RSS Amplifier

Design MasterClass · Nov 11, 2025

Design et soin : agir avec le collectif

0
Sign in to vote or save

Design MasterClass · Design MasterClass

Depuis la Révolution française, l’idéal du « bonheur commun » figure au cœur du projet politique national. Plus de deux siècles après la Constitution de 1793, cette aspiration se heurte pourtant à une réalité préoccupante : la montée de la solitude, reconnue par l’OMS en 2023 comme un enjeu majeur de santé publique. En 2025, alors qu’un quart des Français·e·s subissent la solitude, la question du lien social s’impose comme un défi central.

Face à cette situation, le rapport Territoires de projet sur le bonheur de l’ANPP (l’Agence nationale des pôles territoriaux et des pays) de 2024, insiste sur l’urgence de réinventer et de tester de nouveaux modes de gouvernance pour se réapproprier le bonheur local. Pour y parvenir, il est nécessaire de « retrouver un équilibre et les moyens de partager à nouveau les responsabilités sociales ». Cela implique que chaque individu accepte d’être responsable de sa propre situation et de celle d’autrui, y compris de son propre bonheur et de celui des autres.

Ces efforts passent notamment par la mobilisation citoyenne, qui est essentielle à la fois pour mesurer le bonheur local et pour initier des actions de soin collectif. Des initiatives auto-gérées, telles que les collectifs locaux qui testent la sécurité sociale de l’alimentation, illustrent ce nouvel engagement. Ces actions sont menées par des agriculteur·ice·s, des citoyen·ne·s et des élu·e·s qui agissent en tant que décideurs et décideuses sur un pied d’égalité, s’inspirant des luttes collectives et du compagnonnage.

Ce mouvement vers la co-responsabilité s’aligne sur le concept de Design du Soin (Care Design), qui vise à réparer les dysfonctionnements des milieux en concevant des réponses centrées sur les communautés et les écosystèmes. Cet engagement pour le bien commun nécessite une posture de designer et designeuse militant·e et de critique de la part des professionnel·elle·s, qui doivent s’opposer à la massification des solutions et favoriser le « sur-mesure » local.

Plus qu’un simple baromètre de l’humeur ou du moral d’une population, la mesure du bien-être subjectif vise à améliorer la compréhension des phénomènes de société et leur impact sur les individus pour concevoir l’action publique de manière plus adaptée. Par “bien-être”, on entend ici l’évaluation par les personnes elles-mêmes de leur vie actuelle, de leur santé, de leur sentiment d’être heureuses ou de celui que leur vie a du sens.”*

*Matthieu Perona, directeur de l’Observatoire du Bien-être du CEPREMAP et Coordinateur de l’Agence d’Innovation Comportementale.

Cet épisode est le deuxième chapitre du cycle Design et Soin. L’épisode 44 Vers une posture du prendre soin est également disponible sur notre site.
Écouter l’épisode 44

ECOUTEZ CET EPISODE

  • Clément Rémy, designer indépendant et designer de politiques publiques, installé entre la Drôme et l’Isère.

  • Anne Régnault, designeuse de service spécialisée en innovation sociale au sein des ateliers RTT.

  • Marcela Mussi, ingénieure de formation et philosophe. Co-fondatrice du collectif Issues.

  • Antoine Fenoglio, cofondateur et ex-dirigeant des Sismo. Co-fondateur du collectif Issues.

1️⃣ Chapitre 1 : nous explorons les contours du design de soin hors du cadre médical. Nos invité·e·s interrogent la manière dont le design peut renforcer les liens sociaux, soutenir les dynamiques collectives et commet il peut contribuer à une culture de soin sur les territoires.

2️⃣ Chapitre 2 : nous découvrons des projets concrets qui questionnent la gouvernance, la responsabilité et les formes de solidarité locales. Chaque récit met en lumière une posture de terrain, parfois fragile, souvent engagée, pour créer des espaces et des outils au service du commun.

3️⃣ Chapitre 3 : nous interrogeons la part politique du métier. Pratiquer le design, est-ce déjà prendre parti ? Peut-on encore prendre soin sans s’engager ?

Le bonheur local est un concept de politiques publiques permettant de placer le bien-être collectif au centre des objectifs, plutôt que la seule performance économique.

Il soutient que le bien-être des citoyen·enne·s est multidimensionnel, dépendant de facteurs tels que l’habitabilité du territoire, le sentiment de sécurité et la qualité du lien social, et qu’il se construit de manière plus efficace à l’échelle locale, nécessitant ainsi une approche sur mesure.

Le bonheur local exige donc la réinvention et le test de nouveaux modes de gouvernance qui rétablissent l’équilibre par le partage des responsabilités sociales.

Ce principe est fondamental : il implique que chaque individu accepte d’être responsable non seulement de sa propre situation et de son propre bonheur, mais aussi de la situation et du bonheur des autres.

La notion de compagnonnage fait référence à une tradition d’engagement collectif, de transmission de savoir et d’égalité dans l’action, qui sert d’inspiration pour la nouvelle gouvernance locale et le design du soin.

Le compagnonnage s’inscrit directement dans la démonstration du pouvoir des luttes collectives et de l’engagement au service du bien commun. Il représente une manière de “faire ensemble” qui est cruciale pour atteindre l’objectif fondamental de la société : le bonheur commun.

Il incarne un mode d’organisation où l’égalité et la co-responsabilité sont centrales, il propose de partager les responsabilités sociales pour soutenir le bonheur local en étant responsable de son bonheur et du bonheur d’autrui.

