Je recommande la lecture d’un article scientifique publié par la Watson School of International and Public Affairs de Brown University.
Voici la première version de l’article, datant de 2020.
Et voici la brève mise à jour de 2021, que je traduis:
Création de réfugiés : les déplacements provoqués par les guerres menées par les États-Unis après le 11 septembre David Vine, Cala Coffman, Katalina Khoury, Madison Lovasz, Helen Bush, Rachael Leduc et Jennifer Walkup 19 août 2021
Ce rapport s’appuie sur des données récentes pour actualiser notre estimation de 2020 concernant le nombre de personnes déplacées lors des huit guerres les plus violentes menées par les États-Unis depuis 2001, en Afghanistan, en Irak, au Pakistan, au Yémen, en Somalie, aux Philippines, en Libye et en Syrie. En s’appuyant sur des données de 2020 et 2021 qui n’étaient pas disponibles au moment de la publication de notre rapport initial, cette mise à jour estime, selon une estimation prudente, qu’au moins 38 millions de personnes ont fui leur foyer — soit environ un million de personnes déplacées de plus qu’un an auparavant.
Notre rapport initial a été le premier à évaluer de manière exhaustive le nombre de personnes déplacées par les guerres menées par l’armée américaine depuis que le président George W. Bush a annoncé une « guerre mondiale contre le terrorisme » à la suite des attentats d’Al-Qaïda du 11 septembre 2001. Ce rapport détaille une méthodologie permettant de calculer les déplacements en temps de guerre, donne un aperçu des déplacements dans chaque pays touché par la guerre et met en évidence les impacts individuels et sociétaux de ces déplacements.2 Les déplacements en temps de guerre (au même titre que les morts et les blessés de guerre) doivent occuper une place centrale dans toute analyse des guerres post-11 septembre et de leurs conséquences. Les déplacements de population doivent également être au cœur de toute réflexion sur l’utilisation future de la force militaire par les États-Unis ou d’autres pays. En fin de compte, le chiffre de 38 millions — voire peut-être jusqu’à 60 millions — soulève la question de savoir à qui incombe la responsabilité de réparer les dommages infligés à ces personnes déplacées.
PRINCIPALES CONCLUSIONS
§ Les guerres menées par les États-Unis après le 11 septembre ont provoqué le déplacement forcé d’au moins 38 millions de personnes en Afghanistan, en Irak, au Pakistan, au Yémen, en Somalie, aux Philippines, en Libye et en Syrie, ou en provenance de ces pays. Ce chiffre dépasse le nombre de personnes déplacées par toutes les guerres depuis 1900, à l’exception de la Seconde Guerre mondiale.
§ Le chiffre de 38 millions est une estimation très prudente. Le nombre total de personnes déplacées par les guerres menées par les États-Unis après le 11 septembre pourrait se situer plutôt entre 49 et 60 millions, ce qui rivaliserait avec les chiffres de la Seconde Guerre mondiale.
§ 26,7 millions de personnes sont rentrées chez elles après avoir été déplacées, bien que ce retour n’efface pas le traumatisme du déplacement et ne signifie pas nécessairement que les personnes déplacées soient revenues dans leur foyer d’origine ou aient retrouvé une vie sûre. Les enfants nés en situation de déplacement et qui suivent leurs parents chez eux font également partie de ceux qui sont comptabilisés comme « rapatriés ».
§ Tout chiffre a ses limites quant à ce qu’il peut refléter des dégâts causés par le déplacement. Il peut être difficile de voir les personnes qui se cachent derrière ces chiffres, et ces derniers ne peuvent pas transmettre ce que l’on ressent lorsqu’on perd son foyer, ses biens, sa communauté et bien plus encore. Les déplacements ont causé des préjudices incalculables aux individus, aux familles, aux villages, aux villes, aux régions et à des pays entiers, tant sur le plan physique que social, émotionnel et économique.
La carte reproduite en exergue à cet article permet de mieux se représenter ce qui a été en jeu. Et nous aide à mettre le doigt sur l’une des causes de l’immigration dans le dernier quart de siècle: la destruction des Etats du Moyen-Orient par les Etats-Unis d’Amérique.
Il y a d’autres causes, qui ne sont jamais nommées. Il vaut la peine de les énumérer pour se rendre compte de la stérilité du débat mené entre droite identitaire, centre globaliste et gauche multiculturaliste sur ce sujet qui trouble profondément la société française.
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