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LES (NOUVELLES) CHRONIQUES DU MONDE QUI VIENT · Jun 29, 2026

Paris brûle-t-il ?

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Christian Rioux · LES (NOUVELLES) CHRONIQUES DU MONDE QUI VIENT

Il y a quelques jours, je suis arrivé à Paris par la gare Saint-Lazare. Le soleil plombait sur la place. J’ai donc suivi l’ombre sur les trottoirs. Alors que je m’attendais à voir une ville à feu et à sang comme nous la décrivaient les médias à cause d’une canicule historique, les cafés débordaient d’une foule joyeuse. Ça rigolait en sirotant un pastis ou un Perrier citron à l’ombre des auvents bien situés sur le coin des rues, là où il y a le plus de courants d’air.

Arrivé au parc Monceau, les enfants jouaient dans des piscines improvisées. Des jeunes filles en décolletés lisaient paisiblement sur les bancs. Les Africains semblaient savourer ces moments qui leur rappelaient leur pays. Le seul passant qui avait l’air de souffrir le martyre était un jogger en sueur, probablement américain, qui courait en plein soleil. « La terre a des limites, mais la bêtise humaine est infinie », a dit un grand écrivain.

La surenchère des milliards

On se serait cru à Madrid par un après-midi chaud de juillet. Rien à voir avec la population affolée qu’on nous décrivait à la télé. Sur les chaînes info, les experts rivalisaient d’annonces toutes plus catastrophiques les unes que les autres. On allait même jusqu’à compter le nombre de morts par noyade.

Dans leurs studios climatisés, les commentateurs en complet cravate semblaient plus en sueur que la vendeuse du coin. C’était la surenchère des milliards pour tout climatiser.

Je veux bien comprendre la tragédie que ces canicules peuvent représenter pour les personnes malades, ou encore en Inde ou dans le Sahel. Mais, je n’ai jamais compris pourquoi, en France ou au Québec, nous ne pourrions pas trouver des moyens de vivre durant ces grandes chaleurs qui ne durent que deux ou trois semaines par années comme le font, par exemple, les Espagnols depuis toujours. En 1876 et 1881, il avait fait 50 °C à Séville. Et ils ont trouvé le moyen de survivre.

Le « cauchemar climatisé »

Il y a une vingtaine d’années, j’ai traversé les États-Unis en plein mois de juillet. À Memphis, Dallas et Los Angeles, les clochards suaient comme des bêtes sur l’asphalte pendant que les cols blancs les contemplaient en passant d’un building à l’autre sur des passerelles climatisées.

Contribution volontaire

Arrivé à Santa Fe, nous nous sommes assis sous les platanes près d’une fontaine. Les habitants fermaient les volets le jour et les rouvraient la nuit. Ils faisaient la sieste dans l’après-midi et ressortaient le soir à la fraîche. Enfin des gens civilisés qui savaient vivre avec la chaleur !

La climatisation est une catastrophe pour la vie sociale. Il suffit de visiter Abou Dabi et ses rues désertes pour le comprendre. Un véritable « cauchemar climatisé », aurait dit Henry Miller. À Montréal, combien d’habitants vivent enfermés dès qu’il fait un peu chaud. Rappelez-vous l’animation des ruelles il y a 20 ans à peine. Elle est disparue. Dans les grandes villes américaines, combien de travailleurs passent de leur maison de banlieue climatisée à leur voiture climatisée à leur bureau climatisée sans mettre le nez dehors. Sans compter que plus on vit dans la climatisation moins on s’habitue à la chaleur.

La semaine dernière, la France a fermé des milliers d’écoles. Au lieu de tout climatiser pour à peine dix jours de canicule par année, il ne viendrait à l’idée de personne de commencer la journée à 7 ou 8 heures et de la terminer à 14 ou 15 heures comme on le fait en Espagne dans les écoles dès le mois de juin ainsi que dans 65 % des entreprises. Et pourquoi ne pas fermer les commerces sur l’heure du midi comme on le fait dans la plupart des pays chauds ?

Qu’il faille climatiser les hôpitaux et les résidences pour personnes âgées, cela tombe sous le sens. Mais, ailleurs, en rejetant massivement l’air chaud vers l’extérieur, le recours massif à la climatisation pourrait faire grimper les températures des villes de 2 à 3 °C, estiment certains experts. En Espagne, les salariés peuvent même réclamer jusqu’à quatre jours de congés payés en cas de canicule.

Et si c’était eux qui avaient raison ?

Read the original on christianrioux.substack.com

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