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Yokels.eu ☧ · Jun 30, 2026

Chantiers Chrétiens #8 — Le chevalier à la scie-sabre.

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Charles Yokel ☧ · Yokels.eu ☧

Depuis que j’ai découvert l’internet, j’ai pu lire pas mal d’articles chrétiens sur la chevalerie. Mais ils ne parlent pas des croisés, des templiers ou encore de l’Ordre des Hospitaliers. Ils ne parlent même pas de récits d’aventures où des bonhommes délivreraient, épée au poing, des princesses prisonnières de méchants dragons. Non, j’ai simplement trouvé quelques Top10, des traités sur le choix de cravates anglaises, ou sur le meilleur style de moustache à arborer à la messe dominicale.

J’ironise certes car à dire vrai je ne m’étais jamais interrogé sur la nuance entre virilité, virilisme, masculinité et autres concepts. Et ces discussions me font penser au négatif des AG étudiantes où les débats portent, mille ans après Byzance, sur le sexe des anges. J’ai eu l’impression de trouver dans les articles de chevalerie moderne (sic) quelque chose qui ressemble à du ressentiment déguisé en vertu. J'ai eu l'impression d'y trouver moins un amour du bien qu'une identité construite contre un ennemi.

Je ne me moque pas des hommes qui cherchent à grandir. Je me demande simplement s’il ne s’agit pas d’une recherche d’une stabilité dans les symboles plutôt que dans les responsabilités ordinaires.

Pour beaucoup d’hommes ordinaires, surtout dans les classes populaires ou rurales, la question « Qu’est-ce qu’un homme ? » ne s’est jamais posée. Ou du moins pas en ces termes. Ils n’ont pas appris à être hommes contre les femmes ou contre la modernité. Ils ont appris pour quelque chose de plus grand qu’eux. La tradition du réel était encore à peu près vivante dans le pagus où je suis revenu. Tenir sa parole ? Faire sa part ? Être capable de soutenir ses proches ? Voilà des questions implicites qui animaient les journées. Cela peut paraître idéalisé et cela peut l’être car cette mentalité, y compris dans les marges rurales, a tendance à reculer face au modèle des métropoles urbaines qui indifférencient et relativisent tout.

Je n’ai jamais participé à un stage de masculinité, je n’ai jamais participé à un meeting rassemblant les résistants, je ne me suis jamais intéressé aux archétypes jungiens. Non, je me suis levé à 5h00 du matin, pour bosser en grande distribution, pour aller biner des rangées de carottes, pour préparer le petit-déjeuner de cadres en séminaire, et aujourd’hui pour livrer des colis. Parce que je suis un vrai bonhomme ? Non. Parce qu’il fallait travailler pour payer les factures et garantir un toit. Parce qu’il fallait se battre pour protéger sa famille. Parce qu’il fallait tenir sa parole pour l’honneur, le sien ou celui de Dieu, selon qu’on soit croyant ou non. Pas contre quoi que ce soit.

Je ne suis pourtant pas le dernier à râler contre ma situation. Mais pour y répondre, je préfère lire les récits d’un homme qui est amoureux de sa femme et qui cultive son foyer pour y faire grandir des enfants qui deviendront adultes. Je n’imagine pas autre chose dans la relation avec ma femme : pas une guerre des tranchées entre deux camps adverses mais bien une coopération de deux personnes naturellement différentes et complémentaires qui œuvrent pour un chantier commun : l’Amour et le Royaume (le vrai, pas celui de ceux qui se battent contre des moulins).

En réalité, ce fantasme du chevalier moderne me semble cacher une réalité plus triste, celle de la disparition de l’homme complet. Mon grand-père savait cuisiner un minimum, il passait le balai, il repassait ses chemises et cirait ses chaussures. Aujourd’hui certains considèrent cela comme ne pas être un homme. Lui il jugeait naturel d’accomplir ces tâches quotidiennes. Il était militaire. Et ça fait fermer pas mal de bouches de machos de salon quand je le précise.

