La mort. Point final. Mais il y’a avant : la vie. L’urgence de vivre. Le désir de vivre. Le sens de la vie ou son absence de sens. Il y’ a cet engagement dans la joie qui est avant tout une intention. Le battement de la vie, être dedans. La pulsation de vivre. Le souffle instillé. L’énergie à trouver. L’utopie à penser. Notre monde est saturé et surtout de négatif. Il y’a urgence à écrire de nouveaux récits pour ouvrir l’horizon et éloigner l’anxiété. J’ai appris le mot « doomers » récemment, qui désigne des individus souvent jeunes, animés par un profond pessimisme quant à l’avenir de la civilisation. Je me suis en même temps reconnue dans ce terme et je me suis aussi auto-horrifiée. Comment continuer à avoir cette vision obstruée qui manque de joie ? Effectivement, la joie est choix avant tout. Elle n’empêche pas la lucidité. Elle est puissance d’action. La tentation est pourtant grande -je le sais- de s’enfermer dans la saturation du négatif et du désespoir. Car il faut aller la dénicher la joie, la réveiller un peu, qui sommeille en nous. Comme le désir, elle est évanescente, elle cohabite avec la tristesse, aussi. Elle n’empêche rien, bien sûr. Elle est l’étincelle dans les yeux, l’acuité du mouvement, la grâce de la beauté. Elle se décide, la joie, parce qu’évidente, elle ne l’est pas forcément. Parfois enlever le vernis des convenances ou de la routine qui empêchent de voir ou qui aveuglent de néant. Car la mort, elle, ne rigole pas. Elle touche en plein cœur du deuil. Et il est difficile de trouver un exil acceptable à la peine de la perte. On n’en guérit pas, il faut s’habituer et vivre sans les êtres qui s’en s’ont allés. J’ai listé à la Georges Perec « j’aime, j’aime pas. » Et si des choses très différentes se côtoient, c’est le chaos de la vie qui nous rend vivant, l’amour insaisissable dont les causes nous échappent qui rassemble et lie tous ces êtres et ces choses, à la façon d’une bonne sauce qui nappe un plat et fait toute la différence.
désolée je n’ai pas trouvé l’origine de cette photo
Katy Couprie, dans son dictionnaire fou du corps, paru aux éditions Thierry Magnier (éditions jeunesse), nous livre de superbes visuels ; on en prend plein les yeux avec les planches d’anatomie historique, les inventaires, les photos, gravures, dessins et illustrations. Se côtoient dans ce dictionnaire très riche : monstre, ombre, orgasme, cicatrice, chromosome, allure, cellule… Pas vraiment scientifique de haut niveau mais suffisamment pour être sérieux et en même temps très étonnant. On passe de l’intime à la science, des images qui complètent les mots. Dans ce livre, le corps vit sous toutes les coutures en images et en mots. Pour enfants et adultes, de petites pépites qui invitent à voir les choses autrement et à redécouvrir son corps. C’est un vrai voyage au cœur du corps et de son imaginaire, avec un p’tit grain d folie.
À la façon de Georges Perec, listez tout ce qui vous passe par la tête, selon le classement : j’aime, j’aime pas.
À l’aide de magazines, photos, cartes postales, couleurs, faites en un collage global, ou deux différents.
J’ai fait ce petit exercice spontanément : J’AIME le vert et le violet. J’aime les premières odeurs de fleurs et de feuilles au printemps. J’aime l’odeur de l’herbe coupée après la tonte. J’aime le chaos. L’aime les gens. J’aime le bazar. J’aime le café de 11h. J’aime lire. J’aie avoir des idées. J’aime me perdre de temps en temps. J’aime retrouver mon lit le soir. J’aime écouter la musique à fond au casque. J’aime, bien m’habiller. J’aime certaines voix indescriptibles. J’aime marcher sans but. J’aime quand j’ai cinq minutes de rabe. J’aime l’omelette et les framboises, la confiture de fraises et le foie de morue. J’aime ce qui va vite. J’aime le froid. J’aime la rentrée de septembre. J’aime la mer. J’aime l’odeur du linge qui sèche dehors. J’aime la pudeur.
J’AIME PAS les cons et les intolérants, les égoïstes et les mesquins. J’aime pas le foie et le lait. J’aime pas le blanc. J’aime pas la pluie et la canicule. J’aime pas certaines voix et c’est rédhibitoire. J’aime pas l’accent canadien. J’aime pas Noël. J’aime pas préparer les vacances. J’aime pas les vocaux. J’aime pas les angles. J’aime pas la montagne, l’été. J’aime pas être en retard. J’aime pas repasser. J’aime pas l’odeur de l’éponge et des vêtements mal séchés. J’aime pas faire la bise à n’importe qui. J’aime pas serrer les mains surtout quand elles sont moites. J’aime pas la sensation d’être suivie. J’aime pas la promiscuité avec des personnes inconnues. J’aime pas la javel.
Dans une psalmodie vivante, Roger-Pol Droit se place dans un dispositif de pensée radical en s’imaginant ce qu’il ferait s’il ne lui restait plus qu’une heure à vivre. Assez philosophique et assez peu concret, toutefois, cela n’enlève pas le souffle et la pulsation à ce livre, écrit sans point, d’une traite, juste avec des virgules et des astérisques en respiration. Loin d’être un requiem, les mots de Roger-Pol Droit donnent à penser, nous qui sommes vivants et avons un avenir, à ce qui est essentiel, vraiment. Et c’est là que cela intéressant, dans cette traversée de réflexions sur la vie et son flux. Bienvenue en terre d’ambivalence, de subtilité et de nuances ! Et finalement, on arrive à la question : savoir comment vivre. Je vous laisse sur ces dernières paroles.
Je vous souhaite une bonne semaine ! N’hésitez pas à m’écrire à chloesasias@yahoo.fr

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