Cette pratique d’engagement collectif s’appuie sur le “capital immatériel des territoires”, c’est-à-dire l’art de relever ensemble des défis et les traditions de vivre et de faire ensemble. Le compagnonnage, en réactivant ces solidarités face aux épreuves, aide à prendre soin des communs (ressources matérielles et immatérielles, naturelles, sociales, culturelles) pour assurer leur pérennité pour les générations futures.

  • Le designeur ou la designeuse ne sont pas des démiurges au service du collectif, il et elle sont acteur et actrice via leur posture de soin et leur volonté de faire avec autrui.

  • Le design peut être amené à questionner les politiques publiques. L’action publique doit prendre position pour défendre le soin aux usagers et usagères ou aux espaces.

  • La création reste militante car elle doit reposer sur un acte d’inconfort : “sortir de son hamac” pour produire un design juste et nécessaire.

  • Le design de soin favorise le partage des responsabilités sociales. Prendre soin du collectif, c’est reconnaître que chacun et chacune est à la fois responsable de soi et de la situation d’autrui. C’est aussi repenser les espaces et les rôles qui structurent notre quotidien.

  • Le design de soin porté par des designers et designeuses doit être coordonné afin d’assurer une continuité de soin apporté à la communauté après le départ des designers et designeuses. Le design n’est pas un acte ou un geste ponctuel.

  • Design d’attention : approche du design qui vise à créer des dispositifs favorisant l’attention, le soin et la qualité des relations à autrui, en opposition à des logiques capitalistes.

  • Climat de soin : cf. les travaux de Cynthia Fleury et d’Antoine Fenoglio. Ils interrogent la manière dont les politiques publiques et les initiatives citoyennes peuvent mobiliser l’architecture et le design au service de l’habitabilité du monde, dans un contexte de crises sociales et écologiques qui appelle la création de communs soutenant la vulnérabilité.

  • SSA : sécurité sociale de l’alimentation. Dispositif visant à garantir à tous un accès durable, juste et non marchand à une alimentation de qualité, sur le modèle de la sécurité sociale.

  • Politiques publiques : actions coordonnées menées par les pouvoirs publics (préfectures, rectorats, ministères…) pour répondre à un besoin collectif (santé, inclusion, environnement, etc.).

  • Espace Snoezelen : espace sensoriel favorisant la détente et la communication, utilisé notamment auprès des personnes âgées ou en situation de handicap.

  • Tiers-lieux : espaces partagés entre travail et vie sociale, propices à la coopération, à l’expérimentation et à l’innovation sociale.

  • CCAS : centre communal d’action sociale : service municipal chargé de mettre en œuvre la politique sociale locale et d’accompagner les publics en difficulté.

ECOUTEZ CET EPISODE

🎙️ Retrouvez tous les épisodes du podcast sur les plateformes habituelles et sur le site internet designmasterclass.fr

⭐️ Vous pouvez partager le podcast pour le faire connaitre ou laissez un avis sur Spotify et Apple Podcasts.

📘 Le livre “Design MasterClass, pratiques modernes du design” est disponible dans toutes les librairies ! Vous pouvez également le commander en ligne.

💌 Vous pouvez vous inscrire à notre newsletter pour être informé de la sortie d’un nouvel épisode.

Ce qui ne peut être volé - La charte du Verstohlen de Cynthia Fleury et Antoine Fenoglio.

Un manifeste pour préserver collectivement ce qui ne peut être volé — le silence, le temps, la santé, la liberté — et inventer des modes de vie qui renforcent notre pouvoir d’agir.

Voir le site de la maison d’édition Gallimard

Les idées pour retarder la fin du monde de Ailton Krenak.

Ailton Krenak montre que face à la crise de l’Anthropocène, les savoirs et résistances des peuples autochtones offrent des clés essentielles pour repenser la survie et l’adaptation de l’humanité moderne.

Voir le site de la maison d’édition Delpire & Co

Quotidien politique. Écologie, féminisme et subsistance de Geneviève Pruvot.

Geneviève Pruvost montre que repenser collectivement nos modes de subsistance et le travail quotidien, dans une perspective écoféministe et anticapitaliste, est essentiel pour construire une société véritablement égalitaire et écologique.

Voir le site des éditions La découverte

Civic City, notes pour le design d’une ville sociale. Une compilation d’essais pour construire une ville citoyenne alternative au paradigme néolibéral du développement urbain aux éditions B42.

Voir le site des éditions B42

Plateforme SocialDesign. Il s’agit d’une initiative d’acteurs de la société civile recensant les pratiques de concepts d’innovation culturelle, de transformations sociales et écologiques.

Visiter la plateforme

RCI-E : une mesure du bien-vivre dans les écolieux, Rapport de l’ADEME évaluant les projets de RSE dans les pays émergents par rapport à l’indicateur de capacité relationelle (RCI).

Télécharger le rapport sur le site de l’ADEME

La “sécu de l’alimentation”, on essaie ?

Une série de 5 épisodes sur France Inter, sur l’expérimentation de la “sécurité sociale de l’alimentation” dans un village du Vaucluse.

Ecouter sur RadioFrance

Tiers lieu paysan de la Martinière, situé dans la Loire et labellisé Fabrique des territoires.

Visiter le site de la ferme

Les Issues. Collectif installé sur la ferme maraîchère Les Sources.

Visiter le site du collectif

Read the original on designmasterclass.substack.com

Comments

Nothing yet. Say the first thing.

    Sign in to join the conversation.