Pendant des siècles, même un homme ordinaire savait réparer une panne simple, il entretenait ses outils, il jardinait, il gérait son foyer, il produisait quelque chose d’utile. Il y avait une continuité entre la pensée et la main, entre le besoin et la réponse. Tout cela pour l’autonomie de la famille et le bien du village. Sans oublier certaines recherches qui ont révélé que le père, au Moyen-Âge, n’avait pas besoin de cours de nursing pour aider sa femme après l’accouchement. C’était évident.

Le monde moderne a modifié tout cela. Il a spécialisé les tâches professionnelles pour optimiser les rendements, avant de segmenter la vie toute entière en cases étanches. Aujourd’hui, beaucoup d’hommes et de femmes savent remplir des tableaux Excel, gérer des flux logistiques ou optimiser des KPI, mais ne savent plus déboucher un évier, changer une prise, coudre un bouton ou faire pousser une tomate.

À force de perdre les savoir-faire, nous sommes devenus structurellement dépendants. L’Administration nous intime de respecter mille normes pour lesquels nous devenons avoir recours aux plate-forme numériques et à des experts payants, le tout pour passer notre temps libre à gérer des procédures incompréhensibles sous-traitées à un maquis de prestataires de service.

Dans cette gangue, chaque panne devient une crise, chaque démarche devient une montagne.

On travaille pour avoir le droit de remplir des cases, pas pour servir le bien commun. Nous sommes des cerveaux atrophiés baignant dans une solution liquide. Sans mains ni pieds.

Face à cette absurdité, et souvent par manque d’argent pour payer un professionnel, il ne reste qu’une solution pour rester un homme libre : apprendre à s’autonomiser au maximum. Non pas à vivre en autarcie. Non, apprendre à avoir le réflexe de se débrouiller seul ou en communauté. Reprendre possession du réel, domaine par domaine, pour ne plus être un rouage passif, mais un acteur de sa propre vie.

Et quand on n’a pas le sou, c’est bizarrement un comportement naturel.

C’est une erreur de casting de vouloir être chevalier quand on est ouvrier ou employé. Vouloir être chevalier quand on est ouvrier, c’est refuser sa vocation réelle pour s’affubler d’un costume de carnaval. Même si j’adore les reconstitutions historiques.

Nous sommes des collaborateurs de Dieu, et vous êtes un champ que Dieu cultive, une maison que Dieu construit. 1Co 3, 9

Saint Paul ne parle de gestion ou de KPI, ni d’épées et de fer à friser les moustaches. Non, pour Dieu, nous ne sommes pas des généraux, nous sommes ses maçons, ses manœuvres, ses démolisseurs, travaillant pour l’édification du Corps du Christ. La sainteté n’est pas dans le titre de chevalier. Elle est dans l’acceptation joyeuse d’être un Laborator, celui qui travaille, qui agit pour le Ciel à travers la matière.

Hier comme aujourd’hui, la majorité des chrétiens n’étaient et ne sont pas des chevaliers mais des Laboratores. Des gens dont les mains sont calleuses et qui ont le dos courbé, qui ne portent pas l’épée mais la faux, la truelle, ou aujourd’hui la scie-sabre. Dont les yeux sont abîmés par des écrans où défilent des tableaux qu’il faut remplir en flashant des codes-barre pour que la supply chain ne soit pas rompue. Le combat n’est pas contre un ennemi extérieur, mais pour la survie et la prospérité de la communauté.

Car comme tant d’autres mouvements politiques, les agitateurs cherchent une cible, un ennemi. Mais ils ne proposent pas grand-chose de noble à construire. Pourquoi s’étonner que tant de jeunes se perdent sur des voies diaboliquement scintillantes ou faussement vertueuses alors que notre monde ne propose rien d’autre qu’un bas matérialisme athée (public ou privé, c’est blanc bonnet et bonnet blanc) comme pseudo phare de la civilisation.

Si le chevalier est un fantasme et le « stage de masculinité » une arnaque (n’ayons pas peur des mots), quel est alors le modèle ?

Au XVIIe siècle, l’honnête homme ne se définissait pas par sa noblesse de sang, mais par sa capacité à être à l’aise en tout, à ne jamais être pris au dépourvu, à servir par compétence et non par statut.

