Saint Mamert, Saint Pancrace et Saint Servais ont vécu leur année. Il est temps de planter ! Les pousses sont encore timides mais elles n’auront plus à souffrir du gel. Véritable science ou croyance naïve des campagnes ?
Je ne sais que dire. Il y a quelques années le mois de juin a vu tomber de beaux gros grêlons. De belles balles venues du ciel et qui ont réussi à percer de bonnes grosses tuiles de terre cuite. Pas fendu, percé ! De l’autre côté, mon frangin repique ses pieds de tomate sans se soucier du calendrier. Et la plupart du temps ils ne sont jamais grillé par les gelées tardives (mais il a toujours été plutôt chanceux).
Est-ce que tout cela est dû au changement climatique ? Je laisse les experts décider. Ce que je sais c’est qu’il n’a pas gelé pendant la floraison des fruitiers (la récolte risque d’être bonne) et qu’il n’a d’ailleurs quasiment pas gelé cet hiver (les insectes nuisibles vont pulluler). Pourquoi ? Comment ? J’en ai une vague idée pour avoir lu quelques articles d’agrologie et d’entomologie. Je ne suis pas pour autant un expert.
Je peux en dire autant en théologie. Je lis beaucoup, je cherche à comprendre. Je saisis quelques concepts à la volée, j’en maîtrise quelques uns. Je consulte la Doctrine Sociale de l’Église, je tente de la relier à mon quotidien, à l’appliquer avec discernement (une façon d’agir que j’ai apprise grâce aux enseignements de l’Église), etc. L’almanach de la Foi se constitue petit à petit.
Quand mon copain qui a bossé dans la réparation de motoculteur me dit que ma tondeuse tousse parce que le carburateur est encrassé, j’ai tendance à le croire. Quand le magistère s’exprime au sujet de la Foi, je fais de même. On peut appeler cela la foi du charbonnier1, je me contente de renvoyer au catéchisme de l’Église catholique romaine.
L'assistance divine est encore donnée aux successeurs des apôtres, enseignant en communion avec le successeur de Pierre, et, d'une manière particulière, à l'évêque de Rome, Pasteur de toute l'Église, lorsque, sans arriver à une définition infaillible et sans se prononcer d'une «manière définitive», ils proposent dans l'exercice du Magistère ordinaire un enseignement qui conduit à une meilleure intelligence de la Révélation en matière de Foi et de mœurs. §892
J’ai toujours dit que je serai vraiment dans mon jardin le jour où j’y mangerai mes petits pois. Proust avait sa madeleine, d’autres préfèrent les chips dans les canapés ou les Dragibus sur Tiktok. moi j’ai toujours aimé manger mes petits pois crus, assis à même le sol entre les rangées.
C’est un peu pareil avec les lectures édifiantes2 : j’aime les textes simples, sans assaisonnement. Débattre des heures du sexe des Anges comme le faisaient les byzantins peut avoir un intérêt intellectuel. Cela peut éclairer un point doctrinal. Et j’aimerais vraiment avoir le temps nécessaire pour m’y consacrer.
Mais j’ai mes plants à repiquer.
Ils ont échappé au gel, mais les limaces sont friandes des feuilles tendres, les lapins ne sont pas en reste (mais je ne me résoudrais jamais à investir dans une carabine) et quand viendra la floraison et la fructification, les oiseaux ne seront pas les derniers. Les mauvais herbes seront aussi à surveiller et il faudra aussi tuteurer les pieds pour qu’ils grimpent haut.
La Foi n’est pas différente. Elle est menacée par toutes sortes de dangers, de natures différentes, qui interviennent à des moments différents de notre croissance. Et les jardiniers que nous sommes devons la soigner : en soignant (quotidiennement, par la prière, la lecture des Évangiles, les sacrements), en réagissant (c’est là que l’étude est utile car elle nourrit notre esprit de situations que nous saurons reconnaître lorsqu’elles se présenteront) et en prévoyant (il est évident que je bois moins depuis que je ne traîne plus dans les bars. Il paraît que notre Ange Gardien ne nous suit pas dans les lieux de perdition…).
Certes, il serait plus facile si la vie spirituelle était comme une serre hydroponique : température contrôlée, humidité parfaite, pas de mouron… Mais dans ce type de culture, si les fraises produites sont belles, sans défaut et bien calibrées, elles sont souvent pleines d’eau…
Le manche de ma binette rend les mains calleuses mais elle m’a aussi appris la justesse du geste, la fermeté du coup, l’endurance quand on n’a pas d’autre choix que de désherber, même s’il faut le faire après la journée de travail, la journée domestique et les imprévus divers et variés.
De la même façon, je n’irai pas me coucher sans mettre mis à genoux pour rendre Grâce, demander pardon et discuter quelques minutes avec le Père. C’est comme se brosser les dents : on ne brosse pas une carie, on se brosse les dents pour ne pas avoir de caries. Et on évite de se gaver de sucre raffiné, ce poison lent…
Les Saints de Glace ne sont pas une science exacte. Il s’agit d’un repère. Pour nous situer dans notre pratique, nous rappeler que la Foi est toujours une pousse fragile à protéger.
Les Saints de Glace ne sont pas non plus une punition. C’est un passage obligé. Et qui revient chaque année. Comme le doute, la peur, la fatigue, la colère et toutes ces émotions que nous apprenons à mieux affronter lorsqu’elles apparaissent, comme le jardinier qui sait comment agir selon la couleur des feuilles.
Pour autant, pas besoin d’être ingénieur agronome ou de connaître tous les noms latins des végétaux pour produire de beaux légumes ou pour faire éclore des fleurs pétulantes qui attireront abeilles et bourdons. La pratique, le plaisir dans l’implication sont des ingrédients qui permettent à tous les néophytes de faire naître de beaux fruits. Mais toujours avec l’almanach à portée de main.
D’ici là, protégez vos jeunes pousses.
Charles
La Foi du charbonnier provient d’un conte qui relate une conversation entre le diable (ou un prêtre) et un charbonnier, l’archétype du croyant sans trop de culture religieuse en raison de son isolement. L’histoire raconte que le visiteur demanda à l’homme de préciser ce en quoi il croyait. “Je crois à ce que l’Église croit !” répondit-il. — Et que croit donc l’Église ? insista le curieux. “Elle croit à ce que je crois pardi !”. Une Foi authentique et confiante, malgré les débats d’experts qui agitent les chapelles.
Qui édifient l’Homme, qui portent à la vertu, à la piété.

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