Ça fait bien un an que j’ai repéré la date : le 1er avril tombe un mercredi, créneau d’envoi de Chaussettes de soirée. Une occasion en or de vous parler d’un jour que j’adore. Hélas, le temps me filant entre les doigts comme le cash entre ceux des tech bros, je commence la rédaction de cette missive le samedi 28 mars.
Elle sera donc garantie 100% sans recherches (d’où vient la coutume de pipoter ce jour-ci ? que pensent les poissons-clowns du film À la recherche de Némo ?) et 100% racontage de ma life.
Enfant, j’ai le souvenir que le 1er avril me stressait un peu : je n’avais pas d’idées de vannes, je n’osais pas coller de poissons dans le dos de mes camarades.
C’est ensuite devenu un jour pendant lequel il fallait se méfier des fausses infos… qui pouvaient dépasser leur date de péremption. Vers mes douze ans, je lisais chez mes grands-parents en Charente-Maritime une pile de magazines Je Bouquine donnés par ma cousine. L’un d’eux narrait l’histoire vraie d’une jeune femme télépathe qui trouvait la vie bien galère depuis que son esprit était parasité en permanence par les pensées des autres. J’en avais parlé à ma mère, qui s’était bien moquée de moi en vérifiant le mois de sortie du « reportage ». J’aimerais bien dire que ça m’a servi de leçon, mais vingt ans plus tard j’ai toujours de l’empathie pour cette fille dotée d’un don qui la dépasse.
Un bel après-midi de 2019, un lundi, très exactement, je sortais du bureau pour me rendre à pied chez une amie qui habitait alors dans le 17e. J’avais passé la journée derrière un écran, j’avais envie de m’amuser, les oiseaux chantaient (ok ça ptet pas, l’histoire se déroule à Paris, tout de même), et là, illumination : on est le 1er avril, j’ai qu’à faire des blagues téléphoniques (à mes proches, pas à des inconnu·es).
Je n’ai pas arrêté depuis.
J’ai bien conscience qu’en vous envoyant cette missive le 1er avril au matin, je me tire une balle dans le pied. Mais ma volonté de partager la vanne est plus forte que celle de vous avoir, et si je peux inspirer un·e lecteur·ice à faire un poisson aujourd’hui… ma mission sur cette terre sera accomplie.
Pour ferrer les crédules, il faut leur dire quelque chose qui provoque une réaction, sans pour autant être grave. Annoncer la fin du monde ? Non - d’autres le font très bien pour nous. Déclarer que le plus gros brochet de France a été repéré dans une rivière charentaise nommée la Boutonne ? À moins de faire la blague à mon Papy Maurice, bof.
Évitez aussi une information trop joyeuse, qui génèrera de la déception si elle est fausse. Vous gagnerez le lotto un autre jour (ou, après avoir écouté ce super épisode du podcast Thunes avec le sociologue Thomas Amadieu, vous raierez le lotto de votre imaginaire).
En gros, il faut viser des trucs inoffensifs mais rigolos, adaptés à votre victime pote. Dans mon best of personnel :
le jardin du Luxembourg organise des courses d’abeilles
je vais faire le tour de la Méditerranée en kayak
ma fille d’un mois vient de faire ses premiers pas (ça a marché sur beaucoup de monde…)
je maîtrise la posture de yoga du poisson-tête-en-bas
Conseil lié : si vous avez une super annonce à faire, misez plutôt sur le 31 mars ou le 2 avril. Deux potes ont failli se disputer après que le second a ri au nez du premier qui l’informait, tout heureux, de la grossesse de sa compagne… ce n’était pas une blague.
Les membres de ma famille s’envoient des messages de bon matin pour prévenir que je vais sévir. Ce n’est pas très fair-play, car la meilleure défense face à une vanne du 1er avril, c’est de la faire en premier. On va peut-être éviter de réveiller les gens à cinq heures du mat’ pour leur annoncer qu’ils sont en retard pour les feux d’artifice de la Sainte Lolito, mais si vous êtes un·e pro du 1er avril, vous avez déjà dû lancer pas mal de canulars à l’heure où vous lisez ces lignes.
Et oui, cette newsletter est aussi un appel à me faire des blagues !!!! Je suis très bon public !!!!!!!!
Je ne prépare pas mes blagues à l’avance, j’improvise sur le moment (un peu comme cette newsletter). Il y a des années où j’ai plus le temps d’en faire, d’autres où le cœur y est moins. Mais je tente toujours, car même si je suis démasquée, c’était l’occasion d’écrire ou de penser à un·e proche, et aucun barracuda de l’actualité ne pourra m’enlever cette joie.
J’avais dédié un article à l’automne sur les messages vocaux comme ciment de l’amitié... j’ajoute à présent les blagues.
Je ne me suis pas remise à coller des poissons dans le dos des gens. Peut-être que je devrais. Ou peut-être que cette newsletter va vous donner envie de créer un nouveau rituel avec vos ami·es et votre famille : se retrouver une fois par an pour mater une comédie (au hasard, La Classe américaine) ? Décider que cette année vous croirez dur comme fer à tous les titres clickbait (appâts à clic en anglais, ça ne peut pas être un hasard…) que vous croiserez sur les réseaux sociaux ? Vous lancez le défi de lire l’intégrale de l’œuvre de Dostoïevski sans rigoler ?
Sur ce, je vous laisse, j’ai des blagues à faire.
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