Le Christianisme n’a pas besoin de super-héros. Il a besoin de saints, et les saints sont souvent des gens très concrets. Saint Joseph n’était pas un chevalier errant, c’était un tekton, un artisan, un homme de mains qui a protégé sa famille par son travail silencieux. Il n’a pas lutté contre Hérode avec une épée, il a agi pour la sécurité de l’Enfant-Dieu en fuyant dans la nuit.

Vouloir être un « chevalier » sans être un « honnête homme » est un dangereux contresens. Car un chevalier qui ne sait pas gérer son budget est un imprudent. Un chevalier qui ne sait pas réparer une fuite d’eau est un dépendant. Un chevalier qui méprise les tâches domestiques est un orgueilleux.

Être chrétien, c’est accepter l’Incarnation, y compris dans les tâches les plus ingrates. Dieu s’est fait homme, pas chevalier. Il a travaillé de ses mains. Il a connu la fatigue, la faim, la poussière.

Et surtout, la vertu ne doit pas être l’apanage d’une soi-disant élite.

Toute la société doit être emplie de valeurs et de vertus, du bas jusqu’en haut. Ne faisons pas de l’Église un nouveau Rotary Club. Ce n’est pas à une minorité de « guerriers » autoproclamés, réunis dans des cercles fermés pour se congratuler, de sauver le monde contre les autres pendant que la masse reste passive. Ce n’est jamais qu’une vision christianisée des « avant-gardes » si chères aux totalitarismes des deux bords. C’est à chaque père, chaque mère, chaque artisan de sanctifier son quotidien par la compétence et le service, pour le bien commun.

On me dira que tout cela manque de combativité. Et c’est vrai si l’on reste dans l’imaginaire du guerrier ou dans la nostalgie d’un passé révolu.

Qu’on me comprenne bien : j’ai adoré l’époque dans laquelle j’ai grandi, mais je n’utiliserais plus un téléphone à cadran rotatif. J’aime Blake et Mortimer, mais je ne me baladerai pas en veste en tweed dans la boue de mon chantier. Le Cinquième Élément ou Brazil sont des films que j’adore, mais je ne crois pas que ma Dacia soit une voiture volante. Il y a mille et une choses que j’aimerais voir dans mon quotidien mais il faut vivre Hic et nunc. Ici et maintenant.

Ma maison est en torchis et en briques, avec ses courants d’air et ses failles. Je compose avec ce passé. Je prépare mon terrain pour qu’il soit fertile demain, mais je le fais aujourd’hui. Dans le présent. Avec les outils d’aujourd’hui. Je ne rêve pas d’un palais futuriste ni d’un retour à un prétendu âge d’or.

C’est cet ancrage dans le présent qui rend le fantasme du chevalier encore plus vain. Le chevalier se bat par épisodes, pour la gloire, et peut mourir en une heure. Le monde moderne, lui, ne laisse pas de trêve. Il ne combat pas franchement : il absorbe, il use, il fatigue. Face à lui, il faut tenir la position.

Autrefois, cette figure de l’endurance avait un nom : le paysan. N’oublions pas que la guerre se faisait par la mobilisation du Ban et de l’Arrière-ban. Qui composait ces armées ? Pas seulement quelques nobles en armure. C’étaient bien le petit peuple qui, convoqué par le seigneur, quittait la charrue pour prendre la lance. Le Laborator devenait Bellator par nécessité. C’était lui la masse de la troupe, ceux qui tenaient le choc. J’habite à quelques centaines de mètres du site de la Bataille de Crécy, j’en sais quelque chose1.

Aujourd’hui le Laborator ne porte plus de fagots ni bâton pointu. Il porte des contraintes. Il est le premier écologiste par la chicheté de son existence, le premier économiste par le rare qu’il gère, le premier logisticien par les flux qu’il organise pour sa famille. Et il reste le premier soldat quand l’histoire bascule, car il est le seul à savoir que si lui ne tient pas maintenant, tout s’effondre. Il est également le premier prêtre de sa vie car c’est lui qui inscrit tout cela dans la Tradition Romaine. Et la question n’est pas de savoir si cela est une affaire masculine ou féminine.

Les cathédrales ont été bâties par des artisans, les armées sont tenues par des hommes ordinaires, les familles sont maintenues par des pères et des mères qui encaissent les coups du sort jour après jour.

