèles emblématiques de chaque époque, ça se passe par ici mais aussi par là.

  • Détourner des verres d’optique de leur fonction première pour leur donner une seconde vie ? C’est ce que propose Nathalie Dewez avec son rideau de perles revisité, à voir ici, ou encore Marion Mailaender avec son lustre contemporain, fait en réemploi, à apercevoir là.

  • Enfin, pour les lunettes brisées impossibles à réparer, une solution ludique consiste à les transformer en baguette à bulles de savon ; une proposition de Dan de Dingue de lunettes, à découvrir dans cette courte vidéo.

  • Bonus bête (mais pas méchant) : en recherche de visibilité ou d’une vision élargie sur l’année en cours ? Découvre ton lunettoroscope de l’année 2025.

Rideau de perles revisité, réalisé avec des verres de lunettes récupérés, par Nathalie Dewez ©Jc Lett
Rien à voir mais tout aussi intéressant

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