On ne récolte pas avant d’avoir semé, on ne dépense pas ce qu’on n’a pas, le réel finit toujours par gagner. Ce n’est pas seulement une sagesse agricole. C’est une sagesse spirituelle ancrée dans le présent.

Car l’homme du réel n’est plus seulement celui qui sème (le gérant d’exploitation agricole n’a d’ailleurs plus grand-chose à voir avec un gratteur de terre). C’est celui qui démonte, répare, contourne avec les moyens du bord, qui porte de vieilles fringues et apprend à bricoler par nécessité, pas par esthétique rétro. Le tout en évoluant dans des systèmes dont il ne maîtrise rien. C’est celui qui incarne la persévérance pour l’avenir, construite dans le présent, malgré les coups et les problèmes qui émaillent chaque jour sans exception. Pas besoin de costume en tweed pour cela, plutôt d’un bleu de chauffe.

Je ne suis pas un artisan d’art ni même un artisan tout court. Je suis un bricoleur du dimanche qui fait ce qu’il peut pour avancer les travaux et faire baisser la facture des vrais pros. Et mon outil de prédilection pour le chantier du moment, c’est la scie-sabre.

C’est un outil qui n’inspire guère la poésie. Il vibre, il fait un bruit de moteur d’enfer, il projette de la poussière partout. Il ne sert pas à finir, à polir, à embellir. Il sert à défaire, à couper les clous rouillés, à scier les vieilles poutres pourries, faire sauter des piquets d’alu coulés dans le ciment, à désosser une maison jusqu’aux fondations.

Car avant de reconstruire, il faut souvent casser et nettoyer. C’est ingrat, c’est poussiéreux, on ne voit que des gravats (allitération en -gra). Mais sans cette étape, rien de neuf ne tient. On ne détruit pas pour détruire, mais pour libérer l’espace nécessaire à la reconstruction. Et sonder ce qui existe pour découvrir ce qui est encore sain de ce qui est pourri.

Trois principes de la Doctrine sociale de l’Église rendent ce geste lisible :

  1. Le principe de réalité : la coupe nécessaire car on ne met pas de plâtre sur bois pourri. Le monde moderne vit du mensonge du toujours plus et du sans effort. La réalité chrétienne, c’est que le péché et le mensonge pourrissent la structure.

    L’acte : Couper. Pas négocier. Si une dette (même légitime pour une belle voiture) met en péril la paix de la famille, on vend. Si un outil numérique (même indispensable pour le travail) détruit l’attention ou la charité à la maison, on le supprime. Si un milieu professionnel exige la compromission morale, on part, même vers le précaire, ou on le détourne si on est déjà précaire. Le sabotage n’est pas que matériel.

    La position : Ce n’est pas de l’héroïsme, c’est de la lucidité. On coupe la partie malade, même si ça fait mal, même si ça laisse une plaie ouverte. On accepte la perte matérielle, tant qu’elle ne met pas en péril son existence, pour sauver l’essentiel. On vit dans le monde, mais on refuse que le mensonge du monde devienne notre vérité.

  1. La subsidiarité active : on ne délègue plus sa responsabilité. Le système moderne est une machine à infantiliser : l’État s’occupe de tout, l’appli gère pour vous, l’expert sait mieux. C’est une forme douce de déshumanisation.

    L’acte : Reprendre la main, non pas par idéologie anti-système, mais par devoir d’état. Si je peux réparer, je répare. Si je peux aider mon voisin directement, je le fais, sans passer par le tampon administratif qui déshumanise l’aide. Si je peux éduquer mes enfants sur le réel, je le fais, même si l’école dit autrement.

    La position : Ce n’est pas un refus de l’autorité légitime, c’est un refus de la passivité. Déléguer ce qu’on peut faire soi-même, c’est abandonner une part de sa dignité d’homme et de chrétien. On reste dans le système, on paie ses impôts, on respecte les lois, mais on ne lui abandonne jamais la gouvernance de sa conscience et de son foyer. On reste acteur, pas objet.

  2. La destination universelle des biens : la fin de l’illusion propriétaire. Nous vivons dans l’illusion que ce qui est à moi m’appartient absolument. C’est un mensonge spirituel. Tout est à Dieu, nous ne sommes que gérants.

    L’acte : Casser les barrières de la propriété privée quand elles nuisent à l’usage. Prêter sans compter, donner ce dont on n’a plus besoin avant que ça ne s’abîme, mettre en commun non par gentillesse mais par justice. Si ma perceuse dort, elle perd de son usage au commun.

    La position : Ce n’est pas du communisme utopiste, c’est du réalisme théologique. Accumuler, c’est se charger de liens inutiles. Se dessaisir, c’est se libérer. On vit dans une société de propriété, mais on y introduit, par nos actes concrets, la loi de la gratuité et de l’usage. On ne change pas la loi civile, mais on vit une loi supérieure dans l’intimité de son chantier. Un livre qui dort dans une bibliothèque sera plus vivant dans les mains d’un nouveau lecteur.

Demain matin, prenez votre scie-sabre. Coupez un abonnement qui vous vide l’esprit. Coupez une dépense qui vous asservit à un système que vous méprisez. Coupez la distance entre vous et un voisin qui a besoin d’aide, sans passer par une institution. Ne cherchez pas à sauver le monde entier contre ses défauts : sauvez votre chantier pour la gloire de Dieu.

Ces propositions ne sont que des exemples vécus. Mille autres exemples existent, cette liste n’est qu’une ébauche, c’est à tout le monde de la compléter.

Je ne suis ni ermite, ni moine, ni survivaliste, ni influenceur, ni entrepreneur à succès. J’essaie simplement de vivre chrétiennement une vie ordinaire. Et c’est, étrangement, ce qui se voit le moins sur internet.

Le web est rempli de gens qui montrent une vie exceptionnelle, souvent en se vantant de ce qu’ils combattent. Très peu montrent une vie habitable, construite jour après jour pour le service.

Quand je regarde ma vie, j’y vois des courses, des factures, des retards, des doutes. Pourtant récemment, un ami m’a dit qu’il trouvait « sympa » le fait que je tente de réparer plutôt que de jeter, que je bricole de mes mains et que dans le même temps je « perdais » mon temps à écrire sur tout ça tout en réfléchissant aux textes de l’Église. C’est le même qui m’avait déjà dit que j’étais « fou » de tenir tête à la bureaucratie numérique, publique ou privée.

Ce n’est pas spectaculaire. C’est banal sans vraiment l’être. C’est, je crois, ce qu’on appelle simplement tenir. Tenir pour que la lumière reste allumée.

Les réseaux sociaux fabriquent des chevaliers imaginaires. Moi, je rêve de voir renaître les bâtisseurs. Parce qu’un royaume ne tient pas longtemps avec des héros. Il tient grâce à des hommes ordinaires qui savent encore manier une scie-sabre, une pelle, un balai, un marteau ou même des outils plus modernes et tout aussi fatigants... et qui offrent tout cela à Dieu et donc à sa Création.

Ne rêvons pas d’être des chevaliers blancs qui chargent contre des moulins. Soyons fiers d’être les ouvriers de la dernière heure, ceux qui vivent dans la poussière du chantier ceux qui acceptent de déshabiller la maison pour que d’autres, peut-être nos enfants, puissent la rhabiller avec du bois neuf et y vivre sainement.

Le Christ n’est pas venu en chevalier. Il est venu en charpentier. Et avant de ressusciter, il a fallu qu’il soit mis à nu. La Résurrection ne vient qu’après la démolition totale du vieux monde. Il n’a pas vaincu la mort contre nous, il l’a vaincue pour nous.

Les réseaux sociaux nous invitent à devenir des chevaliers de la polémique. L’Évangile nous apprend d’abord à devenir des hommes de construction.

À vos scies-sabres, Laboratores ! Le chantier nous attend.

1

Le 26 août 1346, durant la Guerre de Cent Ans, la chevalerie française, pleine de morgue et sûre de sa force à laquelle rien ne résistait, s’élança sur le champ de bataille. Elle fut quasiment décimée par une piétaille bien organisée. La chevalerie resta dans la boue.

Read the original on charlesyokel.substack.com

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